PER : ce plafond d’épargne retraite oublié sur votre avis d’impôt peut diviser par deux votre facture fiscale 2026 avant 70 ans
Entre la déclaration 2026 et la réforme du PER, des milliers de foyers ignorent qu’ils disposent déjà d’un matelas de déduction fiscale. Ces plafonds oubliés, cachés sur l’avis d’impôt, peuvent pourtant bouleverser la facture de certains contribuables.

La campagne de déclaration des revenus 2026 pousse des millions de foyers à se reconnecter à leur espace personnel sur impots.gouv.fr. Au même moment, le Plan d’Épargne Retraite (PER), déjà détenu par près de 12,7 millions de personnes pour 141,1 milliards d’euros d’encours au 30 septembre 2025, reste pour beaucoup un produit cantonné à une simple réduction d’impôt annuelle, sans qu’ils s’attardent sur les lignes les plus discrètes de leur avis d’imposition.
En lisant attentivement l’avis reçu à l’été 2025, certains tombent pourtant sur une rubrique « Plafond d’épargne retraite » affichant un montant cumulé : ce chiffre représente une réserve déductible souvent ignorée. Avec la réforme 2026 qui allonge le report des plafonds PER non utilisés et supprime la déductibilité après 70 ans, cette réserve peut, pour les contribuables bien placés, permettre de diviser par deux l’impôt sur le revenu en une seule année. Encore faut-il savoir où regarder.
Plafonds PER non utilisés : un trésor caché sur votre avis d’impôt
Sur votre dernier avis d’imposition figure une zone dédiée au plafond d’épargne retraite. On y distingue le plafond calculé pour les versements de l’année en cours et, juste en dessous, les « plafonds non utilisés » des années précédentes, additionnés. Pour de nombreux contribuables, ce total apparaît sans qu’ils aient jamais versé sur un PER, alors qu’il correspond à des droits de déduction déjà acquis : selon le ministère de l’Économie, le PER offre une souplesse avantageuse en ne se limitant pas au seul plafond de l’année en cours.
Concrètement, l’article L. 224-28 du Code monétaire et financier organise un mécanisme de rattrapage : si vous n’avez pas épuisé vos droits à déduction lors des années 2023, 2024 et 2025, ces montants s’additionnent automatiquement à votre plafond de 2026. Pour un salarié, ce plafond peut aller jusqu’à 37 860 € grâce au PASS 2026 fixé à 48 060 €. Lors du calcul, l’administration consomme d’abord le plafond de l’année en cours, puis pioche dans vos réserves, en commençant par les plus anciennes. En parallèle, un couple marié ou pacsé peut cocher la case 6QR pour mutualiser ses plafonds, même si l’un des conjoints n’a pas de PER, tandis qu’un versement déclaré en case 6NS agit comme un véritable bouclier fiscal.
Nouvelle règle 2026 : comment exploiter ces plafonds PER oubliés
La loi de finances 2026 et la loi de financement de la Sécurité sociale 2026 renforcent la fiscalité du PER sans en changer la logique de base. Depuis le 1er janvier 2026, les versements volontaires effectués sur un PER après 70 ans ne sont plus déductibles du revenu imposable, alors qu’il n’existait auparavant aucun âge plafond. Dans le même temps, le taux global des prélèvements sociaux sur les gains des PER passe de 17,2 % à 18,6 %, et la fiscalité de sortie des versements non déduits s’aligne sur un PFU à 31,4 % (12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux). Le cumul des plafonds de déduction non utilisés est en revanche étendu, avec un report qui passe de trois à cinq ans pour permettre aux épargnants de concentrer des versements significatifs avant 70 ans ; l’objectif affiché est de limiter l’optimisation successorale tardive tout en encourageant une préparation de la retraite plus précoce.
