PEA : ces "meilleures actions" plébiscitées par les Français… et le danger caché pour votre épargne

Par Paul Graph - Publié le

Plus de 7,28 millions de Français misent leur PEA sur les mêmes « meilleures actions PEA » du CAC 40. Jusqu’où ce réflexe rassurant expose-t-il leur épargne en cas de choc ?

PEA : ces « meilleures actions » plébiscitées par les Français… et le danger caché pour votre épargne

Les Français ont massivement adopté le Plan d’Épargne en Actions : selon la Banque de France, « 7,28 millions de Français détiennent un PEA pour un encours total de 114 milliards d’euros ». En tapant meilleures actions PEA, beaucoup se retrouvent avec les mêmes titres, jugés rassurants pour préparer la retraite ou faire fructifier une épargne dormante. Cette homogénéité crée pourtant un pari collectif sur quelques entreprises seulement, avec un risque caché de choc simultané pour des millions de portefeuilles.

Dans ces PEA, on retrouve surtout TotalEnergies, LVMH, Air Liquide, Airbus ou les grandes banques du CAC 40. Ces valeurs dominent « notamment les grandes capitalisations du CAC 40, car elles incarnent un compromis rassurant entre solidité financière et rentabilité », observe Jérôme Robin, fondateur du courtier en assurances Nousassurons. Il décrit une approche en « bon père de famille » et rappelle que les investisseurs recherchent avant tout des « gains réguliers tout en limitant la volatilité et le risque de perte ». Ces titres deviennent des « valeurs totem » à « statut quasi intouchable » ; « ces flux massifs contribuent à soutenir durablement leur valorisation ».

Pourquoi les mêmes « meilleures actions PEA » envahissent les portefeuilles

La mécanique fiscale du PEA renforce ce biais. « Après cinq ans de détention, les gains sont exonérés d’impôt sur le revenu, seuls s’appliquent les prélèvements sociaux ( récemment augmentés à 18,6 % ). » « Le PEA impose que les fonds soient investis à au moins 75 % en actions et titres de sociétés ayant leur siège dans l’UE ou un État de l’EEE », explique Andrea Tueni, expert marché chez Saxo. « Tant que le quota est respecté, le fonds peut offrir à l’investisseur la performance d’un indice mondial ou américain ». Sur le papier, l’enveloppe est flexible ; dans la pratique, beaucoup d’épargnants restent enfermés dans quelques « meilleures actions PEA » très françaises, par confort et mimétisme.

Quand les « meilleures actions PEA » deviennent une source de risque

La concentration sur l’énergie, le luxe, les banques ou l’aéronautique rend les PEA extrêmement sensibles à un choc sectoriel. Un durcissement réglementaire peut pénaliser l’énergie, un cycle moins porteur le luxe, un stress financier les banques. La popularité ne rime pas toujours avec efficacité et la corrélation explose : « Lorsque tous les portefeuilles deviennent trop exposés aux mêmes titres, un retournement de marché peut alors avoir un impact amplifié sur l’épargne des particuliers », prévient Jérôme Robin.

L’exemple de Safran, valeur industrielle très présente dans les PEA, l’illustre bien. Le titre a clôturé à 271,400 € avec une « variation sur 5 jours : -4,57% », selon Boursorama, alors même que le consensus affiche un « Objectif de cours 3 mois : 341,02 EUR – Potentiel : 25,65% ». Les analystes anticipent un « Dividende par action : 3,35 EUR (2025), 4,01 EUR (Estim. 2026), 4,99 EUR (Estim. 2027) » pour un « PER : 34,89 (2025), 26,21 (Estim. 2026), 21,39 (Estim. 2027) ». Côté climat, « Tonnes de CO₂ émises par million d’euros de revenu généré en 2024 : 15,4 », avec 0 activité à impact positif sur 12 suivies et 3 à impact négatif sur 23. Une seule valeur « de qualité » peut donc cumuler volatilité, enjeux ESG et fortes attentes de marché.

Diversifier son PEA au‑delà des valeurs stars grâce aux ETF

Pour transformer ce biais en PEA équilibré, les ETF éligibles offrent une porte de sortie. « En pratique, plus de 200 ETF contournent légalement cette restriction et permettent d’investir sur le monde entier, sans renoncer à l’exonération d’impôt sur le revenu après cinq ans ». « Les ETF World ou Nasdaq éligibles au PEA détiennent concrètement des actions européennes, mais échangent leur performance contre celle de l’indice cible auprès d’une banque », explique encore Andrea Tueni. « Ce mécanisme comporte un risque de contrepartie : si la banque signataire du swap fait défaut, l’ETF peut subir des pertes. La réglementation UCITS encadre ce risque en le plafonnant à 10 % de la valeur liquidative du fonds. » « Il n’existe pas de liste officielle centralisée des ETF PEA », ajoute l’expert, qui conseille de « vérifier systématiquement l’éligibilité auprès de son courtier, de l’émetteur et via la documentation réglementaire ». Diversifier entre ETF mondiaux et quelques valeurs françaises chouchous limite bien mieux le risque que de miser ses « meilleures actions PEA » sur quatre ou cinq sigles du CAC 40.

En bref

  • En 2024, 7,28 millions de Français concentrent leur PEA sur TotalEnergies, LVMH, Air Liquide, Airbus et quelques grandes banques du CAC 40.
  • La recherche de « meilleures actions PEA » et d'un profil bon père de famille concentre en silence plusieurs risques majeurs pour ces portefeuilles.
  • Une diversification progressive via ETF éligibles PEA et limites chiffrées par ligne permettrait pourtant de transformer ces valeurs totem en simples satellites du portefeuille.