Liste noire Prescrire 2026 : ces 108 médicaments plus dangereux qu'utiles, dont des traitements très courants, votre ordonnance en fait-elle partie ?
En 2026, la revue indépendante Prescrire épingle 108 médicaments, dont 89 encore vendus en France, jugés plus dangereux qu’utiles. Quels traitements sont en cause et comment réagir sans mettre votre santé en péril ?

Entre les boîtes alignées en pharmacie et les traitements pris depuis des années, difficile de savoir quels médicaments sont vraiment utiles et lesquels exposent surtout à des risques. D’autant que, pendant que de nouveaux produits d’amaigrissement comme les GLP-1 font la une, certaines molécules plus anciennes sont, elles, discrètement pointées du doigt.
Pour 2026, la revue médicale indépendante Prescrire publie une nouvelle liste noire des médicaments à éviter en 2026 : 108 médicaments y sont jugés « plus dangereux qu’utiles », dont 89 encore commercialisés en France, parmis lesquels des traitements très courants pouvant aller jusqu’à provoquer hospitalisation ou décès. Une mise à jour qui soulève une question très concrète : votre traitement en fait-il partie.
Pourquoi une liste noire des médicaments à éviter en 2026 ?
Chaque année, Prescrire passe au crible les données disponibles sur des centaines de médicaments et actualise son bilan des médicaments à éviter en 2026. D’après la revue, il s’agit de produits d’utilisation courante dont la balance bénéfices-risques est défavorable, parce qu’ils sont « plus dangereux qu’utiles » au vu des alternatives existantes. Entre le bilan 2025 et le bilan 2026, quatre molécules ont été ajoutées à cette liste, tandis que d’autres en sortent lorsque leur commercialisation s’arrête ou que de nouvelles données conduisent à un réexamen.
Cette vigilance s’inscrit dans un contexte où le prix et l’intérêt réel des médicaments font débat. Aux États-Unis, un accord récent avec le Royaume-Uni vise à s’assurer, selon le représentant de la Maison-Blanche au Commerce Jamieson Greer, que « les patients américains ne payent pas leurs médicaments au prix fort pour subventionner la santé dans les autres pays développés », cité par Sud Ouest. Le secrétaire à la Santé Robert Kennedy Jr estime de son côté que « Les Américains ne devraient pas faire face au prix du médicament le plus élevé au monde pour les médicaments qu’ils ont aidé à financer ». Pendant que certains plaident pour faire payer plus cher des médicaments dits innovants, Prescrire rappelle qu’une partie de ceux déjà sur le marché n’apportent pas assez au regard de leurs risques.
Liste noire Prescrire 2026 : quels médicaments sont surtout visés ?
Au total, la liste noire Prescrire 2026 recense 108 médicaments déconseillés, dont 89 vendus en France. Ils couvrent presque toutes les spécialités : cancérologie, cardiologie, neurologie, psychiatrie, diabétologie, rhumatologie, pneumologie, ORL, gastro-entérologie, gynécologie, infectiologie, sevrage tabagique ou encore urologie. Par rapport à 2025, Prescrire souligne l’ajout de quatre produits « car ils exposent à des effets indésirables disproportionnés au regard d’une absence de démonstration d’efficacité clinique, d’une efficacité incertaine ou trop modeste par rapport à un placebo ».
- l’andexanet alfa (Ondexxya, non commercialisé en France) en cardiologie ;
- la chondroïtine (Chondrosulf ou autre) dans l’arthrose ;
- le fézolinétant (Veoza) pour les bouffées de chaleur de la ménopause ;
- le géfapixant (Lyfnua) parmi les antitussifs.
