Logements sociaux : contrairement à une idée reçue, ce chiffre clé sur l'attribution révèle qui est vraiment favorisé

Le 13 septembre 2026, à Hénin-Beaumont, Marine Le Pen accuse les HLM de détourner les Français au profit des étrangers. Mais quand on regarde finement qui obtient réellement un logement social aujourd’hui, le portrait statistique réserve une autre surprise.
En promettant d’instaurer une « priorité nationale » pour l’accès aux logements sociaux, Marine Le Pen affirme que les Français seraient aujourd’hui mis de côté au profit des étrangers. « Il est intolérable que les Français (…) soient écartés du bénéfice du logement à faible loyer », a-t-elle affirmé lors de son discours de rentrée à Hénin-Beaumont, en faisant du parc HLM un axe central de sa campagne.
« Il n’est plus considéré comme un dispositif social pour les familles françaises dans le besoin, mais comme un dispositif au bénéfice prioritaire d’une immigration incessante », a-t-elle encore dénoncé à propos des HLM. Cette polémique a pris de l’ampleure à mesure que responsables politiques et bailleurs sociaux s’affrontent, les uns parlant de favoritisme, les autres de pénurie. Reste une question simple : que montrent les données récentes sur ce point précis, qui obtient réellement un logement social quand un dossier est étudié ?
Qui occupe les HLM aujourd’hui selon les chiffres officiels sur les étrangers
Pour étayer son discours, le Rassemblement national met en avant un chiffre du ministère de l’Intérieur : en 2022, 30% des immigrés vivant en France habitaient un logement HLM, contre 11% des non-immigrés. Cette surreprésentation existe bien dans le parc, mais elle ne dit rien en elle-même sur la manière dont les logements sont attribués. Le même ministère souligne d’ailleurs que cette situation « peut être liée à leurs plus faibles revenus, mais aussi à la plus grande taille de leur ménage ». Les immigrés sont aussi moins souvent propriétaires de leur logement, 36% contre 63% pour les non-immigrés, ce qui pousse davantage d’entre eux vers le parc locatif social.
D’après les dernières données de l’Union sociale pour l’habitat (USH), 16% des locataires du parc HLM sont nés à l’étranger. Or, dans l’ensemble de la population, 14% des personnes vivant en France en 2025 sont nées à l’étranger, selon l’Insee. Une partie de ces locataires nés hors de France ont acquis la nationalité française ou sont binationaux, et l’USH estime que les ménages de nationalité étrangère représentent 15% des locataires du parc social. Face aux accusations de favoritisme, Emmanuelle Cosse répond : « Contrairement à ce qu’elle dit, les étrangers ne sont pas favorisés dans l’accès au logement social. Il n’y a aucun favoritisme. On a même vu que leur accès est inférieur à celui des ménages français », a assuré Emmanuelle Cosse, présidente de l’Union sociale pour l’habitat, citée par 20 Minutes. La nationalité n’entre pas dans les critères légaux d’attribution, le Conseil constitutionnel rappelant que le principe d’égalité devant la loi s’applique aussi aux étrangers disposant d’un titre de séjour valide.
Au moment de l’attribution, les Français sont-ils vraiment écartés des logements sociaux ?
Les données d’attribution, qui mesurent le « flux » des dossiers acceptés, éclairent directement l’affirmation de Marine Le Pen. Selon l’USH, en 2024, le nombre de logements attribués représentait 14% des demandes de ménages français, contre 13% des demandes déposées par des étrangers non européens en situation régulière et 12% de celles des ressortissants européens. Les demandes déposées par des étrangers aboutissent donc, en proportion, un peu moins souvent que celles des Français. Le Défenseur des droits va dans le même sens en estimant que « les demandeurs les plus pauvres, parmi lesquels les personnes étrangères (…), sont systématiquement désavantagés dans l’accès au logement social ». Il souligne aussi, en s’appuyant sur une étude de l’OFCE, que « Comme le montre une étude de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), ils connaissent paradoxalement les taux d’attribution les plus faibles, et sont souvent relégués aux logements les moins attractifs du parc social ». Un rapport du Haut Conseil à l’intégration relevait déjà en 2007 que, parmi les ménages immigrés ayant déposé une demande, 28% attendaient depuis plus de trois ans, soit « le double de la proportion moyenne », et qu’ils obtenaient principalement « des logements sociaux anciens ou très anciens ».
| Indicateur | Période | Population | Valeur | Lecture |
|---|---|---|---|---|
| Part vivant en HLM | 2022 | Immigrés | 30% | Surreprésentation en stock |
| Part vivant en HLM | 2022 | Non-immigrés | 11% | Reste de la population |
| Locataires nés à l’étranger | Données USH | Parc HLM | 16% | Légère surreprésentation |
| Nés à l’étranger | 2025 | Population France | 14% | Référence démographique |
| Taux d’attribution | 2024 | Demandes françaises | 14% | Plus haut taux de flux |
| Taux d’attribution | 2024 | Étrangers non-UE / UE | 13% / 12% | Taux légèrement plus bas |
Derrière la polémique sur la « priorité nationale », les acteurs du logement insistent surtout sur la réalité de la pénurie. Selon l’USH, le nombre de demandes de logement social a atteint un pic historique de 2,9 millions de dossiers en attente en 2026, contre 2,5 millions en 2023, et seul 1 demandeur sur 7 se voit attribuer un logement. La rotation du parc reste faible, autour de 7%, bon nombre de locataires ne trouvant pas de solutions dans le parc privé. L’Agence nationale de contrôle du logement social recense 394.000 logements attribués en 2025, tandis que la Fondation pour le logement des défavorisés chiffre à environ 86.000 le nombre de logements sociaux financés en 2024, contre 124.000 en 2016. Dans ce contexte, la Confédération nationale du logement prévient que « la préférence nationale ne résoudra rien à la pénurie » de logements sociaux, alors que 72% des Français remplissent les plafonds de ressources pour un logement social mais que, en retirant les propriétaires déjà logés, cette part tombe à 37% et que seuls 11% d’entre eux vivent effectivement dans le parc HLM.
En bref
- Le 13 septembre 2026 à Hénin-Beaumont, Marine Le Pen soutient que les Français seraient désormais évincés des logements sociaux au bénéfice des étrangers.
- Les chiffres du ministère de l’Intérieur, de l’Union sociale pour l’habitat et du Défenseur des droits indiquent une légère sous-attribution aux ménages étrangers et confirment surtout une pénurie massive de HLM.
- L’article met en perspective la surreprésentation des immigrés en HLM avec les mécanismes d’attribution et questionne ce que la priorité nationale changerait réellement dans un parc social saturé.









