DPE : ce détail méconnu qui transforme votre logement bien noté en "bouilloire thermique" et va bientôt devenir une lettre

Par La rédaction Bourse Inside - Publié le

Classé B au DPE mais irrespirable dès la première canicule : des milliers de logements français se transforment en bouilloires thermiques l’été. Derrière la grande étiquette colorée, un simple smiley de confort d’été et une future nouvelle lettre pourraient tout changer.

DPE : ce détail méconnu qui transforme votre logement bien noté en « bouilloire thermique » et va bientôt devenir une lettre

Un appartement classé B au DPE, des fenêtres neuves, une chaudière performante… et pourtant un intérieur irrespirable dès que la température grimpe. Avec les trois canicules successives de mai, juin et juillet, de nombreux Français découvrent qu’un bon diagnostic d’hiver n’empêche pas de vivre dans une véritable « bouilloire thermique » l’été.

Derrière la grande étiquette colorée de A à G se cache en réalité un petit pictogramme, un smiley de confort d’été, qui ne compte pas dans la note finale et reste largement méconnu. Alors que 43% des logements ne disposent pas de volets ou de stores sur toutes leurs fenêtres exposées et que la moitié des habitations sont jugées « insuffisamment » protégées contre les fortes chaleurs, le gouvernement envisage de faire évoluer cet affichage pour y ajouter une lettre dédiée au confort d’été. Une évolution qui arrive au moment où le calcul même du DPE est de nouveau appelé à changer.

Un DPE performant, mais un confort d’été passé sous silence

D’après une enquête de l’Ignes avec le cabinet Pouget, ces lacunes d’équipement touchent aussi bien l’ancien que le récent, alors que les épisodes de canicule se multiplient. Pour le député Ensemble pour la République Daniel Labaronne, auteur d’un rapport sur les diagnostiqueurs, l’outil doit monter en gamme : « Pour réussir, nous devons disposer d’outils fiables pour identifier les logements les plus vulnérables et orienter efficacement les investissements. Le Diagnostic de performance énergétique (DPE) joue à ce titre un rôle essentiel », a indiqué mercredi 15 juillet Daniel Labaronne, cité par BFMTV. Il ajoute : « Si l’indicateur de confort d’été représente une première avancée, il demeure encore insuffisament précis pour refléter la réalité vécue des habitants lors des fortes chaleurs ».

Concrètement, le confort d’été dans le DPE est aujourd’hui résumé par trois « smiley » (souriant, neutre ou mécontent) qui n’entrent pas dans la lettre de A à G. Cette petite évaluation, moins visible que la note principale, repose sur cinq paramètres : la présence de protections solaires aux fenêtres, l’existence de brasseurs d’air, le caractère traversant du logement, l’isolation de la toiture et l’inertie thermique des matériaux. « Par ailleurs, certains équipements de climatisation (par exemple les pompes à chaleur réversibles), auront tendance à peser en défaveur de la note globale du logement plutôt qu’en sa faveur, parce qu’ils impliquent une consommation d’énergie supplémentaire, nous a expliqué Audrey Zermati, porte-parole de la société spécialisée dans la rénovation énergétique Effy. » Autrement dit, un logement peut être bien noté sur l’étiquette tout en restant très inconfortable en été si ces critères passifs sont négligés, ce qui incite à regarder d’avantage ce fameux smiley.

Critère du confort d’été Ce que regarde le DPE Impact sur la chaleur Exemple concret
Protections solaires Volets, stores sur fenêtres exposées Limite l’entrée du soleil direct Façade ouest sans volets sur baies vitrées
Isolation de la toiture Qualité d’isolation des combles ou du toit Réduit la surchauffe des derniers étages Appartement sous combles mal isolés
Inertie thermique Capacité des matériaux à stocker la chaleur Décale et atténue les pics de chaleur Murs lourds vs cloison légère en plâtre
Caractère traversant Présence d’ouvertures sur au moins deux façades Permet de ventiler efficacement la nuit Logement mono-orienté côté cour
Brasseurs d’air Ventilateurs de plafond ou systèmes équivalents Améliorent le ressenti de fraîcheur Séjour sans aucun dispositif de brassage

Vers une nouvelle lettre pour le DPE et un calcul plus favorable à l’électricité

Face à ce décalage entre bonne note hivernale et inconfort estival, le ministre du Logement Vincent Jeanbrun a ouvert la porte à une réforme de l’étiquette. « Le défi du confort d’été est devant nous, et nous devons aller beaucoup plus vite et beaucoup plus loin », a répondu mercredi dernier Vincent Jeanbrun, lors des questions au gouvernement. Il détaille la piste envisagée : « Le DPE a un avantage et un mérite, c’est qu’il permet d’évaluer les performances d’un logement notamment l’hiver. Mais nous devons le réécrire pour faire en sorte qu’il y ait une autre lettre, une autre indication sur le confort d’été ». Et de promettre : « Nous y travaillons actuellement et j’espère que dans quelques semaines, quelques mois, nous aurons un DPE confort d’été qui permettra d’éclairer tous nos concitoyens pour savoir si ce qui est performant pour l’hiver l’est également pour l’été ».

En parallèle, le gouvernement souhaite à nouveau modifier le coefficient d’énergie primaire appliqué à l’électricité dans le DPE. Déjà abaissé de 2,3 à 1,9 en janvier 2026, ce coefficient pourrait descendre à 1,7 en janvier 2027, selon un projet d’arrêté mis en consultation du 9 juillet au 6 août. Ce nouveau calcul réduirait le poids de la consommation électrique dans la note globale et pourrait faire gagner automatiquement une classe à certains logements chauffés à l’électricité, comme cela a déjà été le cas pour environ 700.000 « passoires » en janvier 2026, tout en limitant l’impact des équipements de climatisation sur la consommation affichée. Le Syndicat interprofessionnel du diagnostic énergétique (Sidiane) prévient toutefois qu’ »à force de changements successifs, il existe un risque de fragiliser la confiance du public dans le DPE et, plus largement, dans le travail des diagnostiqueurs qui le réalisent ». Un débat sensible, alors qu’une décote moyenne de 33% sépare déjà les biens classés E-F-G des classes A-B, que la TVA a été abaissée à 5,5% sur les pompes à chaleur air-air réversibles (pour des équipements allant de 2.000 à 15.000 euros), et qu’un projet de loi logement adopté au Sénat mêle intégration du « confort d’été » dans la « performance énergétique », allègement du rôle des architectes des bâtiments de France sur les volets et stores, facilitation de la climatisation en copropriété et possible réautorisation de la location de logements E, F et G en échange d’un « engagement de travaux » contractuel des propriétaires.

En bref

  • En pleine série de canicules, de nombreux logements français bien classés au DPE se révèlent être des bouilloires thermiques, faute de protections passives évaluées par le smiley de confort d’été.
  • Basé sur cinq critères, ce smiley reste séparé de la lettre A à G tandis que le gouvernement envisage une nouvelle indication dédiée et prépare une réforme du coefficient d’énergie primaire de l’électricité.
  • Entre lettres qui pourraient remonter, confort estival toujours précaire et marché immobilier sous tension, chacun devra bientôt scruter autrement son DPE avant d’acheter, louer ou rénover.
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