Crise du bâtiment : le secteur "dévisse" et va détruire 20.000 emplois, un retour aux années 1990

Le bâtiment français s'enfonce dans une crise qui dure depuis quatre ans, avec 20.000 emplois menacés rien que pour 2026 selon la FFB. Entre recul du neuf, rénovation en berne et aides rabotées, le secteur attend un signal politique sans savoir s'il viendra.
On pensait le rebond proche, il s’éloigne encore. « On continue de s’enfoncer dans la crise, on est en train de dévisser et on ne sait pas jusqu’où on va aller », a alerté Frédéric Carré, président de la Fédération française du bâtiment, lors d’une conférence de presse le 15 septembre 2026, selon BFMTV et AEF info. Pour ce secteur clé de l’économie, le mot d’ordre n’est plus l’attente, mais l’inquiétude.
Après quatre années de recul quasi ininterrompu, la Fédération française du bâtiment (FFB) prévoit désormais une baisse de 0,3 % du chiffre d’affaires du secteur en 2026 par rapport à 2025, portant la chute totale de l’activité à 12,3 % sur la période. Ce niveau renvoie le bâtiment à son « bas niveau de la fin des années 1990 » et pourrait se traduire, pour la seule année 2026, par la destruction de 20.000 emplois, dans un contexte où le budget 2027 et la campagne présidentielle deviennent décisifs. Pour le bâtiment, la sortie du tunnel se fait encore attendre.
Crise du bâtiment 2026 : des chiffres qui rappellent les années 1990
Concrètement, la FFB décrit un secteur à l’arrêt ou presque. L’activité globale recule légèrement en 2026, mais ce repli s’ajoute à trois années déjà difficiles, au point que près de 60.000 emplois auraient disparu en quatre ans. Le rebond annoncé de 3,8 % dans la construction neuve ressemble, aux yeux de Frédéric Carré, à « un leurre » : avec seulement 302.000 logements commencés, les ouvertures de chantiers restent 17 % en dessous de la moyenne des quarante dernières années, soit environ 50.000 logements de moins.
| Indicateur | Chiffre | Période | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Activité du bâtiment | -0,3 % | 2026 vs 2025 | nouvelle baisse attendue |
| Activité cumulée | -12,3 % | 2022-2026 | retour fin années 1990 |
| Emplois perdus | 20.000 | prévision 2026 | menace sociale immédiate |
| Emplois perdus cumulés | ≈ 60.000 | sur 4 ans | effet d’hémorragie prolongée |
| Logements commencés | 302.000 | année 2026 | 17 % sous la moyenne |
| Prix des matériaux | +4,3 % | début 2026 | hausse liée au Moyen-Orient |
Le choc touche aussi l’entretien et la rénovation, qui représentent désormais 60 % de l’activité du bâtiment. Le chiffre d’affaires de ce segment reculerait de 2,9 % en 2026, avec une rénovation énergétique des logements en chute de 4,5 % au deuxième trimestre par rapport à 2025. « Les besoins en rénovation énergétique sont immenses, c’est incompréhensible que ce segment baisse », insiste Frédéric Carré, alors que la France compte 3,9 millions de passoires énergétiques et que la crise du logement neuf a déjà coûté près de 5 milliards d’euros de TVA à l’Etat entre 2022 et 2025.
Emploi, faillites, aides publiques : un secteur qui « ne voit pas le bout »
Dans ce contexte, la FFB anticipe 12.000 défaillances d’entreprises et environ 20.000 emplois détruits en 2026, en plus des dizaines de milliers déjà supprimés depuis 2022. « Le bâtiment va mal, voire très mal, tous les segments de notre activité sont dans le rouge », résume Frédéric Carré. Les intérimaires, les petites entreprises de gros oeuvre ou de second oeuvre et les jeunes en insertion se retrouvent particulièrement exposés à une baisse de charge qui dure longtemp, alors même que le secteur se plaignait encore récemment de pénuries de main-d’oeuvre.
Pour le patron de la FFB, le recentrage de MaPrimeRénov’ depuis le 1er septembre, avec la suppression de plusieurs « gestes » simples comme l’isolation des combles ou le remplacement des fenêtres, pèse encore sur la confiance des ménages. Le guichet pour ces travaux « s’adressait particulièrement aux classes les plus modestes », regrette-t-il, au moment où la guerre au Moyen-Orient renchérit les matériaux de construction et comprime les marges. « On pensait avoir touché le fond en 2025 mais le secteur va s’enfoncer encore un peu plus. C’est une crise dont on ne voit pas le bout », reconnaît aussi Frédéric Carré, qui se dit « ravi que « le logement s’invite dans les débats pour la présidentielle » » et espère que le projet de loi de finances pour 2027 jouera enfin le rôle de plancher pour un secteur qui, pour l’instant, continue de dévisser.
En bref
- Le 15 septembre 2026, à Paris, Frédéric Carré, président de la Fédération française du bâtiment, alerte sur une crise qui dure depuis quatre ans et ramène le secteur à ses niveaux de la fin des années 1990.
- Avec une activité encore en baisse en 2026, près de 60.000 emplois perdus en quatre ans, des mises en chantier historiquement faibles et une rénovation énergétique en recul, le bâtiment affronte un choc social et économique majeur.
- Entre recentrage de MaPrimeRénov’, hausse des coûts des matériaux et attentes fortes autour du projet de loi de finances 2027, la profession s’interroge jusqu’où ira cette crise et quelles réponses politiques seront apportées.









