Logement DPE A ou B : pourquoi votre excellent score pour l'hiver cache en réalité une terrible bouilloire thermique l'été
Alors que la canicule s’installe en France, même des logements neufs affichant un DPE A ou B se transforment en bouilloires. Entre indicateur de confort d’été discret et protections solaires oubliées, votre appartement est-il vraiment armé pour 40°C ?

Troisième canicule depuis le début de l’été, températures proches de 40°C dans une grande partie de l’Hexagone, et mêmes scènes un peu partout : des habitants suffoquent chez eux, y compris dans des immeubles neufs fraîchement livrés et très bien classés au diagnostic de performance énergétique. Au Kremlin-Bicêtre, dans le Val-de-Marne, Louis Legrand a ainsi vu le thermomètre grimper jusqu’à 36°C fin juin dans son appartement pourtant classé B. « Notre appartement est très bien isolé, en hiver on n’allume quasiment pas le chauffage », raconte-t-il à BFMTV, dans un logement sans volets extérieurs où il « ne s’attendait pas du tout à ces températures en été ».
Ce décalage entre la lettre du DPE et la réalité en plein épisode de chaleur extrême se retrouve dans les chiffres. Une étude de Pouget Consultants et de l’Alliance des industriels des solutions électriques et numériques du bâtiment (IGNES), menée sur 9 millions de diagnostics, montre que 48,2% des logements ont un indicateur de confort d’été jugé « insuffisant » et seulement 11% « bon ». Près d’un tiers des logements classés A ou B y sont qualifiés de bouilloires thermiques, souvent exposés au sud ou à l’ouest et mal protégés du soleil. Sur le papier, pourtant, ces biens cochent toutes les cases officielles.
DPE A ou B et canicule : un diagnostic taillé pour l’hiver
Le DPE reste le mètre étalon officiel de l’efficacité énergétique, avec des lettres de A à G calculées surtout à partir de la consommation de chauffage et des émissions de gaz à effet de serre. Pour Audrey Zermati, porte-parole d’Effy, « il y a un très fort déséquilibre en faveur de la partie hivernale dans le mode de calcul du DPE ». De son côté, Christophe Rodriguez, directeur de l’Institut français pour la performance du bâtiment (Ifpeb), rappelle que les « réglementations thermiques ont un ADN hiver et cherchent à garder la chaleur du chauffage en sur-isolant », ce qui finit parfois par former, comme le disent certains habitants, « un effet thermos ». En pratique, le diagnostic ne prend que partiellement en compte le « confort d’été » via un indicateur spécifique, souvent représenté par un « smiley » de mécontent à souriant, qui reste aujourd’hui décorélé de la fameuse lettre.
| Élément clé | Rôle en canicule | Pris en compte DPE été | Si absent | Piste d’action |
|---|---|---|---|---|
| Protections solaires extérieures | Bloquer le soleil avant la vitre | Oui, critère majeur | Surchauffe rapide des pièces | Poser volets ou stores extérieurs |
| Toiture et dernier étage | Limiter le rayonnement du toit | Oui, logement sous toiture | Grenier et combles brûlants | Renforcer l’isolation du toit |
| Logement traversant | Favoriser la ventilation nocturne | Oui | Air chaud piégé à l’intérieur | Ouvrir en grand la nuit |
| Inertie du bâtiment | Tamponner les pics de chaleur | Oui, partiellement | Variations rapides de température | Privilégier parois lourdes |
| Brasseurs d’air | Créer un courant d’air intérieur | Oui | Sensation de chaleur accrue | Installer ventilateurs de plafond |
Quand la chaleur entre, elle devient compliquée à évacuer. « Si vous avez le malheur d’oublier les occultations solaires ou que vous n’avez pas la possibilité de bien ventiler le logement, la chaleur rentre et cela devient très compliqué de la faire sortir », prévient encore Christophe Rodriguez. Certains isolants, posés par l’intérieur, peuvent même « couper l’inertie des parois », observe l’ingénieur Tom Sarrebourse chez Pouget Consultants, alors que cette inertie repose sur « la masse du mur », un peu comme dans « les cathédrales où les murs sont tellement épais » que l’intérieur reste frais plusieurs jours, décrit Jean-Philippe Ndobo-Epoy, de l’association Mur manteau. Le même Christophe Rodriguez rappelle que « 70% de la chaleur rentre par le rayonnement du soleil sur les fenêtres » et que « les habitants sous les toits avaient souffert pendant la canicule en 2003 », avant de résumer : « Quand vous rénovez une passoire, vous êtes à un volet et un brasseur d’air de ne plus en faire une bouilloire ».
Bouilloires thermiques, RE 2020 et volets : ce que révèlent chiffres et droit
Dans cette grille, l’indicateur de confort d’été repose sur quelques règles simples. « Si les parois vitrées orientées au sud, à l’est et à l’ouest n’ont pas de protection solaire, le logement est classé directement comme insuffisant » d’un point de vue estival, détaille Tom Sarrebourse. « Les autres critères – logement traversant, brasseurs d’air, inertie du bâtiment – déterminent si l’indicateur ressort moyen ou bon », poursuit-il. Pour les bâtiments neufs, la réglementation environnementale RE 2020 a ajouté un garde-fou spécifique avec un indicateur de « degrés-heures d’inconfort » (DH), qui mesure l’écart cumulé entre la température du bâtiment et une température de « confort » « adaptée en fonction des températures des jours précédents » et qui « varie entre 26 et 28 degrés », indique le gouvernement. Une partie des programmes sortis récemment de terre a toutefois été déposée avant l’entrée en vigueur de ces obligations, fin 2020 et en 2021, et n’a donc pas été dimensionnée avec ce seuil de surchauffe en tête.
Pour les logements loués, le droit commence aussi à intégrer ces épisodes répétés de canicule. Le décret n° 2023-695 a complété le Code de la santé publique : les pièces destinées au sommeil doivent pouvoir être suffisamment occultées par des volets, des persiennes ou un dispositif produisant un effet équivalent, et chaque logement doit disposer d’un système de régulation de la chaleur jugé fonctionnel et suffisant au regard du climat local, qu’il s’agisse d’isolation, de protections solaires, de ventilation naturelle nocturne ou de climatisation. Sur le plan juridique, « Aucune loi ne force l’installation des volets dans une habitation. Le bailleur a juste l’obligation de proposer à la location un logement décent qui ne porte pas atteinte à la santé ni à la sécurité du locataire », rappelle le site spécialisé Stores-discount. Cette exigence de décence énergétique se double d’un calendrier d’interdiction de location des pires étiquettes : classes G dès 2025, F en 2028 puis E en 2034, ce qui accroît la pression sur propriétaires et promoteurs pour que le logement reste habitable en hiver, mais aussi, aujourdhui, en plein été.
Sources
En bref
- En pleine canicule, des locataires et propriétaires de logements récents classés A ou B au DPE témoignent de températures intérieures dépassant les 30°C.
- Les données IGNES et Pouget Consultants montrent que près d’un tiers des logements A/B sont qualifiés de bouilloires thermiques, faute notamment de protections solaires extérieures.
- Entre indicateur de confort d’été peu lisible, règles de la RE 2020 et nouvelles obligations d’occultation des chambres, l’article détaille ce qu’il faut vérifier et exiger.








