Viager : ce marché longtemps jugé morbide atteint 1,5 milliard d'euros en 2025 et attire massivement les 35-50 ans, et vous ?

Par Paul Graph - Publié le

Longtemps marginal en France, le marché du viager pèse désormais 1,5 milliard d’euros et 5 500 ventes par an, porté par les retraités et les actifs. Comment cette vente à mi-chemin entre retraite et investissement est-elle en train de rebattre les cartes ?

Viager : ce marché longtemps jugé morbide atteint 1,5 milliard d’euros en 2025 et attire massivement les 35-50 ans, et vous ?

Longtemps cantonné aux petites annonces en bas de page, le marché du viager s’est invité au cœur des stratégies patrimoniales des Français. Dans un contexte de retraites sous pression et d’inflation tenace, cette formule autrefois jugée morbide devient pour nombre de seniors un moyen concret de transformer leur logement en revenus réguliers, sans quitter leur domicile.

Face à eux, une nouvelle génération d’acheteurs, trentenaires ou quadragénaires, voient dans le viager une façon de se constituer un patrimoine immobilier sans passer par un crédit classique. Selon l’Observatoire Viagimmo 2025, ce mouvement n’a plus rien d’anecdotique, même si le viager ne représente encore qu’une petite part des transactions globales : en coulisses, ce marché a tout simplement changé de dimension.

Un marché du viager qui pèse désormais lourd en France

D’après l’Observatoire Viagimmo 2025, environ 5 500 transactions en viager sont réalisées chaque année sur l’ensemble du territoire. Rapporté aux 700 000 à 800 000 ventes immobilières annuelles, cela représente à peine 0,8 à 1 % du marché résidentiel. Sur le papier, la part semble faible, mais la progression est nette depuis plusieurs années et témoigne d’un réel changement d’échelle.

En valeur, le cap symbolique de 1,5 milliard d’euros de volume d’affaires a été franchi en 2025, toujours selon cet observatoire. Le nombre d’opérations reste globalement stable, mais les montants engagés traduisent une montée en puissance par rapport aux années précédentes, après un pic autour de 1,6 milliard d’euros en 2024. Plus de 1,1 milliard d’euros ont d’ailleurs été redistribués aux retraités en 2024 sous forme de bouquets et de rentes, ce qui illustre le rôle croissant du viager dans le financement de la vieillesse.

Profils : qui vend et qui achète en viager en 2025

Le vendeur type, ou crédirentier, a entre 76 et 85 ans. Souvent seul (célibataire, veuf ou divorcé), il cherche avant tout un complément de revenu pour compenser la baisse de pouvoir d’achat et le coût de la dépendance. L’Observatoire Viagimmo 2025 montre que la motivation principale reste l’augmentation des revenus, devant le souhait de rester chez soi et la volonté de protéger sa famille en préparant sa succession.

Côté acquéreurs, le profil a profondément changé. Les actifs de 35 à 50 ans constituent désormais le cœur de la demande, avec une logique d’investissement à long terme. Dans un environnement où l’accès au crédit immobilier se durcit, ces acheteurs identifient le viager comme un moyen d’entrer sur le marché avec un effort financier étalé dans le temps. Ils se tournent massivement vers les zones les plus tendues : le Sud-Est de la France concentre environ 45 % des transactions, contre seulement 17 % dans le Nord-Est, ce qui reflète le poids des régions littorales et touristiques dans ce marché.

Comment le viager s’impose comme outil patrimonial à part entière

Dans ce paysage, le viager occupé domine largement. Il représente environ 65 % des ventes et permet au vendeur de conserver l’usage de son logement tout en débloquant des liquidités. Les autres formules, comme le viager libre, la nue-propriété avec usufruit ou la vente à terme, complètent le tableau, mais restent minoritaires. Pour une valeur vénale moyenne de 276 000 euros, l’Observatoire Viagimmo 2025 relève un bouquet moyen d’environ 62 000 euros et une rente mensuelle autour de 620 euros en viager occupé, des montants qui interressent aussi les investisseurs.

Concrètement, un senior vendeur obtient généralement :

  • un capital de départ (bouquet) versé à la signature de l’acte notarié,
  • une rente viagère mensuelle, fiscalement avantageuse grâce à un abattement calculé selon son âge,
  • la possibilité de rester chez lui tout en transférant la charge des gros travaux à l’acheteur.

Ce dernier point repose sur l’article 606 du Code civil : les grosses réparations incombent au nu-propriétaire ou à l’acquéreur, tandis que l’usufruitier garde à sa charge l’entretien courant. Pour l’investisseur, le viager offre aussi un autre atout majeur, mis en avant par Sophie Richard, fondatrice de Viagimmo : « Le viager se situe en dehors du champ des règles locatives. Il offre aujourd’hui une lisibilité et une simplicité que la location classique ne garantit plus », résume Sophie Richard, fondatrice de Viagimmo, citée par Planet.fr. En pratique, cela signifie pas de gestion locative au quotidien, pas d’impayés et moins de contraintes liées aux diagnostics énergétiques, alors même que le volume d’affaires global approche désormais les 1,5 milliard d’euros.

En bref

  • En 2025, le marché du viager en France atteint environ 5 500 transactions pour 1,5 milliard d’euros, soit près de 1 % des ventes immobilières.
  • Porté par les seniors de 76 à 85 ans et les acquéreurs actifs de 35 à 50 ans, il se structure autour du viager occupé, des bouquets moyens de 62 000 € et de rentes d’environ 620 € par mois.
  • Entre complément de revenu pour les retraités, stratégie patrimoniale pour les investisseurs et marché encore perçu comme atypique, le viager soulève des opportunités mais aussi des questions.