Voici ce que change ce texte Bofip pour les pourboires en 2026 : défiscalisés pour les salariés à moins de 1,6 Smic, mais jusqu’à quand ?

Par Paul Graph - Publié le

Serveurs, barmans ou réceptionnistes peuvent souffler : leurs pourboires resteront nets en 2026 malgré le blocage du budget à l’Assemblée et au Sénat. Mais cette bouffée d’oxygène, accordée jusqu’à la promulgation de la loi de finances, pourrait-elle être remise en cause ensuite ?

Voici ce que change ce texte Bofip pour les pourboires en 2026 : défiscalisés pour les salariés à moins de 1,6 Smic, mais jusqu’à quand ?

Serveurs, barmans, réceptionnistes… Beaucoup redoutaient de voir leurs pourboires amputés dès le 1er janvier 2026, sur fond de bras de fer budgétaire à l’Assemblée et au Sénat. La défiscalisation accordée depuis 2022 semblait vouée à disparaître avec l’absence de budget de l’État voté dans les temps, de quoi inquiéter un secteur déjà en tension.

Un texte publié en toute fin d’année vient pourtant sécuriser, au moins provisoirement, ces compléments de revenu. Une instruction du Bulletin officiel des finances publiques (Bofip), datée du 29 décembre 2025, prolonge l’exonération fiscale des pourboires défiscalisés en 2026 pour les salariés gagnant jusqu’à 1,6 Smic, alors qu’elle devait prendre fin le 1er janvier 2026. Ces sommes restent exclues du prélèvement à la source et des cotisations socialles jusqu’à la promulgation de la future loi de finances pour 2026. Reste une vraie question : que décidera le Parlement une fois ce budget définitivement adopté ?

Défiscalisation des pourboires : du blocage du budget à la loi spéciale

Pour comprendre ce répit, il faut revenir quelques mois en arrière. La mesure de défiscalisation des pourboires, en vigueur depuis 2022, visait au départ les pourboires versés par carte bancaire aux salariés dont la rémunération n’excède pas 1,6 Smic. Sans nouveau vote, cette exonération de charges fiscales devait s’arrêter au 1er janvier 2026. Fin octobre, les députés avaient pourtant adopté un amendement porté par Laurent Wauquiez, chef de file des députés Les Républicains, pour prolonger la mesure jusqu’en 2028, mais ce texte est resté en suspens faute de budget adopté.

Députés et sénateurs ne sont en effet pas parvenus à trouver un compromis sur le projet de loi de finances 2026. Le gouvernement a donc eu recours à une loi spéciale, accompagnée d’un décret publié au Journal officiel et intitulé « portant répartition des crédits relatifs aux services votés ». Cette loi n’est pas un budget à proprement parler, mais « un outil minimal qui permet d’assurer la continuité de la vie de la Nation, sans mesures nouvelles, nécessaires au développement économique et social du pays. », précise le gouvernement dans un communiqué cité par La Tribune. Concrètement, près de 582 milliards d’euros de crédits de paiement sont reconduits pour 2026, en attendant l’adoption de la véritable loi de finances.

Pourboires défiscalisés en 2026 : qui en profite et jusqu’à quand ?

L’instruction du Bofip vient compléter ce dispositif transitoire en ciblant précisément les pourboires. Le texte de l’administration fiscale indique : « À titre exceptionnel et dérogatoire, pour la période courant du 1er janvier 2026 à la date de promulgation de la loi de finances pour 2026, sont exclues du prélèvement à la source les sommes remises volontairement par les clients pour le service aux salariés dont la rémunération mensuelle n’excède pas 1,6 Smic, soit directement à ces salariés, soit à l’employeur et reversées par ce dernier au personnel en contact avec la clientèle », détaille le Bofip. Autrement dit, tant que le budget 2026 n’est pas promulgué, les pourboires versés aux salariés concernés restent hors impôt sur le revenu et hors charges sociales.

Dans les faits, sont donc visés les salariés rémunérés jusqu’à 1,6 Smic et en contact direct avec la clientèle, dans la restauration, les cafés, l’hôtellerie ou d’autres services. Le secteur s’était fortement opposé à la perspective d’une taxation de ces petites sommes, alors que l’idée de taxer les pourboires, qu’ils soient versés en liquide ou par carte bancaire, avait suscité une très large opposition dans les établissements. Le maintien de l’exonération de charges sociales sur les pourboires a été confirmé dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, définitivement adopté le 16 décembre, ce qui sécurise au moins l’année à venir pour les employeurs et les salariés. À noter enfin que le même texte du Bofip prolonge provisoirement l’exonération pour la prise en charge par l’employeur d’une partie des frais de transport au-delà de l’obligation légale, autre signal en faveur du pouvoir d’achat des salariés en 2026.

En bref

  • Depuis 2022, les pourboires versés aux salariés de la restauration gagnant jusqu’à 1,6 Smic bénéficient d’une exonération fiscale qui devait s’achever au 1er janvier 2026.
  • Une instruction Bofip du 29 décembre 2025 et la loi spéciale de fin d’année maintiennent en 2026 l’exclusion des pourboires du prélèvement à la source et des charges sociales jusqu’à la promulgation de la loi de finances 2026.
  • Entre amendement visant une prolongation jusqu’en 2028 et incertitudes du futur budget, salariés et employeurs doivent profiter de ce répit tout en se préparant à un possible changement de régime.