Livret A : en février 2026, une décollecte record de 740 M€ confirme le désamour, les Français basculent vers LEP et assurance-vie mieux rémunérés

Par Paul Graph - Publié le

En février 2026, le Livret A enregistre une décollecte inédite de 740 millions d’euros, brisant une saisonnalité pourtant favorable. Entre baisse des taux, inflation sous pression et guerre au Moyen-Orient, vers quels placements se tourne désormais l’épargne française ?

Livret A : en février 2026, une décollecte record de 740 M€ confirme le désamour, les Français basculent vers LEP et assurance-vie mieux rémunérés

Février 2026 a marqué un tournant pour le Livret A. Ce mois traditionnellement favorable à ce placement chouchou des Français a vu les retraits dépasser les dépôts, signe que la confiance s’effrite. La Caisse des dépôts fait état d’une décollecte nette de 740 millions d’euros, un chiffre qui tranche avec les habitudes saisonnières. Derrière ce mouvement inhabituel, un contexte de taux en baisse et de tensions géopolitiques commence à peser.

Depuis l’automne, la rémunération du Livret A s’érode alors que l’inflation reste au cœur des préoccupations, sur fond de guerre au Moyen-Orient et, tout récemment, de guerre en Iran. Le 1er février, son taux a été abaissé de 1,7 % à 1,5 %, quand d’autres produits d’épargne conservent un rendement supérieur. Les ménages commencent à s’interroger sur l’intérêt de laisser dormir leur argent sur ce support historique. Une question en cache vite une autre : vers quoi se tourne désormais leur épargne ?

Livret A en février 2026 : des retraits records et un signal aux épargnants

Dans le détail, les Français détenaient en février 447 milliards d’euros sur leur Livret A, selon la Caisse des dépôts. Malgré cet encours colossal, le mois s’est soldé par une décollecte alors qu’il est habituellement positif. Ce mouvement est « à rebours de la tendance habituelle » du mois de février qui en général est collecteur, c’est-à-dire avec plus de dépôts que de retraits, a analysé Stéphane Magnan de la Caisse des dépôts, cité par BFM Business. Le message envoyé est clair : le rendement actuel ne suffit plus à retenir une partie des épargnants.

Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), très proche du Livret A et rémunéré lui aussi à 1,5 %, a vu son encours rester stable à 165,2 milliards d’euros. En parallèle, le Livret d’épargne populaire (LEP), réservé aux ménages modestes, a continué d’attirer avec un taux passé de 2,7 % à 2,5 % au 1er février et une collecte positive de 180 millions d’euros. Sur le plan macroéconomique, la Banque centrale européenne a déjà alerté sur le risque d’inflation lié au choc énergétique provoqué par la guerre au Moyen-Orient. Depuis le bombardement de l’Iran par les États-Unis et Israël le 28 février, les prix du pétrole se sont envolés, les hausses se ressentent déjà à la pompe et le secteur agroalimentaire pourrait suivre, comme en 2022 où l’inflation alimentaire avait atteint 12 % en un an.

LEP, assurance-vie : des placements plus rentables que le Livret A en 2026

Les mouvements de février traduisent aussi une réorientation vers des produits jugés plus rémunérateurs, à commencer par le LEP. À taux de 2,5 %, un dépôt de 10 000 euros y génère 250 euros d’intérêts annuels, contre 150 euros sur un Livret A à 1,5 % au 1er février 2026, selon les simulations disponibles. L’écart est encore plus marqué pour les épargnants modestes qui parviennent à remplir le plafond de 10 000 euros de ce livret. Dans ce contexte, l’économiste Philippe Crevel, interrogé par RMC Conso et relayé par BFMTV, estime qu’ »il n’est pas impossible que la tendance s’inverse, et que ces deux variables remontent légèrement », en référence à l’inflation et aux taux directeurs sur lesquels sont indexés les livrets réglementés.

Autre grand bénéficiaire de ce désamour, l’assurance-vie, en particulier les fonds en euros. Selon Philippe Crevel, « Les fonds en euros de l’assurance-vie reposent principalement sur des obligations (des prêts à des États ou des entreprises). Ils dépendent donc des taux obligataires, lesquels sont déterminés par les banques centrales. Et sont susceptibles d’augmenter avec une éventuelle inflation ». BFMTV rappelle que « pour avoir une idée de l’impact de la guerre en Iran sur les rendements des assurances-vie, mais aussi d’autres placements comme le CTO (compte-titres ordinaire) ou le PEA (plan d’épargne en actions) il faut donc nécessairement jeter un coup d’œil au marché action ». Pendant ce temps, le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts, alimenté par les livrets, doit financer à hauteur de 60 % la construction de six réacteurs nucléaires EPR2 pour un coût de 72,8 milliards d’euros, sans compromettre le logement social, selon l’Elysée. Malgrès ces arbitrages, Stéphane Magnan rappelle que « Si on regarde l’histoire du Livret A, il a toujours été une valeur refuge dans les périodes de crise », un statut qui pourrait encore jouer un rôle si l’inflation repart et que les ménages renforcent leur épargne.

Sources

En bref

  • En février 2026, le Livret A affiche une décollecte de 740 millions d’euros, alors que les encours demeurent massifs sur ce livret et sur le LDDS.
  • La baisse des taux à 1,5 %, la menace d’un retour de l’inflation avec la guerre en Iran et l’attrait du LEP et de l’assurance-vie détournent une partie des épargnants du Livret A.
  • Entre LEP mieux rémunéré et assurance-vie en fonds euros, comment réorganiser son épargne sans renoncer à la sécurité que symbolise encore le Livret A ?