État des lieux signé : le délai méconnu de 10 jours pour ajouter un défaut et garantir votre dépôt de garantie
Locataire, vous venez de signer un état des lieux d'entrée et vous remarquez déjà des défauts oubliés. Entre délai de 10 jours, chauffage et recours en cas de refus du bailleur, vos marges de manœuvre sont plus encadrées qu'il n'y paraît.

Vous avez signé l’état des lieux d’entrée un peu vite, entre cartons et remise des clés. Une fois installé, vous découvrez des défauts oubliés, une fenêtre qui ferme mal, un radiateur suspect, et cette question qui tourne : est-il encore possible de modifier ce document que tout le monde présente comme intouchable ?
En droit locatif, l’état des lieux a pourtant valeur contractuelle et sert de base à la comparaison le jour où vous rendrez le logement. Il fige l’état du bien au moment de l’entrée, mais la loi française ménage une petite marge de manoeuvre pour le compléter, à des conditions très précises et dans des délais courts. À condition d’agir vite et correctement.
Comprendre ce que vous pouvez vraiment modifier dans l’état des lieux
Un état des lieux d’entrée signé n’est pas un simple formulaire : il a la même force qu’un avenant au bail. L’article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989 prévoit qu’il soit établi lors de la remise des clés, contradictoirement et amiablement par les parties ou par un tiers mandaté par elles. Cette exigence de caractère contradictoire vaut pour l’entrée comme pour la sortie. Le Journal de l’Agence relate ainsi un dossier où un bailleur avait fait réaliser l’état des lieux de sortie avec le père du locataire, sans procuration ni qualité officielle, avant de réclamer le coût de diverses dégradations. « Il s’agit d’une fausse « bonne idée », qui peut engager votre responsabilité », prévient le Journal de l’Agence.
La possibilité de modifier un état des lieux ne permet pas de le réécrire de fond en comble. La loi donne surtout au locataire un droit de complément pendant un court laps de temps, pour corriger des oublis, préciser un point ou signaler un défaut qui n’était pas visible lors de la visite. « Il ne suffit pas d’écrire « logement sale » ou « matériel abîmé ». », rappelle le cabinet Kohen Avocats. L’état des lieux d’entrée, comme celui de sortie, doit décrire concrètement ce qui est constaté pièce par pièce : un joint noirci, une plaque rayée, une poignée qui bouge, un battant qui ferme mal.
Dix jours pour compléter l’état des lieux d’entrée, plus un mois pour le chauffage
Pour l’état des lieux d’entrée, l’article 3-2 fixe un délai de 10 jours à compter de son établissement pendant lequel le locataire peut demander à le compléter. Ce sont dix jours calendaires, week-ends compris, qui commencent à courir le jour où le document a été réalisé lors de la remise des clés. Passé ce cap, le bailleur n’est plus tenu d’accepter un ajout, même si rien ne lui interdit de le faire à l’amiable.
La loi prévoit aussi un cas particulier : l’état des éléments de chauffage peut être complété pendant le premier mois de la période de chauffe, lorsque ceux-ci n’ont pas pu être testés lors de l’entrée, par exemple pour une installation collective coupée en été. Dans tous les cas, le locataire a interet à formaliser rapidement sa demande par écrit. Les juristes conseillent une lettre recommandée avec accusé de réception, ou à défaut un courriel retraçant clairement la chronologie. Il faut y lister chaque pièce, chaque équipement concerné, décrire précisément le défaut, et joindre si possible des photos datées pour étayer la demande.
| Situation constatée | Action possible | Délai légal | Preuves utiles | Canal recommandé |
|---|---|---|---|---|
| Défaut oublié ou mal décrit à l’entrée | Compléter l’état des lieux | 10 jours après établissement | Photos, description pièce par pièce | LRAR ou email traçable |
| Détail apparu dès les premiers jours (ex : fuite légère) | Demander ajout précis | 10 jours après établissement | Photos, vidéo courte, date d’apparition | LRAR ou email traçable |
| Radiateur ou chaudière non testable le jour J | Compléter sur état du chauffage | 1er mois de la période de chauffe | Essais datés, relevés de température | LRAR ou email traçable |
| Désaccord persistant sur un point signalé dans le délai | Maintenir demande, proposer échange | Dans le délai, puis sans limite pour négocier | Courriers conservés, réponses du bailleur | Écrit, puis saisine CDC possible |
Sous quelles conditions votre état des lieux reste valable et opposable ?
Au delà du contenu, la manière dont l’état des lieux est établi conditionne sa valeur probante. Pour être valable et opposable au locataire comme au bailleur, il doit être signé par chacune des parties présentes, ou par un représentant muni d’une procuration écrite et d’une pièce d’identité. La jurisprudence rappelle que la simple présence d’un proche, même de bonne foi, ne suffit pas si ce mandat fait défaut. C’est précisément ce qui a conduit la Cour de cassation à écarter un état des lieux signé par le père d’un locataire sous curatelle, faute de pouvoir justifier de ce pouvoir de représentation.
| Situation | Présence lors de l’état des lieux | Signature apposée par | Valeur du document | Solution sécurisée |
|---|---|---|---|---|
| Locataire présent et participe | Locataire et bailleur | Locataire et bailleur | Valable, opposable aux deux | Conserver exemplaire signé |
| Locataire absent, tiers avec procuration | Bailleur et tiers mandaté | Tiers mandaté pour le locataire | Valable si mandat et identité prouvés | Garder copie procuration et pièce |
| Locataire absent, tiers sans procuration | Bailleur et proche du locataire | Proche sans pouvoir écrit | Très fragile, souvent inopposable | Préférer nouveau rendez-vous contradictoire |
| État des lieux amiable impossible (conflit, refus) | Parties convoquées par commissaire de justice | Commissaire de justice | Valable si convocation respectée | Frais partagés, convocation 7 jours mini |
Si le bailleur refuse de prendre en compte les compléments demandés dans les délais, ou ne répond pas, le locataire peut saisir la commission départementale de conciliation de son département pour tenter de trouver un accord amiable. En dernier recours, un juge pourra trancher au vu des états des lieux, des échanges écrits, des photos et des éventuelles constatations d’un commissaire de justice. D’où l’importance, dès l’emménagement, de garder une trace de chaque message et de chaque document signé.
En bref
- Au moment de l'état des lieux d'entrée, régi par l'article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989, le locataire signe un document contractuel qui servira de référence lors de la sortie du logement.
- La loi lui permet pourtant de compléter cet état des lieux dans un délai de 10 jours, voire pendant le premier mois de la période de chauffe pour le chauffage, à condition de formuler une demande écrite précise et étayée de preuves.
- En cas de refus ou de silence du bailleur, la saisine de la commission départementale de conciliation puis, en dernier recours, le juge ou un commissaire de justice peuvent encore rééquilibrer la situation.








