Logement : pourquoi plus d'un euro sur quatre de vos dépenses part dans votre loyer et vos factures

En France, le logement absorbe une part croissante du budget des ménages, passée de moins de 18 % dans les années 1960 à 28 % en 2025. Entre chiffres du SDES, crise du bâtiment et future taxe sur les logements vacants en 2027, l’équation se tend.
Pour beaucoup de ménages, le logement est devenu la ligne qui écrase tout le reste dans le budget. Entre loyer ou mensualité de crédit, facture d’énergie, charges de copropriété et travaux, la part consacrée au toit a grimpé au fil des décennies, jusqu’à dépasser largement celle de l’alimentation. Les dernières statistiques livrées par le Service des données et études statistiques (SDES) confirment ce ressenti, en donnant une photographie très précise de ce poids croissant.
La série publiée dans le Compte du logement 2025 (édition 2026) par le ministère de la Transition écologique montre qu’en un peu plus d’un demi‑siècle, le poids du logement dans le budget des ménages a plus que doublé. Dans les années 1960, il s’agissait encore d’un poste parmi d’autres ; aujourd’hui, il concentre une part centrale de la consommation, au point de guider des choix fiscaux comme la future taxe unique sur les logements vacants prévue en 2027. Une frise chiffrée en dit long sur cette montée en puissance.
Poids du logement dans le budget : que recouvrent ces 28% ?
Selon le Compte du logement 2025, la dépense liée au logement a atteint 620,7 milliards d’euros en 2025, soit environ 28 % du budget des ménages et près de 21 % du produit intérieur brut français. Concrètement, plus d’un euro sur quatre dépensé par les ménages part dans leur logement, qu’il s’agisse d’un loyer versé à un propriétaire, d’un remboursement de prêt immobilier, de charges de copropriété ou d’impôts locaux liés à l’habitation.
Dans ce calcul, les statisticiens du SDES prennent en compte les loyers effectivement payés, mais aussi les loyers « imputés » aux propriétaires occupants, les dépenses d’énergie (électricité, gaz, chaleur), l’eau, l’entretien courant, une partie des impôts locaux et certains travaux. L’INSEE insiste sur le fait qu’il s’agit de la part du logement dans la consommation, à distinguer du « taux d’effort » qui mesure la part du revenu absorbée par le logement. Ce poste est classé parmi les « dépenses pré‑engagées », difficiles à réduire sans déménager ou renégocier en profondeur son contrat de logement.
D’un peu moins de 18% à près de 28% : une hausse sur plus d’un demi‑siècle
Les données mises en avant par l’Assemblée nationale s’appuient sur cette perspective longue. Au début des années 1960, le logement représentait moins de 18 % de la consommation des ménages. Au fil des décennies, cette part a progressé jusqu’à atteindre environ un quart des dépenses en 2018, puis, autour de 2020, près de 28 % de la consommation finale. Une simple chronologie suffit à prendre la mesure de ce glissement vers un budget où le toit occupe une place prépondérante.
| Année | Part du logement | Source | Méthode |
|---|---|---|---|
| 1960 | moins de 18 % | Assemblée nationale | Consommation des ménages |
| 2018 | ≈25 % | SDES | Dépense de logement |
| 2020 | près de 28 % | Assemblée nationale | Consommation finale |
| 2024 | 27,8 % | Gouvernement et INSEE | Dépenses de consommation |
| 2025 | 28 % | Compte du logement 2025 | Dépense de logement totale |
Un petit tableau récapitulatif est interressant pour visualiser cette montée, mais il ne dit pas tout des mécanismes à l’œuvre. Les travaux de l’INSEE et du SDES soulignent le rôle de la hausse des loyers, de l’amélioration du confort (chauffage, salle de bains, équipements), de l’augmentation des surfaces, mais aussi des charges et de l’énergie. En 2025, le Compte du logement fait apparaître une progression des dépenses courantes de logement de 1,9 %, avec des loyers en hausse de 2,9 % tandis que la facture d’énergie reculait de 3,6 %. Les aides publiques au logement, allocations et dispositifs comme MaPrimeRénov’, ont atteint 45,9 milliards d’euros, en hausse de 5,5 %, avec une forte progression de MaPrimeRénov’.
Taxe sur les logements vacants et crise du bâtiment : que peut changer 2027 ?
La place prise par le logement dans les budgets dépend aussi de l’offre de logements disponibles. Or la filière du bâtiment décrit une situation très dégradée en cette rentrée 2026. La Fédération française du bâtiment (FFB) et la Confédération des artisans du bâtiment (Capeb) alertent sur la chute de la construction neuve, le recul de la rénovation énergétique et des suppressions d’emplois. Frédéric Carré, président de la FFB, parle d’une « crise dont on ne voit pas le bout », rapporte Actu Environnement, en appelant à des réponses dans le budget 2027 après une année où l’investissement dans le logement neuf a reculé et les mises en chantier sont tombées à environ 269 700 logements.
Parallèlement, l’Etat veut limiter la vacance de logements dans les territoires où la demande est forte. Le projet de loi de finances pour 2027 prévoit de fusionner la taxe sur les logements vacants (TLV) et la taxe d’habitation sur les logements vacants (THLV) en une taxe unique sur la vacance des locaux d’habitation, applicable à partir du 1er janvier 2027. L’amendement à l’origine de cette réforme met en avant « un souci de simplification et de lisibilité », estimant que la coexistence des deux dispositifs actuels « entraîne une certaine confusion », selon un article de Femme Actuelle. Dans les communes situées en zone tendue, définies par le décret n° 2026-831 du 25 août 2026, un logement à usage d’habitation, non meublé et vacant depuis au moins un an au 1er janvier pourra être taxé sur la base de sa valeur locative cadastrale, avec un taux de 17 % la première année puis 34 %. Dans les autres communes, l’instauration de la taxe restera facultative, à partir de deux ans de vacance, avec des taux fixés localement dans la limite de 30 % la première année et 60 % ensuite, certaines situations (mise en vente ou en location au prix du marché sans succès, occupation suffisante ou détention par un organisme HLM) ouvrant droit à exonération.
En bref
- Depuis les années 1960, la part du logement dans la consommation des ménages français est passée de moins de 18 % à environ 28 % en 2025, selon le SDES, l’INSEE et l’Assemblée nationale.
- Le Compte du logement 2025 détaille des dépenses totales de 620,7 Md€, des loyers en hausse de 2,9 %, un investissement en recul et un parc qui progresse au plus bas depuis quarante ans.
- Entre crise du bâtiment et nouvelle taxe unique sur les logements vacants prévue au 1er janvier 2027, les ménages pourraient voir le poids du logement rester au cœur de leurs arbitrages.









