Divorcés : héritage, pension de réversion, testament… ce que votre ex-conjoint peut encore toucher après votre décès (et la réforme 2026 qui change tout)

Par Paul Graph - Publié le

Après un divorce, beaucoup pensent que tout lien financier est brisé, mais héritage et pension de réversion réservent souvent des surprises. Entre règles actuelles et réforme annoncée, vos ex-conjoints peuvent encore peser sur votre patrimoine.

Divorcés : héritage, pension de réversion, testament… ce que votre ex-conjoint peut encore toucher après votre décès (et la réforme 2026 qui change tout)

Divorce prononcé, chacun reprend sa route et beaucoup pensent que tout lien financier est définitivement coupé. Pourtant, des années plus tard, au moment d’un décès, la question revient : l’ex-conjoint a-t-il encore des droits sur l’héritage ou sur la retraite du défunt ? Entre succession et pension, les règles sont techniques, pleines d’exceptions et difficiles à anticiper quand on signe le jugement de divorce. Ce flou alimente pas mal de mauvaises surprises dans les familles.

En droit français, l’ex-époux ne fait plus partie des héritiers légaux, mais il peut dans certains cas toucher une part de la pension de réversion de son ancien conjoint. Les donations, les avantages matrimoniaux ou le testament viennent encore modifier le paysage au cas par cas. Et une réforme de la pension de réversion discutée pour 2026 pourrait rebattre les cartes pour les divorcés, les pacsés et même les concubins. Les détails comptent vraiment.

Divorce et héritage : ce que l’ex-conjoint peut (encore) recevoir

Premier principe posé par l’administration : après le divorce, l’ex-époux ne fait plus partie des héritiers de son ancien conjoint. Il ne vient donc plus en concours avec les enfants ou les autres proches au moment du décès. Si une donation au dernier vivant avait été consentie pendant le mariage pour augmenter la part d’héritage du conjoint, elle est en principe annulée par le jugement de divorce, sauf si celui qui l’a consentie a expressément décidé de la maintenir, dans l’acte lui-même ou au moment du divorce. Pour les avantages matrimoniaux qui ne produisent leurs effets qu’au décès, l’administration rappelle qu’ils sont annulés par le divorce, « sauf volonté contraire de celui qui l’a consenti ».

En pratique, cela vise par exemple la clause d’attribution intégrale de la communauté à l’époux survivant, très protectrice tant que le couple reste marié. Une fois le divorce prononcé, cette clause tombe sauf maintien explicite, mais tous les actes ne se comportent pas de la même manière. Point crucial souvent ignoré : le testament n’est jamais annulé automatiquement par le divorce. « Si vous souhaitez l’annuler, vous devez faire la démarche d’annulation ou de modification », prévient le Service public. Autrement dit, sans mise à jour, un ex-conjoint désigné comme légataire peut encore recevoir ce que vous lui aviez prévu. Lors d’un divorce, il y a trois points à vérifier avec votre notaire :

  • éventuelle donation au dernier vivant consentie pendant le mariage ;
  • avantages matrimoniaux prévoyant une attribution au décès ;
  • testament déjà rédigé au profit du conjoint.

Pension de réversion après divorce : droits et partage entre ex-conjoints

La pension de réversion permet au conjoint survivant de toucher une partie de la retraite que le défunt percevait ou aurait pu percevoir. Pour en bénéficier, une règle commune à tous les régimes s’applique : il faut avoir été marié avec la personne décédée. « Le Pacs et le concubinage ne permettent pas d’obtenir une pension de retraite de réversion », affirme l’administration française, citée par Capital. Le Pacs reste en effet moins protecteur, sans droit automatique à l’héritage ni à la réversion, sauf dispositions particulières comme un testament.

Le divorce n’efface pourtant pas tout. « L’époux divorcé de la personne décédée peut bénéficier de la pension de réversion même s’il vit de nouveau en couple lors du décès de son ex-époux », précise le service public. Dans de nombreux régimes, cette possibilité reste toutefois conditionnée à l’absence de remariage de l’ex-conjoint. Quand le défunt s’est lui-même remarié, la pension de réversion est partagée entre les époux et ex-époux survivants en fonction de la durée du mariage de chacun, ce qui peut aboutir à un partage très fin entre plusieurs unions et permet à un ex-conjoint de conserver une part de droits malgré la séparation.

Pension de réversion après divorce : conditions, démarches et réforme à venir

Pour les régimes de base comme l’Assurance retraite, la MSA ou la CNAVPL, l’ouverture du droit à réversion dépend aussi de l’âge et des ressources du conjoint ou ex-conjoint survivant. Pour bénéficier de l’Assurance retraite, « il faut avoir au moins 55 ans et percevoir moins de 24 710,40 euros bruts par an si vous vivez seul et moins de 39 536,64 euros bruts par an si vous vivez en couple ». En 2025, ces plafonds correspondent au maximum de 24 710,40 euros par an pour une personne seule et 39 536,64 euros pour un couple. Les autres régimes, notamment les complémentaires comme l’Agirc-Arrco, n’appliquent aucune condition de ressources mais exigent une demande de pension de réversion, qui reste imposable au titre de l’impôt sur le revenu. Pour ne pas multiplier les formulaires, la demande peut être déposée en ligne sur le site officiel Info retraite, qui « vous permet d’effectuer une seule et unique demande valable auprès de tous les régimes de retraite de base et complémentaires auxquels votre époux ou ex-époux a cotisé ». Il suffit alors d’y « indiquer la date à partir de laquelle vous souhaitez bénéficier de la pension ». Près de 1 veuf sur 10 oublie ou renonce à demander sa réversion à cause de la complexité perçue des démarches, selon l’Assurance retraite, si bien que vous avez tout interet à vous renseigner rapidement après le décès.

Une proposition de réforme discutée à l’Assemblée nationale pour 2026 vise à moderniser la pension de réversion, ce qui concernerait directement les ex-conjoints. Le texte porté par Julien Dive prévoit notamment une attribution plus automatique de la prestation, un taux unique compris entre 50 % et 60 % quel que soit le régime, et des conditions de ressources harmonisées ou supprimées. L’âge minimum pourrait être fixé à 55 ans pour tous, et la condition de non remariage, qui fait aujourd’hui perdre la réversion dans de nombreux régimes, serait appelée à disparaître. Plusieurs pistes évoquées misent aussi sur un calcul prenant en compte la durée de vie commune et les revenus des deux membres du couple, ce qui protégerait davantage les ménages aux pensions modestes. Autre changement de taille : l’ouverture de la réversion aux partenaires pacsés, voire aux concubins, avec des critères comme une durée minimale de vie commune ou une déclaration fiscale conjointe. Les pensions déjà attribuées resteraient soumises aux anciennes règles, mais si cette réforme aboutit, elle modifierait en profondeur la façon dont un divorce, un remariage ou un nouveau Pacs pèsent sur les droits futurs de chacun.

En bref

  • Après un divorce, l’ex-époux n’est plus héritier légal mais peut encore être concerné par l’héritage, la pension de réversion et la réforme envisagée pour 2026.
  • L’article détaille ce que le jugement de divorce annule ou non (donation au dernier vivant, avantages matrimoniaux, testament) et précise les droits à la pension de réversion et son partage entre conjoints et ex-conjoints.
  • Des conseils pratiques et un focus sur la future réforme de la réversion aident à anticiper démarches, choix de remariage, Pacs ou concubinage pour protéger vos intérêts.