Livret A à 1,5 % : un trou de 1,28 milliard d’euros en avril, du jamais-vu depuis 2009... que révèlent vraiment ces retraits massifs ?

Par Paul Graph - Publié le

En avril, le Livret A enregistre une décollecte inédite de 1,28 milliard d’euros, quatrième mois consécutif dans le rouge. Que révèle ce décrochage historique sur les arbitrages d’épargne des Français en 2026 ?

Livret A à 1,5 % : un trou de 1,28 milliard d’euros en avril, du jamais-vu depuis 2009… que révèlent vraiment ces retraits massifs ?

Longtemps chouchou de l’épargne des ménages, le Livret A traverse une séquence inédite. Avec un taux tombé à 1,5% depuis le 1er février, alors que les prix repartent à la hausse sur fond de conflit au Moyen-Orient, le célèbre livret réglementé ne parvient plus à retenir les dépôts comme avant.

Selon la Caisse des dépôts et des consignations (CDC), son encours a encore reculé en avril, pour le quatrième mois consécutif. Les retraits ont dépassé les versements de 1,28 milliard d’euros, un niveau jamais observé pour un mois d’avril depuis le début des statistiques en 2009 : un vrai tournant.

Un mois d’avril dans le rouge, une première à cette échelle pour le Livret A

En tout, ce sont 445,2 milliards d’euros qui restent déposés sur les quelque 58 millions de livrets ouverts en France, d’après la CDC. Mais depuis le début de l’année, la décollecte s’accumule : Livret A et Livret de développement durable et solidaire (LDDS) ont vu sortir près de 5 milliards d’euros. Rien qu’en avril, le LDDS a enregistré des retraits nets de 250 millions d’euros, confirmant que c’est l’ensemble de l’épargne réglementée qui est touchée.

Le mouvement ne s’arrête pas là. Même le Livret d’épargne populaire (LEP), pourtant mieux rémunéré à 2,5%, a perdu 320 millions d’euros d’encours en avril. Or, historiquement, avril est plutôt un bon mois pour ces produits, quand les ménages reconstituent leur épargne après l’hiver. Les rares mois d’avril négatifs depuis 2009 affichaient des décollectes limitées, de l’ordre de quelques centaines de millions d’euros, loin de la baisse actuelle de 1,28 milliard : bref, le décrochage est d’une autre ampleur.

Taux en baisse, inflation et polémique sur l’usage des fonds : les raisons d’un désamour

La première explication pointe le niveau du taux. En à peine un an, celui du Livret A comme du LDDS a été divisé par deux pour s’établir à 1,5%, quand l’inflation a atteint 2,2% en avril. Concrètement, l’argent placé sur le livret perd du pouvoir d’achat, ce qui pousse une partie des épargnants à chercher de meilleurs interet ailleurs, par exemple du côté de l’assurance-vie. Des contrats en euros affichent des rendements supérieurs, et ont attiré une collecte record ces derniers mois. Dans le même temps, la hausse des prix de l’énergie et de l’alimentation pèse sur le budget des ménages, qui piochent davantage dans leurs économies pour boucler la fin du mois.

Autre élément qui nourrit le malaise : la diversification des emplois de cette épargne, traditionnellement fléchée vers le logement social via le Fonds d’épargne de la CDC. La montée en puissance du financement de projets comme le nucléaire fait réagir. « Cette utilisation de l’épargne réglementée (…) serait inévitablement réalisée au détriment du financement des logements sociaux et de leur isolation », ont tancé lundi 18 mai des organisations comme Greenpeace et Droit au Logement ou encore des partis politiques comme la France insoumise et les Ecologistes, citées par Capital. Dans ce contexte, la prochaine révision du taux en août, liée aux décisions de la Banque centrale européenne, sera scrutée de près : certains économistes, comme Philippe Crevel, n’excluent pas un passage vers 1,7% ou 1,8%, voire 2%, mais rien ne garantit que cela suffira à ramener durablement les épargnants vers le Livret A.

En bref

  • En avril 2026, la Caisse des dépôts signale une décollecte record de 1,28 milliard d’euros sur le Livret A, qui compte encore 58 millions de comptes pour 445,2 milliards d’euros d’encours.
  • Avec un taux tombé à 1,5 % sous l’inflation, la flambée des dépenses courantes et des arbitrages vers l’assurance-vie, l’épargne réglementée (Livret A, LDDS, LEP) bascule simultanément dans le rouge.
  • Entre polémique sur l’usage des fonds pour le logement social ou le nucléaire et hypothèse de remontée du taux en août, les épargnants s’interrogent sur la meilleure place pour leur argent.