Incendies en Gironde : "Mon camping n'a pas brûlé, mais l'assurance ne me couvre pas et je risque la faillite"

En plein été 2026, les incendies géants en Gironde laissent des campings vidés de leurs vacanciers et un secteur à l'arrêt. Lionel Pujade, président du syndicat d'hôtellerie de plein air, alerte sur des faillites possibles et des aides encore floues.
L’été 2026 en Gironde est marqué par des incendies hors norme : 42 000 hectares de pins déjà partis en fumée autour de Lège-Cap-Ferret, des campings évacués en quelques heures. Au coeur de ce décor, l’hôtellerie de plein air voit sa haute saison basculer brutalement alors que juillet-août représente la majeure partie de son chiffre d’affaires.
Parmi ceux qui vivent cette crise figure Lionel Pujade, propriétaire de camping à Lège-Cap-Ferret et président du syndicat d’hôtellerie de plein air de Gironde. Il a vu des milliers de vacanciers évacués et estime qu’au total près de 50 000 touristes ont été déplacés, avec une incertitude totale sur l’indemnisation à venir ; pour lui, le plus dur pourrait encore être devant.
Incendies en Gironde : une saison touristique stoppée net pour les campings
Face à l’ampleur des feux, Lionel Pujade lâche une formule qui résume son désarroi : « la saison touristique est terminée », a-t-il déclaré sur franceinfo. Pour lui, la saison est déjà « terminée » en Gironde alors que les pompiers luttent encore contre un gigantesque brasier qui a déjà brûlé 42 000 hectares de forêt. Dans son propre établissement de Lège-Cap-Ferret, quelques touristes « irréductibles » ont choisi de rester, en soutien, quand la plupart des campeurs ont dû plier bagage en urgence.
Dans l’immédiat, il assure que la priorité reste la protection des personnes et des biens : « On ne sait pas quoi faire, personne ne nous informe de quoi que ce soit, on ne sait pas si on aura des aides de l’État. Pour l’instant on ne demande rien, on est dans l’urgence », résume-t-il. Son camping ne compte plus que « quelques vacanciers, des irréductibles qui nous soutiennent », tandis que la fumée et les coupures de routes ont vidé les emplacements et figé les réservations.
Campings brûlés vs campings évacués : deux réalités, deux niveaux de prise en charge
Lionel Pujade distingue deux catégories de professionnels : ceux dont l’établissement a été ravagé par les flammes et ceux qui ont dû évacuer sans que les bâtiments ne brûlent. Il avance que trois établissements ont brûlé en Gironde, même si dans un autre entretien il évoque deux campings détruits, preuve d’un bilan encore mouvant. Pour les premiers, il estime que « Ceux qui ont brûlé n’ont pas de problème : tout est pris en charge par les assurances, ils vont avoir la perte d’exploitation et pourront reconstruire leurs campings. C’est vraiment dommageable pour eux et triste car ces campings endommagés sont des petits établissements, avec des gens qui ont travaillé toute leur vie pour les avoir ». En revanche, pour « ceux qui ont été évacués, par exemple en raison des fumées, personne ne les prend en considération, en charge. Ils sont au milieu des incendies, ils ont zéro client, on ne sait pas s’ils vont être pris en charge par les assurances ».
| Situation du camping | Conséquence immédiate | Clients | Prise en charge assurance | Risque économique |
|---|---|---|---|---|
| Camping brûlé | Infrastructure détruite, fermeture longue | Tous les vacanciers évacués | Pertes d’exploitation et reconstruction couvertes | Endettement, mais visibilité sur indemnisation |
| Camping évacué (fumées, menace) | Fermeture forcée, activité à l’arrêt | Aucun client pendant plusieurs jours | Indemnisation incertaine ou contestée | Trésorerie fragilisée, risque de dépôt de bilan |
| Camping non évacué mais déserté | Réservations annulées en cascade | Chute brutale de fréquentation | Perte de chiffre d’affaires peu couverte | Tensions de caisse dès fin d’été |
Pour les campings restés debout mais vidés de leurs hôtes, l’équation financière devient vite intenable. Lionel Pujade raconte qu’il a enregistré « 80 annulations pour cet été » rien que sur une journée de lundi, dont beaucoup concernaient le premier week-end d’août, « pratiquement le plus gros week-end de l’année pour nous », avec à la clé une perte de chiffre d’affaires d’environ 70 000 euros. Il affirme avoir proposé des avoirs aux clients qui ont annulé, valables deux ans et remboursables sur demande pendant cette période, ce qui soulage les vacanciers mais reporte la pression de trésorerie sur les exploitants. Il déplore aussi que les assureurs refusent, selon lui, d’entendre la situation des campings évacués et rappelle que les indemnisations sont aujourd’hui surtout garanties pour les établissements qui ont brûlé, pas pour ceux qui ont seulement été fermés ou désertés. Du côté de l’État, il estime que la prise en charge du chômage partiel n’a pas aidé le secteur et qu’un simple report de charges ne changera rien pour des entreprises déjà à court de liquidités, appelant plutôt à une compensation partielle du chiffre d’affaires perdu. Constatant que les investissements dans l’hôtellerie de plein air tombent à zéro et que les artisans locaux qui travaillent pour les campings seront touchés, il alerte : « Il va y avoir la queue devant le tribunal de commerce de Bordeaux fin août ou début septembre, et peut-être qu’on campera devant pour attendre notre tour pour faire notre dépôt de bilan », avant de lâcher que « on n’a tiré aucune leçon de 2022. » À ses yeux, les quelque 50 000 touristes déplacés pourraient hésiter à revenir en Gironde en 2027, et il s’interoge déjà sur la capacité du territoire à regagner leur confiance.
En bref
- À l'été 2026, en Gironde, plus de 42 000 hectares brûlés autour de Lège-Cap-Ferret ont entraîné l'évacuation de milliers de campeurs, selon Lionel Pujade.
- Entre campings brûlés indemnisés et établissements simplement évacués ou désertés, le président du syndicat d'hôtellerie de plein air dénonce un vide assurantiel et des pertes massives.
- Il prévient que sans compensation du chiffre d'affaires et règles clarifiées, la file des dépôts de bilan à Bordeaux et la défiance des 50 000 touristes déplacés pourraient marquer durablement la saison 2027.









