Ce château de 360 tonnes déplacé par 1800 volontaires : les coulisses du chantier le plus spectaculaire au Japon depuis un siècle

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Ce château de 360 tonnes déplacé par 1800 volontaires : les coulisses du chantier le plus spectaculaire au Japon depuis un siècle

À Hirosaki, dans le nord du Japon, 1.800 volontaires font glisser sur rails un donjon de 360 tonnes pour amorcer son retour sur un mur fraîchement restauré. Entre patrimoine classé et défi d’ingénierie, ce chantier participatif réserve encore plusieurs actes spectaculaires.

Dans le nord du Japon, un donjon de château qui pèse autant qu’une cinquantaine de bus urbains s’est mis à avancer, lentement, sous la seule force humaine. À Hirosaki, dans la préfecture d’Aomori, près de 1.800 volontaires ont saisi de longues cordes pour faire glisser sur des rails le donjon de 15 mètres de haut et ses 360 tonnes, dans ce qui est présenté comme le chantier le plus fou depuis 111 ans.

En apparence, il ne s’agit que de déplacer la tour de quelques mètres, au rythme des chants « so-re, so-re ». En réalité, la ville orchestre le retour du donjon du château d’Hirosaki vers son emplacement d’origine, après plus d’une décennie de travaux sur ses fondations en pierre. Une opération hors norme dont chaque étape réserve encore des surprises.

Pourquoi le donjon du château d’Hirosaki glisse sur des rails

Sous l’événement baptisé Hikimodoshi, la municipalité a invité le public à participer au déplacement manuel de la tour principale, ou tenshu. Répartis en équipes d’environ 80 personnes, les participants tirent sur des cordes de 30 mètres, tandis que la structure, posée sur un système de rails, avance par petits bonds : 1,13 mètre un samedi, puis 1,09 mètre le lendemain, soit un peu plus de deux mètres franchis à la seule force des bras. L’exploit tient aussi au fait que le bâtiment n’a pas été démonté : « Comme le donjon est classé bien culturel important au niveau national, nous ne l’avons pas démonté, explique Kensuke Hayasaka, responsable des parcs et espaces verts de la ville d’Hirosaki. Nous utilisons le hikiya, une méthode de déplacement des bâtiments qui existe au Japon depuis l’Antiquité », précise-t-il au Guardian.

Le hikiya consiste à désolidariser le bâtiment de ses fondations, à le soulever au moyen de vérins, puis à le faire glisser sur des rouleaux ou des rails. À Hirosaki, 27 vérins hydrauliques capables de soulever chacun jusqu’à 30 tonnes ont d’abord permis d’élever le donjon d’environ 76 centimètres. Posé sur une charpente en acier provisoire, l’édifice repose sur 20 chariots à rouleaux répartis le long de cinq rangées de rails ; trois autres vérins hydrauliques le poussent ensuite par séquences d’environ 30 centimètres, avant d’être repositionnés, ce qui permet au besoin de faire pivoter la tour sans tordre sa structure en bois.

Un chantier participatif hors norme : chiffres clés du déplacement

Si une telle mécanique est déployée, c’est que le socle du château était lui-même en danger. En 2015, le donjon a été éloigné de 70 à 80 mètres de son emplacement d’origine pour permettre la restauration du mur de pierre, fragilisé et déformé, notamment après un important tremblement de terre, au point de présenter un risque d’effondrement. Les 2.185 pierres ont été démontées, numérotées puis replacées à leur position initiale, un chantier achevé en décembre 2024, avant de préparer le « voyage retour » de la tour. Le déplacement en cours est donc la seconde étape de cette opération au long cours, rarissime au Japon : aucun château n’avait été transporté de cette manière depuis environ un siècle. Au total, quelque 4.100 personnes doivent participer à la traction manuelle pour faire parcourir cinq mètres au donjon, les quelque 73 mètres restants devant être assurés par les machines d’ici la fin de l’année.

La traction humaine répond aussi à un objectif assumé : faire de ce chantier technique un événement populaire. La perspective de « tirer un château » a attiré près de 8.000 candidatures pour seulement 1.800 places le temps d’un week-end. Et les volontaires ne sont pas rémunérés, bien au contraire. Un accès réservé permettait à certains donateurs ayant versé au moins 10.000 yens, soit environ 58 euros, d’être sûrs de pouvoir saisir les cordes. « Les candidatures ne provenaient pas seulement de la ville, mais de tout le Japon et de l’étranger », raconte Kensuke Hayasaka, évoquant des participants venus d’Asie du Sud-Est, d’Europe ou encore d’Amérique du Nord. Les grandes étapes du déplacement du donjon se lisent d’ailleurs en quelques chiffres.

Période Objectif Distance Méthode Participants / moyens
2015 Écarter la tour pour restaurer le mur Environ 70 à 80 m Hikiya, rails vers plateforme provisoire Techniciens, premiers vérins et chariots
Décembre 2024 Achever la restauration du mur de pierre 0 m Remontage précis des pierres 2.185 pierres démontées puis replacées
23-24 août 2026 Lancer la phase publique Hikimodoshi 1,13 m puis 1,09 m Traction humaine sur rails 1.800 volontaires, équipes d’environ 80
Fin août 2026 Atteindre 5 m de déplacement manuel Environ 5 m cumulés Sessions publiques répétées Environ 4.100 participants attendus
Fin 2026 Ramener la tour sur sa base d’origine Environ 73 m restants Poussée mécanique contrôlée 27 vérins, 20 chariots à rouleaux
Horizon 2033 Rouvrir le donjon restauré au public Position définitive Restauration, renforcement, aménagement intérieur Objectif de réouverture vers 2033

Après son retour complet sur le mur restauré, le donjon sera entièrement recouvert pour permettre une restauration en profondeur et un renforcement de la structure. Le château d’Hirosaki, achevé en 1611 et dont le premier donjon a été détruit en 1627 après l’explosion d’un dépôt de poudre frappé par la foudre, abrite l’édifice actuel datant de 1810, l’un des 12 derniers donjons historiques encore conservés au Japon et le seul de ce type dans la région du Tohoku. Sa réouverture n’est pas attendue avant 2033, ce qui laisse aux habitants comme aux curieux encore plusieurs années pour venir observer, sur place, cette opération de déplacement millimétré qui transforme un chantier de génie civil en spectacle rare.

En bref

  • À Hirosaki, dans la préfecture d’Aomori sur l’île de Honshū, le donjon de 15 mètres et 360 tonnes du château d’Hirosaki entame en août 2026 son retour vers sa base d’origine après une décennie de travaux.
  • Grâce à la technique ancestrale du hikiya, 1.800 volontaires tirent le tenshu sur rails pour le faire avancer de quelques mètres, pendant que vérins hydrauliques, chariots et rails assurent un déplacement précis et sans démontage.
  • Entre engouement populaire, milliers de candidatures et horizon de réouverture fixé à 2033, ce chantier Hikimodoshi mêle spectacle, tourisme participatif et prouesse d’ingénierie autour d’un des derniers donjons historiques du Tohoku.
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