"Je n'ai pas eu de pot de départ et j'ai eu l'impression d'être laissée-pour-compte" : le dilemme de la fin de carrière

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« Je n’ai pas eu de pot de départ et j’ai eu l’impression d’être laissée-pour-compte » : le dilemme de la fin de carrière

À l’heure du dernier jour de travail, certains rêvent d’un grand pot de départ à la retraite, d’autres redoutent ce moment. Entre besoin de reconnaissance et peur du malaise, comment trouver la manière de dire au revoir qui vous ressemble ?

À l’approche du dernier jour de travail, une question revient chez beaucoup de futurs retraités : prévoir un pot de départ à la retraite, ou s’éclipser en douceur sans cérémonie. Entre la peur de déranger, la crainte de l’émotion trop forte et le doute sur l’envie réelle des collègues, le dilemme n’a rien d’anecdotique. L’absence de rituel peut laisser un vide, mais un pot raté peut aussi devenir un mauvais souvenir.

Dans les faits, certains salariés gardent en mémoire un pot de retraite joyeux et très préparé, quand d’autres racontent un départ sans fête, vécu comme une solitude ou une blessure. Les témoignages de fin de carrière montrent que ce moment cristallise des années de travail, de liens, parfois de non-dits. Et le choix de faire un pot, ou pas, devient presque un révélateur de ce que l’on attend encore de son entreprise.

Pot de départ à la retraite : un rituel pour tourner la page

Pour beaucoup, le pot de départ à la retraite agit comme un vrai rite de passage. C’est l’occasion de mesurer, en une heure ou deux, ce que l’on a représenté pour ses collègues, au-delà des chiffres et des dossiers. Organiser un pot de départ n’est pas obligatoire, loin de là : on peut très bien choisir de ne pas en faire du tout sans etre ingrat, mais ceux qui en ont vécu un beau en parlent souvent comme d’un moment fondateur.

« La date était calée depuis longtemps, ce pot de départ n’était pas une surprise, et j’ai pourtant été stupéfait à plus d’un titre, le moment venu. Loin de prononcer un discours de circonstance, ma cheffe avait écrit un texte humainement très fort, allant au-delà des années de services et du quotidien vécu, au sein de l’agence de communication où j’ai exercé pendant vingt ans. Idem à travers les témoignages de mes collègues. J’ai senti que j’avais compté pour eux. J’ai eu droit à une chanson, sur l’air du « Dernier Jour du disco » de Juliette Armanet, et même à un faux journal télévisé, intégrant notamment des vidéos prises de moi subrepticement, au cours des semaines qui avaient précédé. C’était tellement drôle et si touchant! J’ai même versé ma petite larme. Mon départ effectif n’ayant eu lien qu’une semaine plus tard, j’ai vécu les derniers jours au travail sur un petit nuage. Ce pot de départ nous avait permis à tous de partager un moment fort et nous avions besoin d’en reparler, d’en rire encore. C’est sûr, ça m’a aidé à tourner la page, ce qui ne m’empêche pas de revoir certains collègues. », raconte Christophe Léonard, 64 ans, de Châtillon (92), à Notre Temps.

Ce sentiment d’avoir marqué ses collègues revient souvent, y compris lors de pots plus simples. Un au revoir bref, quelques mots improvisés, peuvent suffire à donner l’impression d’achever vraiment sa vie professionnelle et de pouvoir regarder vers la suite avec plus de sérénité.

« J’ai apprécié mon départ à la retraite. C’était simple, bref mais cordial et amical. Malgré certaines tensions, une surprise m’attendait: l’émotion! J’ai prononcé un mot de remerciements et j’en ai profité pour glisser quelques lignes sur mon parcours, d’où je venais, comment j’étais arrivée à ce poste d’assistante administrative et commerciale. Cela a permis, je pense, d’en finir avec des idées fausses, des rumeurs. D’agréables attentions, des éloges, et des remerciements m’ont profondément touchée. J’ai eu le sentiment d’avoir réalisé pleinement mon travail, accompli une carrière, et de pouvoir me tourner vers ma nouvelle vie. », confie Françoise Pol, 64 ans, qui vivait son départ à Marmande (47).

