Canicule record au Royaume-Uni : la ruée sur la climatisation cache un coût surprise qui va bientôt peser sur votre facture
En pleine canicule record, des milliers de foyers anglais s’équipent en climatisation pour supporter des nuits à 37,7 °C. Entre téléphones d’installateurs qui saturent, factures d’énergie et rumeurs d’interdiction, le Royaume-Uni change de cap.

Quand le thermomètre dépasse les 37°C à Londres, les vieilles briques qui gardent si bien la chaleur l’hiver se transforment en pièges étouffants. En juin, l’Angleterre a connu son mois de juin le plus chaud jamais enregistré, avec un record à 37,7°C selon le Met Office, battu trois jours d’affilée. Dans ce pays longtemps réputé pour sa méfiance envers la clim, la climatisation au Royaume-Uni devient soudain un sujet très concret.
Pendant des années, la Londonienne Zainab Hussain jugeait la climatisation inutile. À 35 ans, confrontée à la répétition des vagues de chaleur, elle dit aujourd’hui « ne pas voir comment survivre sans », affirme Zainab Hussain à l’AFP. Elle et son mari, comme une minorité grandissante de foyers britanniques, se sont équipés à l’étage de leur maison mitoyenne après plusieurs nuits à suffoquer. Car la chaleur n’a pas seulement réveillé le marché des climatiseurs, elle a aussi déclenché une ruée, des pénuries et même une rumeur d’interdiction des clims.
Canicule record : quand la climatisation s’installe en Angleterre
Dans ce pays où seuls environ 5% des logements sont équipés, la dernière vague de chaleur a agi comme un électrochoc. « Après la canicule (celle de fin juin, ndlr), on s’est rendu compte que l’étage était lui aussi devenu invivable », raconte la Londonienne à l’AFP. Un rapport du Centre for British Progress, publié en 2025, estime que la moitié des habitations britanniques surchauffent en été, soit environ 50 % d’un parc résidentiel pensé pour retenir la chaleur plutôt que pour l’évacuer.
Sur le terrain, les installateurs voient la bascule. Joe Springett, 35 ans, pose des climatiseurs depuis deux décennies. « C’est la même chose chaque année. Dès que la chaleur arrive, boum ! Le téléphone n’arrête pas de sonner… Tout le monde en veut tout de suite », glisse-t-il à l’AFP pendant qu’il installe l’appareil chez Zainab Hussain. Son carnet de commandes est plein pour plusieurs semaines et il peine à trouver des stocks, pendant que les enseignes comme B&Q constatent que les recherches de climatiseurs mobiles ont doublé cette année par rapport à 2025, avec des modèles en rupture sur de nombreux sites.
Solution de secours, impact durable et fausse rumeur d’interdiction au Royaume-Uni
Pour les experts, cette ruée vers la climatisation en Angleterre répond à une urgence mais pose d’autres problèmes. « On a l’impression que c’est une solution rapide, mais en réalité ce n’en est pas une, car cela peut causer beaucoup de dégâts », assure auprès de l’AFP Rajat Gupta, professeur en architecture durable à l’université Oxford Brookes. Selon lui, la clim augmente la demande d’électricité et donc les prix, accroît les émissions de gaz à effet de serre et réchauffe encore les villes en rejetant la chaleur dehors. Il regrette ces « achats de panique » et défend au contraire que « l’approche la plus durable consiste à adapter les bâtiments pour qu’ils restent frais naturellement ». Il préconise l’installation de stores intérieurs et extérieurs notament, et estime que la clim devrait être réservée aux plus vulnérables, dans les maisons de retraite ou les hôpitaux, où elle ne devrait être utilisée que « quand c’est nécessaire et là où c’est nécessaire ». Même tonalité pour John Calautit, enseignant en développement durable à l’University College de Londres, qui appelle à « privilégier des solutions plus simples comme (…) la ventilation naturelle ».
| Indicateur | Valeur / fait | Lecture | Source |
|---|---|---|---|
| Record de chaleur juin | 37,7°C en Angleterre | Canicule hors norme pour le pays | Met Office |
| Logements climatisés | Environ 5% des foyers | Marché domestique encore limité | AFP / rapport 2025 |
| Logements en surchauffe | Environ 50% l’été | Problème structurel des bâtiments | Centre for British Progress |
| Recherches climatiseurs mobiles | x2 vs 2025 chez B&Q | Ruée mesurable en magasin | B&Q / AFP |
| Interdiction nationale de la clim | Aucune interdiction au Royaume-Uni | Seules des règles locales existent | Gouvernement britannique |
Reste que pour beaucoup de ménages, la clim fixe n’est pas une option car elle coûte trop cher. Du coup, nombre de Britanniques se rabattent sur des appareils mobiles, jusqu’à épuiser les stocks en ligne. En parallèle, la désinformation s’est invitée dans le débat. Sur X, certains messages viraux affirmaient que « les Britanniques sont contraints de retirer les climatiseurs de leurs logements alors que le mercure atteint 40°C » dans le cadre « des mesures de lutte contre les émissions » de gaz à effet de serre. « Vous cachez un climatiseur non enregistré, n’est-ce pas ? », ironise un internaute, quand un autre assure que « Les autorités locales londoniennes font la chasse aux climatisations chez les habitants et ordonnent de les retirer ».
La réalité est plus prosaïque. Dans le quartier de Camden, à Londres, un propriétaire s’est vu ordonner de démonter deux unités extérieures installées sans permis dans une « zone protégée » : les inspecteurs estimaient qu’il n’avait « aucune autorisation ». Le site du gouvernement rappelle que « dans la plupart des cas, un permis de construire n’est pas nécessaire » pour une clim résidentielle, mais qu’il faut se renseigner auprès de sa mairie « pour connaître la réglementation en vigueur ». Le gouvernement a d’ailleurs publié un communiqué pour démentir toute interdiction nationale : « Les climatiseurs ne sont pas interdits ». « Ils peuvent être installés aussi bien dans les logements existants que dans les logements neufs », à condition que les collectivités locales « qu’ils fassent preuve de bon sens quant à la réglementation en la matière, laquelle vise à préserver les intérêts des communautés et de l’environnement ». Pendant ce temps, dans les maisons exposées plein sud, Zainab Hussain rappelle que « Nous passons beaucoup plus de temps à la maison avec le télétravail. Ce n’est plus une question de confort, il faut qu’on puisse continuer à fonctionner ».
En bref
- Fin juin, l’Angleterre bat des records de chaleur à 37,7 °C, dans un parc de logements mal adaptés dont seulement 5 % seraient équipés de climatisation.
- La vague de chaleur déclenche une ruée sur les climatiseurs fixes et mobiles, saturant les installateurs, provoquant des pénuries et alimentant une rumeur d’interdiction nationale.
- Entre enjeux de santé, impact climatique et règles locales parfois strictes, le Royaume-Uni cherche encore jusqu’où il doit laisser la climatisation s’installer.








