Or sous 4 200 $ : le rebond du métal jaune inquiète déjà les marchés, la prochaine décision de la Fed pourrait tout faire basculer

Par Paul Graph - Publié le

Après une chute sous les 4 200 dollars l’once, l’or se stabilise à proximité de ce seuil clé, au cœur des marchés mondiaux. Entre Fed, dollar hésitant et tensions géopolitiques, jusqu’où ce rebond peut-il aller pour les investisseurs en quête de refuge ?

Or sous 4 200 $ : le rebond du métal jaune inquiète déjà les marchés, la prochaine décision de la Fed pourrait tout faire basculer

Après une glissade qui l’a fait passer sous les 4 200 dollars l’once (environ 3 900 €), le cours de l’or tente un nouveau rebond, sans réussir pour l’instant à retrouver la totalité du terrain perdu. Le métal jaune évolue juste sous ce seuil clé, après avoir inscrit la veille son plus haut niveau depuis six semaines, dans un marché partagé entre prises de bénéfices et recherche de protection.

Les opérateurs restent focalisés sur la prochaine décision de la Réserve fédérale américaine et sur une série de statistiques majeures aux États-Unis, alors que la volatilité géopolitique continue de planer. Entre attentes de baisse de taux, dollar hésitant et tensions internationales, le niveau des 4 200 dollars apparait plus que jamais comme un baromètre de l’humeur des investisseurs.

Sous les 4 200 dollars : un rebond technique étroitement lié à la Fed

Les dernières heures de cotation ont montré un or capable d’effacer une partie de son repli asiatique, tout en restant légèrement en retrait par rapport au sommet atteint la veille. Cette reprise s’inscrit dans un environnement où la perspective d’un nouvel assouplissement monétaire de la Fed limite toute remontée franche du dollar, ce qui soutient mécaniquement l’or en tant que valeur refuge. En parallèle, l’ambiance plus optimiste sur les marchés actions réduit la demande de couverture, ce qui freine la progression du XAU/USD et maintient le métal précieux dans une zone de consolidation sous 4 200 dollars.

Sur le plan macroéconomique, plusieurs responsables de la Fed ont récemment ouvert la porte à une détente supplémentaire dès décembre, appuyés par des indicateurs américains moins dynamiques. L’indice PMI manufacturier de l’ISM est ainsi tombé à 48,2, ce qui signale un secteur industriel en retrait et renforce l’idée d’une économie moins robuste, rarement favorable au billet vert. Les traders scrutent désormais les prochains chiffres de l’emploi privé ADP et surtout l’indice PCE, l’indicateur d’inflation préféré de la Fed, qui devraient orienter le dollar et, par ricochet, le comportement de l’or autour du seuil psychologique des 4 200 dollars.

Banques centrales, Bitcoin et géopolitique : des soutiens plus durables au cours de l’or

En toile de fond, la demande structurelle reste un élément clé. Depuis trois ans, les banques centrales achètent plus de 1 000 tonnes d’or par an, soit environ le double de la moyenne annuelle de la décennie précédente. Une enquête récente du Conseil mondial de l’or indique qu’un record de 95 % des banques centrales s’attendent à une hausse des réserves mondiales d’or dans les 12 prochains mois, et 76 % jugent que le métal jaune pèsera davantage dans leurs réserves d’ici cinq ans. La banque centrale russe résume cette tendance : « Le métal précieux bénéficie d’une demande soutenue des banques centrales des marchés émergents, qui continuent de diversifier leurs réserves internationales », a déclaré la banque, citée par Investing.com. Même l’émetteur du plus grand stablecoin, Tether, détient désormais 116 tonnes d’or, ce qui aurait représenté à lui seul environ 2 % de la demande mondiale au troisième trimestre et près de 12 % des achats des banques centrales sur cette période.

Sur le front des actifs risqués, la comparaison avec le Bitcoin éclaire aussi le regain d’intérêt pour l’or. Depuis janvier 2024, l’or a bondi d’environ 58 %, atteignant un record à 4 381 dollars l’once (près de 4 100 €) en octobre, alors que le Bitcoin a reculé d’environ 12 % sur la même période et chuté de 21 % pour le seul mois de novembre avant de se reprendre autour de 91 000 dollars (un peu plus de 83 000 €). Pour Mark Connors, fondateur du conseil en bitcoin Risk Dimensions, « Bitcoin est encore trop jeune. Les acheteurs qui comptent : les banques centrales, les fonds souverains, les grands allouements d’actifs, ils préfèrent toujours l’or ». Il souligne aussi qu’ »Il y a une composante commerciale dans l’or qui génère une vraie demande », alors que « Bitcoin n’a pas encore ça ». Dans ce contexte, les discussions prévues à Moscou entre l’émissaire américain Steve Witkoff et Vladimir Poutine, les réserves exprimées à Washington et les démarches de Volodymyr Zelensky en Europe entretiennent une incertitude géopolitique qui continue de soutenir l’or comme refuge, tout en laissant les investisseurs très attentifs aux décisions de la Fed pour la suite de la trajectoire des prix.