Pension de réversion : cette règle de calcul qui explique pourquoi l'ex-conjoint touche souvent plus que la dernière épouse

Quand un assuré a été marié plusieurs fois, la pension de réversion ne va pas automatiquement au dernier conjoint. Entre régime général, Agirc-Arrco et fonction publique, qui touche quoi et combien lorsque les mariages se sont succédé ?
Deux mariages, l’un qui a duré vingt ans, l’autre seulement huit : au guichet, cet écart se transforme en un choc très concret pour la veuve du second mariage, qui découvre qu’elle n’a droit qu’à moins de 30 % de la pension de réversion. Ce n’est pas un bug ni une décision au cas par cas, mais l’application froide de règles prévues par la loi.
Derrière cette situation se cache un mécanisme précis : la réversion n’est pas automatiquement « pour le dernier conjoint », elle peut être fractionnée entre plusieurs conjoints et ex-conjoints, selon des formules qui varient d’un régime à l’autre. Seul le mariage ouvre le droit, le Pacs et le concubinage n’y donnent aucun accès, et les pourcentages de base diffèrent entre régime général, complémentaire Agirc-Arrco et fonction publique. Le détail se cache dans la durée des mariages.
Partage de la pension de réversion : la règle du prorata entre conjoints
Le principe commun est simple à énoncer : quand la personne décédée a été mariée plusieurs fois, la pension de réversion est partagée en fonction de la durée de chaque mariage, calculée de date à date puis arrondie au mois inférieur. La part de chacun se détermine en appliquant au montant total de la réversion le rapport « durée de son mariage / durée cumulée de tous les mariages ». Pour le régime général, la pension de réversion représente 54 % de la retraite de base que percevait le défunt ou qu’il aurait pu percevoir, tandis que la complémentaire Agirc-Arrco applique un taux de 60 %, et la fonction publique un taux de 50 %.
L’exemple souvent cité d’un assuré marié vingt ans une première fois, puis huit ans avec sa seconde épouse, illustre bien ce prorata : sur vingt-huit ans de mariage au total, la veuve du second mariage ne reçoit qu’environ 28,6 % de la pension de réversion, l’ex-épouse percevant les 71,4 % restants tant qu’elle remplit les conditions. Autre illustration chiffrée pour un retraité du privé décédé dont la réversion de base atteint 600 euros par mois, soit 54 % de sa retraite : après un premier mariage de vingt ans et un second de quinze ans jusqu’à son décès, la première épouse touche 343 euros, la seconde 257 euros, ce qui montre que le dernier conjoint n’est pas nécessairement celui qui reçoit la part la plus élevée.
Régime général, Agirc-Arrco, fonction publique : un partage différent de la réversion
Au régime général, le texte de référence, l’article L353-3 du code de la Sécurité sociale, assimile l’ex-conjoint divorcé non remarié au conjoint survivant pour la réversion. La pension de réversion de base reste fixée à 54 % de la retraite du défunt, mais son versement dépend de conditions d’âge (55 ans) et surtout de ressources. En 2026, le plafond annuel atteint 25 001,60 euros pour une personne seule et 40 002,56 euros pour un couple, les revenus du ménage étant pris en compte après certains abattements. Pour un ancien salarié du privé, la complémentaire Agirc-Arrco applique, elle, un taux de 60 % des droits à retraite complémentaire, sans aucun plafond de ressources.
La logique de calcul ne change pas si le décès intervient avant le départ en retraite : « Le pourcentage qui s’applique est le même », précise Gaëtan Cochard, directeur du développement et expert retraite chez Kereis Expertises, cité par Capital. En pratique, le partage entre conjoints et ex-conjoints se met en place dès la première demande : la caisse calcule alors la réversion globale, puis ventile entre tous les ayants droit selon la durée de chaque mariage, et réajuste ensuite quand un autre conjoint ou ex-conjoint dépose à son tour un dossier. Dans le régime général, le remariage ne fait pas disparaître le droit à réversion de l’ex-conjoint décédé, alors qu’en Agirc-Arrco et dans la fonction publique, une nouvelle union met fin au versement.
| Régime | Taux de réversion | Règle de partage | Effet du remariage | Ressources / particularités |
|---|---|---|---|---|
| Régime général (base) | 54 % de la retraite de base | Prorata durée de chaque mariage | Remariage sans suppression automatique | Plafond 25 001,60 € / 40 002,56 € (2026) |
| Agirc-Arrco | 60 % des droits complémentaires | Prorata mariages ou durée d’assurance | Remariage ou nouvelle union excluent la réversion | Pas de plafond, trimestres plafonnés 169 / 170 |
| Fonction publique | 50 % de la pension | Partage proportionnel aux années de mariage | Remariage ou nouvelle union font perdre la réversion | Aucune condition de ressources |
Remariage, décès d’un bénéficiaire : comment la part de réversion peut bouger
Le remariage occupe une place centrale dans le partage entre conjoints et ex-conjoints. Pour la retraite de base, se remarier ne supprime pas automatiquement la pension de réversion, même si les revenus du nouveau ménage sont pris en compte pour vérifier le respect du plafond de ressources. En Agirc-Arrco et dans plusieurs régimes complémentaires de professions libérales, mais aussi pour les fonctionnaires, un remariage ou une nouvelle union font disparaître le droit à réversion de l’ex-conjoint, la pension étant alors recalculée intégralement au bénéfice du seul conjoint survivant encore en lice. Une ex-épouse qui se remarie perd ainsi tout droit au partage, quel qu’ait été la durée de son premier mariage.
Autre nuance importante, propre à l’Agirc-Arrco, lorsque le défunt n’était plus marié au moment de son décès : les ex-conjoints se partagent la réversion en fonction de la durée de chaque mariage, mais aussi de la durée d’assurance dans les régimes de base, plafonnée à 169 trimestres pour les réversions versées à compter du 1er décembre 2023 et à 170 trimestres pour celles liquidées depuis le 1er octobre 2025. Dans l’exemple d’un ancien salarié du privé décédé en janvier 2026 après vingt ans de mariage, soit 80 trimestres, et une réversion complémentaire de 1 000 euros, l’ex-conjointe perçoit 470 euros (1 000 x 80/170). Si un bénéficiaire de réversion décède, la part qu’il touchait est, dans le régime de base, redistribuée entre les conjoints et ex-conjoints survivants, mais seulement si la caisse de retraite est informée et reçoit la preuve du décès. Pour les lecteurs les plus interressés par ces calculs, un simulateur multi-régimes en ligne permet enfin d’estimer sa part avant même de déposer un dossier, en gardant en tête que seule la période de mariage passée sous le régime de la monogamie légale est prise en compte.
En bref
- À partir de cas concrets comme deux mariages de durées inégales, l’article explique comment la loi organise la pension de réversion entre conjoint survivant et ex-conjoints dans les principaux régimes français.
- Il détaille la règle du prorata selon la durée des mariages, les taux de 54 %, 60 % ou 50 %, l’impact des plafonds de ressources et les spécificités du régime général, de l’Agirc-Arrco et de la fonction publique.
- Remariage, décès d’un bénéficiaire, plafonds de trimestres ou recalculs successifs : le texte montre comment ces événements peuvent modifier la part de chacun et pourquoi il est crucial de vérifier sa situation exacte.









