Aide à domicile : ce tour de vis du gouvernement qui va alourdir fortement la facture et priver les retraités de 70 à 79 ans d’un avantage fiscal clé

Par Paul Graph - Publié le

En relevant de 70 à 80 ans l’exonération de cotisations pour l’aide à domicile, l’État menace le budget de centaines de milliers de retraités. Qui sera privé de ce coup de pouce et jusqu’où la facture peut-elle grimper ?

Aide à domicile : ce tour de vis du gouvernement qui va alourdir fortement la facture et priver les retraités de 70 à 79 ans d’un avantage fiscal clé

Pour beaucoup de retraités, l’aide ménagère, le jardinage ou le petit bricolage à domicile ne sont pas un luxe mais une condition pour rester chez soi. Jusqu’ici, l’État allégeait sensiblement la facture grâce à une exonération de cotisations patronales, un avantage discret mais très précieux sur le budget mensuel.

Un projet de décret gouvernemental prévoit pourtant de resserrer fortement l’accès à ce coup de pouce : l’âge ouvrant droit à l’exonération passerait de 70 à 80 ans, ce qui priverait une large partie des 70-79 ans de cette aide. Reste à comprendre qui est vraiment visé, de combien la facture pourrait augmenter et s’il existe encore des moyens de limiter la casse.

Aide à domicile : une exonération réservée aux plus âgés et aux plus dépendants

Actuellement, tout particulier employeur d’aide à domicile âgé de 70 ans ou plus bénéficie automatiquement d’une exonération de cotisations patronales sur le salaire versé à son employé (ménage, aide aux courses, jardinage, accompagnement…). Aucun critère de revenus, ni de niveau de dépendance : le seul critère est l’âge. Le gouvernement juge ce dispositif trop large et peu ciblé sur les publics fragiles. « Il n’était pas normal que ce dispositif serve de niche sociale boostée pour permettre à certaines personnes […] de ne rien payer pour la protection sociale de leurs employés à domicile », explique-t-on au ministère du Travail et des Solidarités.

L’idée du projet de décret est donc de réserver l’exonération automatique aux personnes de 80 ans et plus, et de recentrer l’effort sur les seniors considérés comme les plus dépendants et les plus précaires. L’exécutif vise une économie de 100 millions d’euros par an grâce à ce durcissement. Selon les estimations, environ 350 000 particuliers employeurs de 70 à 79 ans perdraient l’avantage, avec un renchérissement du coût horaire d’environ 15 % : soit un surcoût de l’ordre de 2,5 à 3 euros par heure d’aide à domicile. Les retraités qui perçoivent l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) ou la prestation de compensation du handicap (PCH), eux, conserveraient l’exonération quel que soit leur âge.

Qui va perdre l’avantage fiscal, et quel surcoût pour les retraités ?

Concrètement, les premiers touchés seraient les retraités de 70 à 79 ans qui emploient une femme de ménage, un jardinier ou un auxiliaire pour quelques heures par semaine, sans bénéficier ni de l’APA ni de la PCH. Pour ces particuliers employeurs, les cotisations patronales aujourd’hui exonérées reviendraient intégralement à leur charge. Les simulations montrent qu’un volume de 10 heures d’aide par semaine entraînerait un surcoût mensuel d’environ 100 à 120 euros, soit entre 1 200 et 1 440 euros par an. À 20 heures hebdomadaires, la hausse grimperait à 200 à 240 euros par mois (2 400 à 2 880 euros par an), et pour un temps plein de 35 heures, de 350 à 420 euros mensuels, soit 4 200 à 5 040 euros sur l’année.

Un cas type permet de mesurer l’impact : pour un retraité de 73 ans à la pension modeste qui emploie une aide ménagère 15 heures par semaine, la facture annuelle augmenterait de 1 800 à 2 160 euros. Le crédit d’impôt de 50 % pour l’emploi d’un salarié à domicile, avec un plafond de 12 000 euros de dépenses par an (soit 6 000 euros de crédit maximal), reste toutefois en place et s’applique aux cotisations supplémentaires : pour un foyer imposable, le surcoût net est donc mécaniquement réduit de moitié. Reste que pour absorber le surcoût, beaucoup risquent de réduire ou d’avoir déjà réduire leurs heures d’aide à domicile, voire d’être tentés par du travail non déclaré.

Les professionnels tirent déjà la sonnette d’alarme. Neuf organisations du secteur de l’aide à domicile ont écrit au gouvernement mi-mars pour dénoncer un texte qui touche des personnes « qui ont besoin d’accompagnement » et pour alerter sur l’impact pour un secteur jugé en difficultée. Elles estiment que la réforme ferait bondir le coût de l’emploi de près de 15 % pour des centaines de milliers de particuliers. Les fédérations du secteur pointent aussi une contradiction avec la politique de maintien à domicile des personnes âgées, résumée par cette formule : « On ne peut pas prôner le virage domiciliaire et en même temps rendre l’emploi à domicile plus cher. » Le décret, lui, n’est pas encore entré en vigueur et reste en cours de consultation, ce qui laisse aux retraités de 70 à 79 ans un peu de temps pour se renseigner sur leurs droits à l’APA ou à la PCH et pour anticiper, autant que possible, l’éventuelle hausse de leur reste à charge.

En bref

  • À partir de 2026, un projet de décret relève de 70 à 80 ans l’âge d’exonération de cotisations pour l’aide à domicile des particuliers employeurs retraités.
  • Environ 350 000 retraités de 70 à 79 ans, sans APA ni PCH, verraient leur facture augmenter de 15 %, soit jusqu’à plusieurs milliers d’euros par an selon le nombre d’heures.
  • Entre maintien du crédit d’impôt, demandes d’APA ou de PCH et arbitrage d’heures, des pistes existent pour limiter le choc mais exigent d’anticiper finement sa situation.