Présidentielle 2027 : le logement devient le critère de vote décisif pour 76% des Français étranglés par les prix

En France, le logement avale désormais près d’un tiers du budget des ménages et pousse 8 Français sur 10 aux sacrifices. À dix-huit mois de la présidentielle 2027, 76 % promettent d’en faire un critère clé dans l’isoloir.
Pour une majorité de ménages, la dépense qui pèse le plus lourd chaque mois n’est plus l’essence ni même le panier de courses, mais le logement. Loyer, charges, remboursement de crédit : ces coûts absorbent désormais près d’un tiers du budget des personnes interrogées par l’institut Odoxa. Derrière les chiffres, un sentiment diffus revient dans les témoignages : celui d’étouffer lentement à cause de son toit.
C’est ce que met en lumière un sondage Odoxa réalisé pour BFM Business, Le Figaro Magazine et le réseau Orpi, auprès de 1.005 personnes interrogées entre le 28 et le 29 octobre 2026. Pour 78 % des sondés, le logement est leur premier poste de dépense, loin devant l’alimentation ou les impôts, et 83 % estiment que la France traverse une « crise du logement« . « Sans surprise », 76 % des Français assurent qu’ »au moment de voter », ils tiendront compte des programmes des candidats sur le logement et l’immobilier pour la Présidentielle 2027. Un basculement silencieux, mais massif.
Logement et pouvoir d’achat : une « priorité cachée » qui explose
Le sondage décrit le logement comme une « priorité cachée », pour reprendre l’expression de Gaël Sliman, président et cofondateur d’Odoxa. « Depuis des décennies, quand vous testez les priorités de gens par rapport à l’élection présidentielle, le logement arrive souvent en cas du classement, car il est en concurrence avec sa maison mère, le pouvoir d’achat« , observe-t-il sur BFM Business. Sauf que lorsqu’on zoome sur ce fameux pouvoir d’achat, le logement s’impose largement : il constitue le premier poste de dépenses pour 78 % des personnes interrogées, devant l’alimentation (55 %) et les taxes et impôts (44 %).
Chez les locataires, qui représentent 40 % des ménages, la facture moyenne atteint 709 euros par mois, un niveau en hausse de 17 % en six ans et de 32 % depuis vingt ans. Huit sondés sur dix disent avoir dû faire de lourds sacrifices à cause du coût de leur logement : la moitié a réduit son budget alimentaire, 30 % ont même renoncé à des soins médicaux. « On a mesuré dans l’enquête ce que nous disent les jeunes sur les difficultés à se loger », souligne encore Gaël Sliman. « Certains vivent chez leurs parents à 25 ans, même s’ils travaillent. Quand on dézoome, on observe que cela a des conséquences sociétales importantes, sur le travail, la natalité etc”. Ces renoncements du quotidien rendent le sujet difficillement abstrait.
Présidentielle 2027 : des Français à bout qui jugent les mesures logement
Face à cette « crise du logement », identifiée comme telle par 83 % des répondants, les causes citées reviennent en boucle : loyers jugés trop élevés, prix d’achat hors de portée, difficulté d’accès au crédit immobilier. « Les Français nous expliquent qu’ils se sentent maltraités, n’arrivent plus à loger leurs enfants », poursuit Guillaume Martinaud, président d’Orpi. « Entre le poids des normes, les changements de ministres du Logement (8 en 5 ans), les rapports propriétaires locataires qui se dégradent… Les tensions sont extrêmes ». Dans ce contexte, Odoxa a testé 12 propositions politiques sans indiquer l’étiquette des candidats : « 11 des 12 mesures testées sont soutenues par plus de 6 Français sur 10 », signe d’attentes très fortes.
| Mesure testée | Problème visé | % favorables | % jugent efficace | % « positif et efficace » |
|---|---|---|---|---|
| « prêts aidés par l’État » (PTZ, APL accession) | Accession à la propriété des primo-accédants | 84 % | 72 % | 64 % |
| « la possibilité de déduire de ses impôts une partie des intérêts de son crédit immobilier » | Soulager la charge du crédit immobilier | 82 % | 66 % | 58 % |
| « extension de l’encadrement des loyers« | Limiter la hausse des loyers dans plus de villes | 78 % | 61 % | 52 % |
| Limitation accrue des locations touristiques type Airbnb | Libérer des logements pour la location classique | 76 % | 57 % | – |
| Avantages fiscaux pour la mise en location à l’année | Inciter les propriétaires à louer durablement | 73 % | 60 % | – |
Au total, trois dispositifs ressortent comme à la fois « positifs » et « efficaces » aux yeux d’une majorité : les « prêts aidés par l’État » pour faciliter l’achat du premier logement, « la possibilité de déduire de ses impôts une partie des intérêts de son crédit immobilier », et l’ »extension de l’encadrement des loyers » à de nouvelles villes. D’autres idées recueillent aussi un large soutien, comme la limitation des locations touristiques de courte durée, la priorisation des actifs dans l’attribution des logements sociaux, ou encore la taxation accrue des logements durablement vacants dans les zones tendues. Politiquement, cela dessine un socle de mesures que les électeurs jugent apparement réalisables dans le prochain quinquennat.
Reste que toutes les propositions ne rencontrent pas le même écho. « Politiquement, le logement ne rapportait rien pour un politique », rappelle Gaël Sliman, en pointant la pression des administrés et des temps de production très longs dans le bâtiment, même si, selon lui, c’est « l’un des rares domaines où il n’y a pas de clivages partisans monstrueux ». Odoxa note d’ailleurs que « ce sont les mesures du RN qui suscitent le moins d’adhésions des Français », comme la remise en cause de l’objectif Zéro artificialisation nette des sols (45 % seulement de favorables, 40 % jugeant la mesure efficace) ou le retrait des logements « passoires thermiques » (E,F,G) du diagnostic de performance énergétique (59 % favorables, 55 % jugeant la mesure efficace). Pour une partie des électeurs, le logement est passé du statut de sujet technique à celui de critère décisif de leur bulletin.
En bref
- Réalisé les 28 et 29 octobre 2026 par Odoxa pour BFM Business, Le Figaro Magazine et Orpi, un sondage montre un logement qui absorbe près d’un tiers du budget des ménages.
- Avec 83 % des Français parlant de crise du logement et 76 % affirmant que ce thème comptera dans leur vote à la présidentielle 2027, loyers, prix d’achat et accès au crédit deviennent explosifs.
- Les prêts aidés de l’État, la déduction fiscale des intérêts d’emprunt et l’extension de l’encadrement des loyers forment le trio de mesures jugées à la fois positives et efficaces par les électeurs.









