DPE 2026 : ce simple changement de coefficient sur l’électricité pourrait bientôt faire disparaître 380 000 passoires thermiques… sans baisser vos factures

Par Paul Graph - Publié le

En jouant sur le coefficient d’électricité du DPE, l’État pourrait faire sortir 380 000 logements des classes F et G d’ici 2026. Une bonne nouvelle apparente qui cache des enjeux lourds pour vendeurs, bailleurs et locataires.

DPE 2026 : ce simple changement de coefficient sur l’électricité pourrait bientôt faire disparaître 380 000 passoires thermiques… sans baisser vos factures

Un simple chiffre dans une formule administrative pourrait faire disparaître des centaines de milliers de passoires thermiques des radars officiels. En jouant sur le coefficient appliqué à l’électricité dans le DPE 2026, le gouvernement envisage de reclasser mécaniquement une partie des logements aujourd’hui étiquetés F ou G, sans qu’aucun radiateur ne soit changé.

Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient d’énergie primaire (CEP) de l’électricité est déjà passé de 2,3 à 1,9, ce qui a permis à environ 850 000 logements chauffés à l’électrique de sortir des fameuses lettres F et G. Une nouvelle baisse à 1,7 est désormais étudiée : selon la start-up Krno, spécialisée dans l’analyse des DPE, elle ferait sortir 380 000 logements supplémentaires des classes F et G, tandis que l’idée d’un alignement à 1,0 – comme le gaz – fait son chemin dans les textes européens ; de quoi rebattre les cartes pour bien des projets immobiliers.

DPE 2026 : ce que change déjà la baisse du coefficient électricité

Le diagnostic de performance énergétique classe chaque logement de A à G en fonction de sa consommation d’énergie et de ses émissions de CO2. Mais la consommation prise en compte n’est pas celle de votre compteur : elle est multipliée par un coefficient d’énergie primaire. Concrètement, chaque kWh d’électricité consommé compte aujourd’hui pour 1,9 kWh dans le DPE, contre 2,3 avant 2026, alors que le gaz naturel garde un coefficient de 1. À consommation réelle égale, un logement chauffé à l’électricité reste donc moins bien classé qu’un logement au gaz, et les DPE récents intègrent déjà ce calcul, les anciens pouvant être actualisés gratuitement via l’Observatoire DPE-Audit de l’ADEME.

Un appartemment de 60 m² chauffé à l’électrique, qui consomme 10 000 kWh par an, illustre bien l’effet de ce coefficient : avec un CEP à 2,3, il affiche 383 kWh/m² et une classe F ; à 1,9, il tombe à 317 kWh/m² et remonte en E ; avec le projet à 1,7, il passerait à 283 kWh/m² et serait classé D, et un alignement hypothétique à 1,0 le ferait même glisser en C, sans qu’un seul radiateur ne soit changé. Pour l’UFC-Que Choisir, « la facture d’électricité, elle, ne baisse pas « magiquement » », avertit l’association, citée par Ici Pays de Savoie, qui redoute que les consommateurs soient « induits en erreur par des étiquettes très flatteuses, masquant des factures de chauffage anormalement élevées ».

Vers un coefficient 1,7 ou 1,0 : 380 000 passoires en moins, un DPE sous surveillance

Dans le plan d’électrification des usages publié par le gouvernement, une mesure discrète promet d’ »étudier un rééquilibrage du DPE pour les logements chauffés à l’électricité ». À court terme, il s’agirait d’abaisser encore le coefficient de l’électricité de 1,9 à 1,7, ce qui ferait sortir 380 000 logements des classes F et G selon Krno. Pour les propriétaires concernés, cela signifierait un reclassement automatique en E ou D, donc la levée de l’interdiction de louer les G déjà visée depuis 2025, l’anticipation de l’échéance 2028 pour les F, et une décote limitée à la revente, plusieurs études chiffrant à 10 à 15 % la différence de valeur entre un logement classé D et un classé F.

Cette perspective fait pourtant débat. La start-up Krno rappelle que quand 1 kWh d’électricité arrive à votre prise, EDF a prélevé en amont 2,55 kWh d’énergie primaire, et estime que le coefficient réglementaire de 1,9 est déjà en dessous de cette réalité physique ; le baisser encore relève, selon elle, de « choix politiques, défendables mais pas scientifiques ». Les associations de consommateurs insistent de leur côté sur le fait qu’une « étiquette améliorée ≠ consommation réelle qui baisse », un logement qui remonterait de F à D grâce au seul coefficient restant tout aussi coûteux à chauffer. Sur le plan juridique, en revanche, sortir de F ou G permettrait d’échapper au gel des loyers qui touche ces classes pour les baux conclus, renouvelés ou reconduits après le 24 août 2022, et d’alléger la pression des futures interdictions de location. Pour l’heure, rien n’est acté : le gouvernement parle d’ »étudier » cette nouvelle baisse, et les travaux d’isolation restent le seul moyen de réduire vraiment les consommations et les factures.

En bref

  • Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient d’énergie primaire de l’électricité dans le DPE est passé de 2,3 à 1,9, reclassant déjà environ 850 000 logements chauffés à l’électrique.
  • Une nouvelle baisse envisagée à 1,7, voire à terme un alignement à 1,0, ferait mécaniquement sortir près de 380 000 passoires thermiques supplémentaires des classes F et G.
  • Entre allégement des contraintes pour propriétaires et risque d’illusion pour locataires, ce changement de calcul pourrait rebattre les cartes des ventes, locations et travaux.