PEA : ces ETF éligibles méconnus sur le MSCI World ou le Nasdaq pour investir partout dans le monde que la plupart des épargnants ignorent encore

Par Paul Graph - Publié le

Des ETF éligibles au PEA permettent déjà d'investir sur Wall Street, le Japon ou les marchés émergents sans quitter cette enveloppe fiscale. Encore faut-il savoir comment les repérer et les utiliser pour bâtir un portefeuille vraiment mondial.

PEA : ces ETF éligibles méconnus sur le MSCI World ou le Nasdaq pour investir partout dans le monde que la plupart des épargnants ignorent encore

En ouvrant un Plan d’Épargne en Actions, beaucoup d’épargnants pensent encore se limiter à quelques dizaines de grandes valeurs européennes. Pourtant, certains ETF éligibles au PEA permettent déjà de suivre la Bourse américaine, le Japon ou les marchés émergents, tout en restant dans cette enveloppe fiscale. Le paradoxe intrigue : comment investir presque partout dans le monde sans sortir de son PEA ?

En France, le PEA reste l’une des enveloppes les plus avantageuses pour investir en actions : après cinq ans de détention, les gains sont exonérés d’impôt sur le revenu et seuls s’appliquent les prélèvements sociaux de 18,6 %. En contrepartie, il est en principe réservé aux actions de sociétés ayant leur siège dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen. Sur le papier, cette contrainte enferme l’investisseur sur son continent, alors que la planète financière est bien plus vaste. Reste à savoir comment contourner cette limite sans renoncer à l’avantage fiscal.

PEA et ETF : le cadre à connaître pour investir loin

En pratique, plus de 200 ETF ont déjà trouvé la parade pour rester dans les clous du PEA. « Le PEA impose que les fonds soient investis à au moins 75 % en actions et titres de sociétés ayant leur siège dans l’UE ou un État de l’EEE », a expliqué Andrea Tueni, expert marché chez Saxo, à Capital. « Tant que le quota est respecté, le fonds peut offrir à l’investisseur la performance d’un indice mondial ou américain », ajoute l’expert. Cette règle ouvre la porte à des fonds indiciels capables de suivre Wall Street ou un indice mondial tout en détenant, en coulisses, un panier d’actions européennes.

Pour y parvenir, ces produits utilisent la réplication synthétique, via un contrat de swap. « Les ETF World ou Nasdaq éligibles au PEA détiennent concrètement des actions européennes, mais échangent leur performance contre celle de l’indice cible auprès d’une banque », détaille Andrea Tueni. Par exemple avec une banque située à New York, qui cherche elle-même à s’exposer aux actions européennes. « Ainsi, l’enveloppe PEA reste respectée tout en donnant accès aux grands marchés internationaux », résume-t-il. Ce mécanisme implique un risque de contrepartie, mais la réglementation UCITS le limite à 10 % de la valeur liquidative du fonds et les émetteurs demandent en pratique des garanties supplémentaires.

Comment identifier en pratique un ETF vraiment éligible au PEA

Repérer ces ETF n’est pas toujours intuitif, même pour un investisseur averti. « Il n’existe pas de liste officielle centralisée des ETF PEA », rappelle Andrea Tueni. Il conseille de « vérifier systématiquement l’éligibilité auprès de son courtier, de l’émetteur et via la documentation réglementaire ». En complément, des plateformes spécialisées comme JustETF, avec son filtre « PEA », ou Trackinsight, via l’onglet « Optimisation fiscale » et le filtre PEA France, aident à balayer rapidement l’offre disponible.

  • Contrôler sur le site de l’émetteur que le fonds est indiqué comme éligible au PEA.
  • Vérifier que la fiche de votre courtier mentionne bien « PEA » pour le même code ISIN.
  • Parcourir le document d’information clé ou le prospectus pour confirmer que le fonds investit au moins 75 % de son actif en actions ou titres de sociétés de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen.

Une fois l’éligibilité confirmée, reste à départager les produits, car pour un même indice les frais annuels peuvent varier de 0,05 % à 0,2 %. « Des frais plus faibles n’assurent pas nécessairement une meilleure performance », a prévenu Damien Cadillon, responsable des ventes en ETF pour la France chez Amundi, à Paris Match. Les professionnels invitent aussi à regarder la façon dont le fonds colle à son indice à travers deux mesures clés : la tracking error et la tracking difference. « La première désigne l’écart type des différences de performance quotidienne entre un ETF et son indice. Sur les ETF de taille importante, elle sera généralement faible, explique ­Olivier Malteste, directeur des investissements de Yomoni. La « tracking difference » correspond, elle, à l’écart de performance sur le plus long terme, à un an ou deux ans par exemple. » L’encours sous gestion joue aussi un rôle, car « Plus il est important, plus des économies d’échelle peuvent être réalisées par la société de gestion, ce qui peut améliorer la performance », détaille Arnaud Gihan, responsable de la distribution en France d’iShares.

Quels ETF éligibles au PEA pour investir dans le monde entier

Côté expositions, l’offre d’ETF compatibles avec le PEA est devenue très large. Les ETF synthétiques couvrent désormais l’essentiel des grands indices internationaux : le MSCI World, exposé à plus de 1 500 entreprises via des fonds comme iShares Core MSCI World PEA (IE0002XZSHO1) ou Amundi PEA Monde MSCI World (FR001400U5Q4) aux frais très bas, mais aussi le Nasdaq-100 pour viser les grandes valeurs technologiques américaines, ou encore un grand indice large comme le S et P 500 via différents émetteurs. Les marchés émergents ne sont pas oubliés, avec par exemple HSBC MSCI Emerging Markets (IE00B5SSQT16) ou Amundi PEA Asie Émergente (FR0013412012), qui cible la Chine, l’Inde, Taïwan et la Corée du Sud.

Pour compléter cette diversification mondiale, le PEA donne aussi accès à de nombreux ETF à réplication physique sur les indices européens, comme Amundi PEA MSCI Europe (FR0013412038), BNP Paribas Easy Stoxx Europe 600 UCITS ETF (FR0011550193) ou Amundi Prime Eurozone (LU2089238112), qui affiche des frais annuels record de 0,05 %. Certains produits vont même au-delà des actions, par exemple l’ETF monétaire Amundi PEA Euro Court Terme (FR0013346681), qui réplique l’indice €STR Overnight ; « Il peut être vu comme l’équivalent d’un fonds monétaire », souligne Damien Cadillon, responsable des ventes en ETF pour la France chez Amundi. Un investisseur intermediaire peut ainsi combiner un ou deux grands ETF mondiaux avec un ETF Europe et une brique plus sécurisée pour construire, au sein de son PEA, un portefeuille vraiment global sans multiplier les lignes.

En bref

  • En France, le Plan d'Épargne en Actions offre une fiscalité attractive sur les actions mais impose en principe une exposition limitée aux sociétés de l'Union européenne ou de l'EEE.
  • Grâce à la réplication synthétique par swap, plus de 200 ETF éligibles au PEA permettent pourtant de suivre des indices mondiaux comme le MSCI World, le S&P 500, le Nasdaq-100 ou les marchés émergents tout en respectant la règle des 75 %.
  • L'investisseur peut ainsi, en identifiant correctement ces ETF et en comparant frais, tracking difference et encours, construire un portefeuille PEA largement diversifié sur le monde entier.