Parmis les grandes familles concernées, Prescrire cite en douleur-rhumatologie certains anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l’acéclofénac (Cartrex), le diclofénac par voie orale (Voltarène), des coxibs tels que le célécoxib (Celebrex), l’étoricoxib (Arcoxia) ou le parécoxib (Dynastat), mais aussi le kétoprofène en gel (Ketum), le méloxicam (Mobic), le piroxicam (Feldène) ou le ténoxicam (Tilcotil). Quand le paracétamol ne suffit pas, la revue rappelle que les options les moins à risque sont l’ibuprofène et le naproxène (Naprosyne ou autre), à condition d’en maîtriser la posologie et d’éviter les prises en continu. Côté diabète, les gliptines (alogliptine, linagliptine, saxagliptine, sitagliptine, vildagliptine) et la pioglitazone (Actos) sont à écarter, tout comme, pour la perte de poids, l’association bupropione + naltrexone (Mysimba) et l’orlistat (Xenical).
Que faire si votre médicament figure dans la liste à éviter en 2026 ?
Voir apparaître le nom de son traitement dans cette liste peut inquiéter, surtout lorsqu’il s’agit de médicaments pris au long cours pour la douleur, la dépression (agomélatine, citalopram, escitalopram, duloxétine, venlafaxine, tianeptine), la maladie d’Alzheimer (donépézil, galantamine, rivastigmine, mémantine) ou encore la toux et les maux de gorge (ambroxol, bromhexine, géfapixant, oxomémazine, pentoxyvérine, alpha-amylase Maxilase, décongestionnants nasaux et oraux). Prescrire insiste sur le fait que ces médicaments sont à écarter des soins au profit d’options plus sûres, mais cela ne signifie pas qu’il faille les arrêter brutalement sans avis médical : l’enjeu est d’en parler avec son médecin ou son pharmacien pour réévaluer le traitement et envisager des alternatives.
Pour les traitements du surpoids et de l’obésité, le paysage évolue aussi. L’Organisation mondiale de la santé rappelle que « L’obésité est un défi majeur pour la santé mondiale » et que ses nouvelles directives « reconnaissent que l’obésité est une maladie chronique qui peut être traitée avec des soins complets et tout au long de la vie », selon Tedros Adhanom Ghebreyesus, cité par Le Monde. Les médicaments de type GLP-1 (Ozempic, Wegovy, Mounjaro) sont considérés « pour le traitement à long terme de l’obésité », mais la recommandation de l’OMS reste « conditionnelle » et non « forte », faute de recul suffisant sur « l’efficacité et l’innocuité » à long terme. L’organisation décrit l’obésité comme une « maladie chronique complexe » qui peut « accroître le risque de diabète de type 2 et de cardiopathie » et augmenter « le risque de survenue de certains cancers », d’où la nécessité de mesures « comportementales intensives » et de « politiques robustes » de prévention aux côtés des médicaments.
Le sous-directeur général de l’OMS Jeremy Farrar prévient d’ailleurs : « On ne peut pas considérer ces médicaments comme une solution miracle », tout en estimant qu’ »Mais ils vont clairement devenir un élément très important d’une approche intégrée de l’obésité » et que leur impact peut être « majeur ». Sa collègue Francesca Celletti juge qu’ »Il y a une possibilité que nous puissions infléchir cette trajectoire épidémiologique de l’obésité ». Face à « L’épidémie d’obésité », l’OMS anticipe des coûts pouvant atteindre 3 000 milliards de dollars par an d’ici 2030, soit environ 2 800 milliards d’euros, et Jeremy Farrar alerte : « Si nous ne modifions pas d’une manière ou d’une autre la courbe, la pression sur les systèmes de santé deviendra intenable ». Pour Tedros Adhanom Ghebreyesus, « Notre inquiétude principale est celle d’un accès équitable » et « Sans action concertée, ces médicaments pourraient contribuer à élargir le fossé entre riches et pauvres, entre pays et entre habitants d’un même pays. » Dans ce contexte, la liste noire Prescrire 2026 apparaît comme un outil de plus pour aider patients et soignants à faire le tri entre traitements vraiment utiles et médicaments à réévaluer de près.







