Le déficit de la Sécurité sociale dépasse 20 milliards : quelles menaces pour l'économie française d'ici 2027 ?

Par Paul Graph - Publié le

Le déficit de la Sécurité sociale dépasse 20 milliards d'euros, menaçant l'économie française. Quels impacts sur la compétitivité et les finances publiques ?

Le déficit de la Sécurité sociale dépasse 20 milliards : quelles menaces pour l’économie française d’ici 2027 ?

Le « trou » de la Sécu n’est plus une image, c’est un chiffre qui grossit et rebat les cartes économiques. 80 ans après sa naissance, la Sécurité sociale affiche un déficit qui dépasse les 20 milliards d’euros, tandis que ses dépenses ont atteint 642,9 milliards d’euros en 2024, soit près d’un quart du PIB.

La note d’alerte est posée : l’architecture de financement repose à 65 % sur le travail et la trajectoire des comptes sociaux se dégrade. Que se passe-t-il quand ce déficit s’installe dans la durée et quelles retombées pour l’économie réelle ? La question n’est plus théorique.

Déficit de la Sécurité sociale : l’effet macro se diffuse

En 2025, le déficit est estimé à 21,9 milliards d’euros par la commission des comptes, et à 23 Md€ selon la Cour des comptes. La branche maladie pèse l’essentiel du déséquilibre, autour de 16 à 17,2 Md€, la branche vieillesse et le FSV autour de 5 à 5,8 Md€, quand la famille et l’autonomie évoluent proche de l’équilibre ou en léger excédent. Dans une lettre aux syndicats, le Premier ministre a rappelé : « Le financement de notre protection sociale repose majoritairement sur des prélèvements assis sur le travail à 65%, soit significativement plus que la moyenne de l’Union européenne », a rappelé Sébastien Lecornu, selon BFMTV.

Le poids sur le travail nourrit un enjeu de compétitivité et d’attractivité, tandis que l’État ne compense pas totalement près de 80 Md€ d’exonérations de cotisations, avec un manque à gagner pouvant atteindre 5,5 Md€ selon la Cour des comptes. Autre moteur du déficit, le Ségur : « Ce qu’on n’a pas dit aux Français, c’est que le Ségur de la Santé, c’est-à-dire l’augmentation des salaires des personnels hospitaliers en 2020 après le Covid (…) nous coûte aujourd’hui 13 milliards d’euros par an et cela creuse le déficit. Cela n’a jamais été financé, on n’a pas mis en face de cela des recettes supplémentaires », reconnaissait Agnès Buzyn. A l’autre bout de la chaîne, des prix très bas des médicaments et dispositifs médicaux créent des tensions industrielles, jusqu’aux défaillances de fournisseurs, selon les acteurs des prothèses médicales.

Cour des comptes, ACOSS : risque de liquidité et décisions budgétaires

La Cour des comptes parle d’une « trajectoire hors de contrôle » et alerte sur un « risque de défaut de paiement » qui pourrait « se matérialiser dès 2027 » si l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale ne parvient plus à se financer sur les marchés à court terme. « Le doublement du déficit de la sécurité sociale entre 2023 et 2025 atteste une perte de contrôle de la trajectoire des finances sociales dans une période qui n’est pas caractérisée par une crise économique ou financière aiguë », conclut la Cour des comptes. Le diagnostic est clair : sans mesures vigoureuses, le financement n’est pas assuré à terme et le portage répété des déficits par l’ACOSS fait peser un risque direct sur le paiement des prestations.

Au Parlement, les votes récents accentuent la pression : après son passage à l’Assemblée, le déficit 2026 atteindrait environ 24,3 milliards d’euros, les députés ayant réduit 4,8 Md€ de recettes et augmenté 3,8 Md€ de dépenses, pour un alourdissement net de 6,8 Md€ une fois les transferts État–Sécu intégrés. La suspension de la réforme des retraites alourdirait le solde de 300 M€ en 2026 puis 1,9 Md€ en 2027, le gel des prestations ayant été rejeté. En toile de fond, la trajectoire 2026 à 2028 est jugée « non soutenable« , tandis qu’à plus long terme un rapport sénatorial évoque un déficit pouvant atteindre 3,3 points de PIB en 2040 et 8,6 points en 2070. « Il y a des défis très importants sur la durabilité du système, donc sur sa transmission aux générations futures », a averti Dominique Libault. Et le vieillissement accélère la pression : « En 1950, il y avait cinq actifs pour un retraité, aujourd’hui moins de deux pour un et en 2050, ce devrait être 1,2 actif pour un retraité », rappelle Éric Chenut, qui écrit aussi dans Sauver notre modèle de protection sociale que « le nombre de personnes de plus de 80 ans » doit « tripler d’ici 2050 ». Dans l’immédiat, l’objectif de retour à l’équilibre reste indispensable… et presque indispenssable pour l’économie nationale.