Dans d’autres cas, le pot de retraite prend une dimension plus collective, avec une large partie de l’entreprise réunie. Même ceux qui ne participent pas aux « coteries » de bureau y découvrent parfois une reconnaissance qu’ils ne soupçonnaient pas.

« Après quarante années d’exercice dans une grande banque, j’ai eu la chance de pouvoir réunir mes collègues et de leur dire au revoir. J’en ai gardé un très bon souvenir. Une cinquantaine de personnes étaient présentes. Bien sûr, il y a eu des discours chaleureux. C’était l’occasion pour mes collègues de partager un moment festif et, pour moi, de marquer la fin d’une époque, de tourner la page. J’ai reçu beaucoup de cadeaux, cette générosité m’a touchée et surprise aussi, car je ne faisais partie d’aucune « coterie ». Je bavardais peu à la tisanerie, je n’avais pas d’activités en dehors du bureau avec les collègues. Je ne les oublie pas, même si je ne suis jamais repassée dans les bureaux. Dès que le sujet du pot de départ vient dans une conversation, je recommande toujours de ne pas négliger cette étape, quand c’est possible. Je pense avoir eu beaucoup de chance. », raconte Florence, 67 ans, Paris (75).

Quand le pot de retraite manque ou laisse un goût amer

Tout le monde ne bénéficie pas d’un pot de départ, et tout le monde n’en a pas forcément envie. Pour les indépendants, comme pour ceux dont la fin de carrière a été abîmée par la maladie ou un burn-out, la retraite arrive parfois sans ce moment partagé, avec un mélange de soulagement et de manque.

« J’ai été toute ma vie agriculteur, éleveur de charolaises et chef d’exploitation à La Tagnière en Saône-et-Loire. Mon fils unique ayant choisi une autre voie, j’ai tout vendu en cessant mon activité en 1997, sans pot ni cadeau au moment de ce départ à la retraite. Pas facile de se séparer du cheptel, constitué par plusieurs générations, du matériel, des bâtiments pour les animaux que l’on a construits nous-mêmes, et surtout de fermer la porte de cette ferme où je suis né, que la famille a occupée pendant cent ans, pour aller vivre ailleurs… Bien sûr j’ai apprécié ce moment et la liberté apportée par ce grand tournant de la vie, mais je l’ai vécu seul, comme beaucoup d’indépendants, sans doute. J’ai eu d’autres occupations bénévoles dans des associations, mais je garde tout de même un gros pincement au cœur. », témoigne Michel Bertheau, 85 ans, Étang-sur-Arroux (71).

Le manque de pot peut aussi être vécu comme une véritable mise à l’écart lorsque les liens avec l’équipe se délitent avant même le départ. Les mots de Catherine Lecomte, partie après un épuisement professionnel, illustrent ce sentiment de départ sans pot qui ressemble à une rupture sèche.

« Je n’ai pas eu droit au pot d’amitié à la fin de ma carrière, qui s’est très mal terminée, après trente et une années d’activité au sein d’une étude notariale. Victime d’un burn-out à 57 ans, j’ai eu l’impression d’être laissée-pour-compte, tant de la part de mes collègues que de la direction qui nous disait pourtant être membres « d’une petite famille ». Personne n’a jamais pris le temps de m’appeler ou de demander de mes nouvelles. Les relations de travail sont en fait bien superficielles quand vous avez un souci de santé. Heureusement, j’ai rebondi et depuis quelques mois, je profite pleinement de ma retraite. Mais mieux vaut ne pas trop attendre de reconnaissance pour son travail, malgré tant d’années d’activité et d’investissement personnel. C’est la leçon que j’en ai tirée. », explique Catherine Lecomte, 62 ans, Périgueux (24).