Les chiffres montrent à quel point ces plafonds PER non utilisés peuvent peser. Planet donne l’exemple d’un cadre déclarant 85 000 € de revenus annuels, dans la tranche à 41 % qui débute à 83 824 €, avec un impôt théorique proche de 19 000 €. En combinant un stock inexploité de 24 000 € et un plafond de l’année fixé à 7 000 €, il réalise un versement exceptionnel de 31 000 € sur son PER. Son revenu net imposable descend alors à 54 000 €, pour un impôt d’environ 9 500 € : l’opération divise sa facture fiscale par deux et lui permet de repasser dans la tranche à 30 %, applicable dès 29 316 €. Plus la tranche marginale d’imposition augmente, plus la déduction gagne en puissance, alors que dans la tranche à 11 %, l’avantage perd de son efficacité. L’argent versé reste bloqué jusqu’à la retraite, avec des cas de déblocage anticipé prévus par la loi, par exemple pour l’acquisition de la résidence principale.
- Télécharger votre dernier avis d’imposition et repérer la rubrique « Plafond d’épargne retraite ».
- Identifier le plafond de l’année et les plafonds non utilisés des années antérieures additionnés.
- Vérifier votre âge et votre tranche marginale d’imposition avant de décider du montant à verser.
- En couple, étudier la possibilité de cocher la case 6QR pour mutualiser vos plafonds.
- Effectuer le versement sur votre PER avant le 31 décembre 2026, puis le déclarer en case 6NS.
Après 60 ans, comment utiliser vos plafonds PER reportables avant 70 ans ?
Avec la fin de la déductibilité fiscale après 70 ans, la période 60-69 ans devient la vraie fenêtre d’optimisation. Les experts de BonjourSenior soulignent que l’enjeu est d’utiliser au mieux les cinq années qui précèdent cet âge en mobilisant les plafonds disponibles, y compris ceux reportés, en programmant des versements réguliers ou ponctuels. L’extension du report sur cinq ans est particulièrement utile pour ceux qui ont souscrit tardivement un PER ou dont les revenus varient fortement d’une année sur l’autre. Après 70 ans, le PER peut toujours servir à faire fructifier un capital ou à organiser des retraits programmés, en complément d’autres enveloppes, avec une fiscalité différée et la possibilité d’opter pour une sortie en capital ou en rente viagère via une gestion pilotée qui réduit progressivement le risque.
Pour un profil fortement imposé, le PER reste un outil interressant tant que vous avez moins de 70 ans et des plafonds disponibles, mais il ne constitue pas l’unique réponse. Matthieu Silva Santos rappelle que « Le PER a quand même été marketé par l’administration fiscale comme étant un produit pour les actifs avec cette idée de promouvoir davantage la retraite par capitalisation », explique Matthieu Silva Santos, directeur de l’offre et de l’ISR chez Goodvest, auprès de Capital. Il ajoute : « Je ne pense pas qu’il y ait de désertion prévue pour le PER, analyse Matthieu Silva Santos. Parce qu’il doit rester une brique fondamentale d’une stratégie patrimoniale, sans en être la principale. Il conserve encore un intérêt en matière d’économie d’impôt puisque les moins de 70 ans conservent la déductibilité des versements sur leur revenu imposable ». Pour les plus de 70 ans, il met en avant l’arbitrage avec l’assurance vie : « Notre stratégie est de dire que ces personnes conservent finalement l’assurance vie, qui reste aujourd’hui une enveloppe à la fois fiscale, financière et successorale tout de même assez intéressante, remarque Matthieu Silva Santos. Il ne faut pas oublier qu’après 70 ans, les plus-values associées au prix versé restent exonérées d’impôt sur les successions ». Et il rappelle enfin que « C’est l’augmentation de la CSG de 1,4% uniquement sur le PER, notamment à la sortie », un élément à intégrer au moment de choisir entre renforcer son PER ou privilégier d’autres supports.
En bref
- En 2026, la déclaration de revenus et la réforme du PER mettent en lumière les plafonds d’épargne retraite non utilisés indiqués sur l’avis d’imposition.
- Ces plafonds PER oubliés, désormais reportables sur cinq ans, permettent via des versements ciblés de réduire fortement, voire de diviser par deux, l’impôt pour les foyers les plus imposés.
- Entre échéance des droits, cap des 70 ans et arbitrages avec l’assurance vie, une stratégie millimétrée s’impose pour exploiter ce trésor fiscal sans erreurs.








