Taxe foncière : ce calcul qui vous fait payer autant qu'un millionnaire même si vous avez 290 000€ de crédit immobilier

Alors que la taxe foncière a presque doublé en vingt ans, Thomas Piketty la qualifie d’impôt « extrêmement injuste ». L’économiste avance une réforme choc qui pourrait bouleverser la facture de millions de propriétaires.
À quelques jours de l’échéance de paiement, des millions de propriétaires s’apprêtent à régler leur avis de taxe foncière. Au même moment, l’économiste français Thomas Piketty, connu dans le monde entier pour son ouvrage Le Capital au XXIe siècle, met les pieds dans le plat en visant directement cet impôt local. « Il existe un impôt extrêmement injuste sur le patrimoine, c’est la taxe foncière », a-t-il affirmé sur BFMTV.
Pour lui, les pouvoirs publics ont laissé filer la note sans vraie remise à plat de la règle du jeu. « Les gouvernements l’ont laissée tranquillement augmenter. Elle a doublé en l’espace de 20 ans ». Selon les données de l’Union nationale des propriétaires immobiliers (UNPI), la taxe foncière a grimpé en moyenne de 93,4% depuis 2006, avec des écarts considérables entre territoires, de 21,21% de la valeur locative cadastrale à Paris à 68% à Grenoble. Mais pour Thomas Piketty, l’injustice majeure ne tient pas qu’au niveau de la facture.
Pourquoi Thomas Piketty juge la taxe foncière « invraisemblablement injuste »
La taxe foncière repose aujourd’hui sur la valeur locative cadastrale du bien, corrigée par des taux votés par les collectivités locales. Cet impôt frappe donc la propriété du logement sans regarder si le propriétaire est très endetté ou au contraire déjà richement doté en immobilier et en placements. L’économiste va loin dans son diagnostic et parle d’un système « invraisemblablement injuste ». Il rappelle aussi que cet impôt « a été créé à l’époque de la Révolution française, à un moment où il n’y avait pas vraiment de patrimoine financier. Et on ne l’a pas fait évoluer ».
Pour illustrer ce décalage entre apparence et réalité de la richesse, Thomas Piketty cite le cas d’un ménage ayant « réussi à acquérir un logement d’une valeur de 300.000 euros » avec « un emprunt de 290.000 euros« . « Dans ce cas, vous allez payer la même taxe foncière que quelqu’un qui non seulement n’a pas d’emprunt, mais qui a aussi un portefeuille de 3 millions d’euros à côté. » Or, résume-t-il, « en vérité, vous ne possédez rien, votre patrimoine net c’est 10.000 euros et vous allez payer des remboursements d’emprunt aussi élevés qu’un locataire ». Dans les deux cas, la taxe foncière reste identique si le bien est comparable, alors que la situation patrimoniale réelle n’a rien à voir.
La réforme Piketty : un impôt progressif sur le patrimoine net d’emprunt
Face à ce constat, Thomas Piketty plaide pour changer en profondeur l’assiette du prélèvement. Il souhaite « passer à un impôt progressif sur le patrimoine net d’emprunt, ce qui veut dire des baisses de taxe foncière pour 90% des Français ». L’idée serait de taxer le patrimoine une fois les dettes déduites, puis d’appliquer un barème progressif où l’effort fiscal augmente avec le niveau de richesse. « Le patrimoine est très concentré, donc en termes de recettes, ce qui compte, c’est ce que vous faites sur les 10% et même les 1% et les 0,1% les plus riches », insiste l’économiste, qui estime que l’essentiel du rendement viendrait de ce haut de distribution.
| Profil | Valeur du logement | Capital restant dû | Patrimoine net immobilier | Effet attendu de la réforme |
|---|---|---|---|---|
| Primo-accédant très endetté | 300.000 € | 290.000 € | 10.000 € | Forte baisse de taxe foncière |
| Propriétaire à mi-parcours | 300.000 € | 150.000 € | 150.000 € | Baisse modérée ou situation quasi neutre |
| Propriétaire sans dette | 300.000 € | 0 € | 300.000 € | Hausse probable de la contribution |
| Sans dette + 3 M€ d’actifs | 300.000 € | 0 € | 3,3 M€ environ | Hausse marquée, ciblant haut patrimoine |
Au-delà de la seule taxe foncière, Thomas Piketty défend aussi l’idée d’un nouvel « impôt de solidarité nationale » appliqué aux patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros. Ce dispositif comporterait une contribution exceptionnelle de 50% sur l’enrichissement accumulé au cours des dix dernières années, puis un impôt annuel de 10% sur ces très hauts patrimoines. Selon lui, la fortune des plus riches aurait été multipliée par cinq entre 2017 et 2026, passant de 200 à 1.000 milliards d’euros, sans amélioration équivalente des performances économiques du pays. De quoi alimenter un débat qui promet d’être vif parmi les contribuables interressés par l’avenir de la taxe foncière.
En bref
- Mi-octobre 2026, sur BFMTV, Thomas Piketty qualifie la taxe foncière d’« impôt extrêmement injuste » alors que son montant moyen a presque doublé depuis 2006 selon l’UNPI.
- Il dénonce un système fondé sur la valeur cadastrale qui ignore l’endettement réel et traite de la même façon un primo-accédant surendetté et un propriétaire multimillionnaire.
- En proposant un impôt progressif sur le patrimoine net et un prélèvement ciblé sur les fortunes de plus de 100 millions d’euros, l’économiste ouvre un débat explosif sur qui paierait plus ou moins demain.