Parfois, le pot existe, il se passe bien, et c’est l’actualité extérieure qui vient colorer ce dernier jour de travail. La mémoire de la retraite se confond alors avec celle d’un événement marquant pour tout le monde.

« J’ai exercé trente ans comme assistante de direction dans une société téléphonique privée. Quand je suis partie à la retraite en 2001. Mon directeur m’a offert un pot. C’était même un déjeuner dans un restaurant de proximité, avec une vingtaine de collègues proches. Elles ont eu la gentillesse de m’offrir un petit bracelet en or, ainsi qu’une broche. Nous avons passé un moment très agréable. Vers 15h30, elles sont reparties à leur poste de travail. Je m’apprêtais à rentrer chez moi quand j’ai appris la nouvelle de l’attentat du World Trade Center à New York. Je suis partie à pied, les jambes flageolantes. Je n’oublierai jamais ce jour contrasté du 11 septembre 2001, qui a changé l’Histoire et mon histoire, avec la joie de ce déjeuner de départ d’un côté, et le drame historique de l’autre. », se souvient Marie-Noëlle Charbit, 79 ans, Massy (91).

Comment choisir : pot de départ, petit comité ou pas de pot ?

Au vu de ces expériences très différentes, la question n’est pas de savoir s’il « faut » organiser un pot, mais ce qui vous convient pour clore votre vie professionnelle. Certains préféreront un grand pot de départ à la retraite avec toute l’équipe, d’autres un déjeuner en petit comité, d’autres encore un simple café de vingt minutes dans un bureau, format souvent jugé suffisant quand on ne veut pas en faire trop. L’essentiel est de ne pas laisser un silence complet si vous sentez que cela risque d’être mal interprété ou de vous peser ensuite.

Situation Format de départ Durée repère Effet recherché
Vous voulez un moment convivial avec toute l’équipe Pot classique au bureau ou au café Discours de 3 à 5 minutes Dire merci publiquement, marquer la fin de carrière
Vous êtes pudique ou très ému à l’idée d’un pot Petit pot debout dans un espace de travail Pot « express » d’environ 20 minutes Clore sans grand discours ni mise en scène
Vous avez surtout quelques collègues proches Déjeuner en petit comité Quelques mots, 3 à 5 minutes maximum Partager avec ceux qui comptent vraiment
Vous êtes indépendant, sans grande équipe autour de vous Pas de pot, mais message ou lettre de remerciement Temps pris pour écrire, pas de moment public Éviter le silence total, garder un lien
Fin de carrière compliquée ou marquée par un burn-out Pas de cérémonie, mais explication simple aux proches Quelques phrases en partant ou par mail Poser ses limites sans couper tous les ponts

Si pot il y a, les repères restent simples. Un discours d’environ trois à cinq minutes, avec quelques anecdotes concrètes plutôt qu’une liste de qualités abstraites, suffit largement à remercier sans lasser. Côté organisation, beaucoup d’entreprises fonctionnent avec une petite cagnotte où chacun participe, en général, entre 5 et 20 euros pour financer quelques boissons et un cadeau, avec des montants un peu plus élevés pour une retraite. Après, reste la vie d’après le travail : certains, comme Christophe Léonard ou Florence, continuent de revoir quelques anciens collègues, d’autres tournent vraiment la page, mais tous décrivent à quel point le moment du départ, qu’il soit fêté ou non, reste longtemps en mémoire.

En bref

  • À l’approche de la retraite, de nombreux salariés hésitent entre organiser un pot de départ à la retraite ou partir discrètement, tiraillés par le regard des autres.
  • Les témoignages de Christophe, Françoise, Florence, Michel, Catherine et Marie-Noëlle montrent combien un pot réussi peut aider à tourner la page, quand son absence laisse parfois un vide.
  • L’article propose des repères concrets pour choisir entre grand pot, petit comité ou absence de cérémonie, et pour dire au revoir sans regret ni faux-semblants.
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La rédaction Bourse Inside

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