Piratage Binance : les secrets du casse à 5,6 milliards d'euros qui a contourné la sécurité de la blockchain

Autour du 29 octobre 2026, Binance subit un vol record de 5,6 milliards d’euros en cryptomonnaies, attribué par le FBI à un groupe lié à la Corée du Nord. Comment des retraits « légitimes » ont-ils pu vider ses hot wallets sans casser la blockchain ?
Autour du 29 octobre, la première plateforme mondiale d’échange de cryptomonnaies a vu disparaître l’équivalent de 5,6 milliards d’euros d’actifs numériques. En quelques transactions de retrait, le piratage de Binance s’est hissé tout en haut du palmarès des vols de cryptomonnaies.
Le FBI attribue ce « casse du siècle » à la Corée du Nord. « La République populaire démocratique de Corée est responsable du vol de plus de 6 milliards de dollars américains en actifs virtuels auprès de la plateforme d’échange de cryptomonnaies Binance, aux alentours du 29 octobre », a écrit le FBI dans un communiqué cité par La Tribune. Donald Trump a pris plus de distance en déclarant « Je ne suis pas inquiet. Nous sommes en train d’en apprendre davantage. Nous ne savons pas si c’est la Corée du Nord », a-t-il expliqué à des journalistes dans sa résidence en Floride, selon La Tribune. Reste à comprendre comment une plateforme centralisée a pu laisser sortir une telle somme sans que la blockchain ne soit, elle, compromise.
Piratage de Binance : un casse record et des milliards gelés
Selon Binance, 6,3 milliards de dollars, soit environ 5,6 milliards d’euros, ont été affectés par l’attaque, pour une plateforme qui revendique 335 millions d’utilisateurs. Ce montant est environ quatre fois supérieur au vol de 1,5 milliard de dollars subi en février 2025 par ByBit, déjà attribué au groupe nord-coréen TraderTraitor, considéré comme une émanation du Lazarus Group lié aux services de renseignement de Pyongyang ; ce collectif s’était fait connaître en 2014 lors du piratage de Sony Pictures Entertainment, accusé d’avoir réagi au film satirique L’Interview qui tue!. Les enquêteurs américains disent avoir identifié le même groupe derrière Binance et ajoutent que « Il est prévu que ces actifs soient ensuite davantage blanchis au moyen de conversions via des services DeFi et d’échanges instantanés, afin de les préparer pour d’autres étapes de blanchiment ».
| Période | Événement | Montant concerné | Acteur / statut |
|---|---|---|---|
| Autour du 29 octobre | Vol massif détecté sur Binance | 6,3 Md$ impactés (5,6 Md€) | Estimation communiquée par Binance |
| Samedi | FBI met en cause la Corée du Nord | Plus de 6 Md$ évoqués | Accusation formelle du FBI |
| Vendredi | Gel d’environ la moitié des fonds | 3 Md$ bloqués par des partenaires | Opérations de gel en cours |
| Samedi | Binance reconstitue une grande partie des actifs | « 90 % » des montants dérobés | Rachats d’actifs moins liquides en parrallèle |
Pour limiter l’impact immédiat, Binance a d’abord suspendu les retraits avant de les rouvrir progressivement sur certains réseaux, tout en prévenant que « les utilisateurs peuvent subir des retards temporaires ou des temps de traitement plus longs en raison du volume de trafic », a indiqué la société sur X, citée par La Tribune. La plateforme a promis que « Binance assumera l’impact financier des fonds volés, et non nos utilisateurs », et son codirigeant Richard Teng a assuré « Nous n’utilisons jamais les fonds des clients, ils ne sont donc pas touchés », cité par MoneyVox, en expliquant que plus de 6,34 milliards de dollars de fonds propres avaient été mis de côté pour couvrir les pertes. Le président de la CFTC, Michael Selig, a estimé sur CNBC que « le vrai problème » tenait au fait qu’il s’agit de « plateformes offshore non régulées, qui ne disposent pas des mêmes garde-fous que nos marchés financiers aux États-Unis ».
Comment 5,6 milliards d’euros ont pu sortir de Binance et devenir difficiles à récupérer
Binance n’a pas été victime d’une faille de la blockchain elle-même, mais d’un détournement de ses systèmes de gestion des fonds. Les cryptomonnaies restent inscrites sur un registre numérique, la blockchain, qui conserve l’historique des transactions et dont la conception rend la falsification très difficile ; en pratique, ce sont les clés privées et les autorisations de transfert qui sont visées. Les premiers éléments de l’enquête interne évoquent « un ordinateur portable dont la sécurité a été affectée », appartenant à un ingénieur, avant la découverte de « des points de brèche supplémentaires », a indiqué la plateforme sur X, ce qui a permis aux pirates de faire signer des retraits à un portefeuille connecté à internet appartenant à Binance, un « hot wallet » utilisé pour servir les demandes des clients. « Cette attaque n’a pas été menée par une seule personne », a insisté Richard Teng, qui parle d’une « attaque complexe ».
Une fois ces retraits validés par les systèmes internes de Binance, les fonds ont quitté les portefeuilles « chauds » de la plateforme comme s’il s’agissait de transactions légitimes. Le FBI a recensé environ 500 adresses « que les acteurs de TraiderTraitor sont en train d’utiliser pour blanchir ces actifs volés » et observe que les voleurs convertissent une partie des jetons en Ether avant de les faire transiter par des services de finance décentralisée et des échanges instantanés. Environ 3 milliards de dollars ont été gelés par des partenaires de Binance, mais ce gel ne signifie pas que l’argent est déjà récupéré ; les pirates peuvent encore rémunérer des intermédiaires ou recourir à des « mélangeurs » de cryptomonnaies pour brouiller les pistes, préviennent des sociétés d’analyse comme TRM Labs, Chainalysis et Elliptic. « Même quand vous pensez être sur un échange parmi les plus solides au monde, il peut se faire hacker », résume Stéphane Ifrah, analyste chez Coinhouse, cité par MoneyVox, qui rappelle qu’au-delà des promesses de dédommagement, « on voit bien qu’il n’y a pas de risque zéro ».
En bref
- Fin octobre 2026, Binance annonce le vol d’environ 6,3 milliards de dollars en cryptomonnaies, aussitôt visé par une accusation du FBI visant la Corée du Nord et le groupe TraderTraitor.
- Les enquêteurs décrivent une attaque complexe partant d’un poste d’ingénieur compromis, qui a permis de faire signer par les systèmes de Binance des retraits massifs depuis ses hot wallets comme s’ils étaient légitimes.
- Entre fonds gelés chez Tether et Circle, conversions en Ether, passages par la DeFi et mixeurs, l’argent suit un parcours obscur dont les enjeux pour les utilisateurs restent à éclairer.










