Immobilier : cette exonération de plus-value que la plupart des retraités modestes ignorent, sans condition d'âge, peut vous éviter une lourde note fiscale

Par Paul Graph - Publié le

En France, des retraités modestes payent encore plein pot la plus-value immobilière alors qu’un régime d’exonération existe pour eux. Sans condition d’âge et valable sur de nombreux biens, il ne nécessite pourtant que quelques vérifications simples.

Immobilier : cette exonération de plus-value que la plupart des retraités modestes ignorent, sans condition d’âge, peut vous éviter une lourde note fiscale

Pour les seniors, la fiscalité ressemble souvent à un enchevêtrement de règles liées à l’âge : abattement spécifique sur le revenu imposable après 65 ans, exonération de taxe foncière au-delà de 75 ans sous conditions de ressources, taxation différente de l’assurance-vie après 70 ans avec un abattement de 30 500 € au lieu de 152 500 € par bénéficiaire avant cet âge. Tout semble calibré en fonction du nombre d’années au compteur.

Sur l’immobilier, la crainte est encore plus forte : la plus-value immobilière réalisée lors de la vente d’un bien autre que la résidence principale supporte en principe 19 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux, soit une taxation globale de 36,2 %. Beaucoup de retraités renoncent à vendre une résidence secondaire ou un petit logement locatif de peur de voir partir une partie du gain au fisc, alors qu’une exonération spécifique existe, sans aucune condition d’âge, et que peu de personnes en ont réellement entendu parler.

Plus-value immobilière : pourquoi les retraités craignent la note

Dès qu’un bien qui n’est pas la résidence principale est vendu avec un gain, ce gain est taxé comme une plus-value immobilière. Le principe est simple : on calcule la différence entre le prix de vente et le prix d’achat majoré de certains frais, puis on applique l’impôt sur le revenu au taux forfaitaire de 19 % et les prélèvements sociaux de 17,2 %. Des abattements pour durée de détention viennent progressivement alléger la facture, jusqu’à une exonération totale de l’impôt sur le revenu après 22 ans de détention et des prélèvements sociaux après 30 ans.

Certains cas sont bien connus : la vente de la résidence principale est totalement exonérée, tout comme les ventes de faible montant (prix n’excédant pas 15 000 €) ou celles portant sur des biens détenus depuis plus de 30 ans. En dehors de ces situations, nombre de propriétaires, dont des retraités aux revenus modestes, pensent n’avoir d’autre choix que de subir cette fiscalité lourde lorsqu’ils vendent un appartement hérité ou une maison devenue trop grande. C’est précisément pour eux qu’un régime d’exonération de plus-value immobilière peu médiatisé a été prévu.

Exonération de plus-value : le dispositif caché pour les retraités modestes

Un avantage fiscal méconnu vise les personnes titulaires d’une pension de vieillesse. La règle posée par l’administration est la suivante : les titulaires d’une pension de retraite peuvent être exonérés d’impôt sur les plus-values immobilières, même s’ils exercent encore une activité rémunérée. Aucune condition d’âge n’est mentionnée, ce qui signifie qu’un assuré parti tôt à la retraite peut y prétendre autant qu’un retraité plus âgé, dès lors qu’il s’agit bien d’une pension vieillesse et non d’un simple revenu d’activité.

Pour bénéficier de cette exonération, deux conditions strictes doivent être remplies. Le vendeur ne doit pas être redevable de l’impôt sur la fortune (aujourd’hui impôt sur la fortune immobilière) au titre de l’avant-dernière année précédant la vente. Son revenu fiscal de référence (RFR) de cette même année doit aussi rester sous les plafonds fixés pour les exonérations de taxe foncière : 12 679 € pour la première part de quotient familial, puis 3 397 € par demi-part supplémentaire. Ces seuils, qui avaient cours pour un RFR 2023, servent par exemple à apprécier une vente réalisée en 2025 et doivent être actualisés par la loi de finances, ce qui rend le suivi interressant pour chaque nouvelle année.

Comment vérifier si vous avez droit à cette exonération de plus-value ?

Les deux critères (absence d’impôt sur la fortune et RFR sous plafond) sont appréciés au niveau de l’avant-dernière année : pour une cession en 2025, on regarde la situation de 2023 ; pour une cession en 2026, c’est le RFR 2024 figurant sur l’avis d’imposition reçu à l’été 2025 qui compte. En cas de vente en indivision, la règle se complique un peu : l’administration examine séparément la situation de chaque indivisaire, chacun devant respecter les conditions pour que sa propre quote-part de la plus-value soit exonérée. Peu importe la nature du bien vendu, qu’il s’agisse d’une résidence secondaire, d’un logement mis en location ou d’un terrain.

En pratique, tout se joue sur quelques documents à présenter au notaire, chargé de calculer et de prélever la fiscalité lors de la signature. Avant de signer une promesse ou un acte de vente, un retraité peut passer en revue une courte liste de contrôle :

  • vérifier qu’il perçoit une pension de vieillesse (base ou complémentaire) au moment de la vente ;
  • relire son dernier avis d’imposition pour repérer le revenu fiscal de référence de l’année N-2 et le comparer au plafond correspondant à son nombre de parts ;
  • confirmer qu’il n’a pas été redevable de l’impôt sur la fortune pour cette même année N-2 ;
  • fournir ces avis d’imposition et justificatifs de pension au notaire, qui appliquera alors, le cas échéant, le régime d’exonération de plus-value immobilière prévu pour les retraités modestes.

En bref

  • En France, de nombreux retraités titulaires d’une pension de vieillesse hésitent à vendre un bien immobilier de peur de subir une lourde taxation de la plus-value.
  • Un dispositif prévu par l’article 150 U du CGI permet pourtant, sous conditions de revenu fiscal de référence et d’absence d’IFI, une exonération totale de plus-value immobilière sans condition d’âge ni de type de bien.
  • Le vendeur doit simplement vérifier sa situation N‑2 sur son avis d’imposition et en informer son notaire pour savoir s’il peut céder résidence secondaire, logement locatif ou terrain sans impôt sur la plus-value.