Italie : ce trésor en or de 300 milliards que se disputent l’État et la Banque d’Italie pour alléger une dette colossale affole Bruxelles
En pleine flambée du cours de l’or, les 2 452 tonnes de réserves d’or de l’Italie ravivent à Rome l’idée d’un trésor budgétaire. Entre amendement explosif et pression européenne, ce coffre-fort national attise des convoitises inédites.

Dans les coffres de la Banque d’Italie, un stock d’or gigantesque attise les regards comme rarement auparavant. Alors que le cours du métal jaune a franchi la barre des plus de 4 000 dollars l’once, soit un sommet spectaculaire aussi en euros, la question revient avec insistance à Rome : qui contrôle vraiment ce trésor, et peut-on s’en servir pour soulager les finances du pays ?
Dans un contexte de dette publique très élevée et de croissance poussive, ces lingots apparaissent pour certains élus comme une réserve providentielle. Un amendement au budget 2026 veut redéfinir noir sur blanc la propriété de ces actifs, au moment où les marges de manoeuvre budgétaire se réduisent. Au coeur de cette bataille discrète, les réserves d’or de l’Italie concentrent désormais toutes les convoitises.
Réserves d’or de l’Italie : un trésor colossal sous clé
L’Italie détient l’un des plus importants stocks d’or au monde, avec environ 2 452 tonnes logées pour partie à Rome et pour le reste dans de grands centres internationaux de stockage. Aux cours actuels, ce patrimoine représente près de 300 milliards de dollars, soit plusieurs centaines de milliards d’euros, ce qui en fait un pilier des avoirs officiels du pays. Cet or figure au bilan de la Banque d’Italie, intégrée à l’Eurosystème et chargée de gérer ces réserves pour la stabilité monétaire, non pour financer directement l’État. Si ces réserves suscitent autant de convoitises, c’est d’abord parce qu’elles incarnent une richesse liquide et immédiatement valorisée, au moment même où les comptes publics sont sous pression.
Quatre sénateurs du parti de Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia, ont ainsi déposé un amendement au budget 2026 qui affirme que ces réserves « appartiennent à l’État, au nom du peuple italien », selon le site BDOR qui relaie la formulation. L’idée ne se veut pas qu’un simple geste symbolique : en faisant passer juridiquement ces actifs sous la houlette directe de l’État, Rome pourrait en théorie les utiliser comme garantie, ou envisager à terme des cessions partielles. Pour les partisans du texte, cet or doit devenir un levier budgétaire capable de soutenir des projets économiques et de renforcer la capacité d’intervention publique.
Dette, pouvoir d’achat, Europe : pourquoi l’or italien attire tant d’appétits
Derrière l’amendement, les scénarios d’usage se multiplient. Certains élus souhaitent affecter les réserves d’or italiennes à la réduction d’une dette qui dépasse déjà les 3 000 milliards d’euros, afin de rassurer les marchés. D’autres défendent une approche plus directe, où une partie de ce stock servirait à financer des baisses d’impôts ou des mesures de soutien au pouvoir d’achat, des promesses qui interressent une large partie de l’électorat. Les fonctions attribuées à cet or vont ainsi de l’amortisseur financier de long terme à l’outil ponctuel pour desserrer l’étau budgétaire, dans un pays où chaque loi de finances tourne à l’équilibrisme.
Cette montée des appétits se heurte toutefois à un cadre européen strict. La Banque d’Italie, comme les autres banques centrales de la zone euro, bénéficie d’une indépendance protégée par les traités, qui limite toute intervention politique sur ses actifs stratégiques. L’or est un élément essentiel de son bilan et contribue, de manière indirecte, à la crédibilité de l’euro et à la confiance des investisseurs. Modifier son statut, ou donner le sentiment que le gouvernement pourrait y piocher pour financer des dépenses, ouvrirait un précédent observé de près par les partenaires européens. Tant que le cours du métal jaune bat des records, ce débat sur l’or italien devrait rester au centre des tensions entre urgences politiques nationales et garde-fous institutionnels.









