Livret A et LEP : la flambée surprise de l’inflation d’avril 2026 pourrait doper vos intérêts au 1er août… mais pas pour tout le monde

Par Paul Graph - Publié le

Avec une inflation qui bondit à 2,2 % en avril 2026, la promesse de hausse du Livret A et du LEP au 1er août se précise. Mais entre formule officielle et arbitrage de Bercy, jusqu’où vos taux peuvent-ils vraiment monter ?

Livret A et LEP : la flambée surprise de l’inflation d’avril 2026 pourrait doper vos intérêts au 1er août… mais pas pour tout le monde

Jusqu’ici, les épargnants pouvaient avoir le sentiment que la page de l’inflation était tournée. Le choc est venu des chiffres d’avril 2026 : selon l’Insee, la hausse des prix atteint 2,2 % sur un an, largement poussée par l’envolée des prix de l’énergie dans un contexte de guerre au Moyen-Orient. Un retour de la pression inflationniste qui ne reste pas sans effet sur les produits d’épargne réglementée.

Alors que le Livret A et le LDDS servent 1,50 % net depuis le 1er février 2026, et le LEP 2,50 %, cette accélération inattendue de l’inflation change la donne pour la révision prévue le 1er août. La formule officielle, qui tient compte de l’inflation semestrielle et du taux court interbancaire €ster, pointe désormais vers une remontée des taux à l’été, possiblement jusqu’à 1,70 % voire 1,80 % pour le Livret A, sous réserve de l’arbitrage du gouvernement. Reste à savoir jusqu’où Bercy acceptera de laisser monter la jauge.

Inflation d’avril 2026 : un tournant pour le taux du Livret A et du LEP

Le 30 avril, l’Insee a confirmé une inflation de 2,2 % sur un an en avril, au-dessus de sa propre prévision de 1,8 % et après 1,7 % en mars. Selon les données compilées, la hausse des prix est tirée par un bond de 14,2 % de l’énergie, directement lié aux tensions sur le pétrole et le gaz. Sur le premier semestre 2026, la moyenne de l’inflation, initialement estimée à 1,17 %, pourrait ainsi dépasser 1,50 %, ce qui pousse mécaniquement la formule de calcul du taux du Livret A au-dessus du niveau actuel de 1,50 %.

Dans ce contexte, plusieurs projections convergent : le Livret A et le LDDS passeraient de 1,50 % à une fourchette de 1,70 % à 1,80 % au 1er août 2026, tandis que le taux du LEP grimperait de 2,50 % à 2,70 % voire 2,80 %. Le tableau dressé par MoneyVox montre un gain de 0,20 à 0,30 point sur l’ensemble de ces produits. La prochaine réunion de la Banque centrale européenne, le 11 juin 2026, sera scrutée de près : un relèvement du taux de dépôt, stable depuis juin 2025, renchérirait le taux €ster et renforcerait encore la pression haussière sur les livrets.

1,70 % ou 1,80 % au 1er août 2026 : impact en euros et décision politique

Pour un Livret A au plafond de 22 950 €, un passage de 1,50 % à 1,70 % ferait monter les intérêts bruts annuels d’environ 344 € à 390 €, soit 46 € de plus. À 1,80 %, le gain annuel atteindrait 69 €, pour un total d’environ 413 €. Sur un LEP plafonné à 10 000 €, la hausse de 2,50 % à 2,70 % représente 20 € supplémentaires par an, et 30 € si le taux grimpe à 2,80 €. Des montants modestes, mais dans un environnement où l’inflation flirte avec 2,2 %, ils comptent : même à 1,80 %, le Livret A resterait en rendement réel négatif, autour de -0,4 %, tandis que le LEP serait le seul livret à s’approcher réellement de l’inflation. D’où l’intérêt, pour les épargnants éligibles, de remplir en priorité ce support.

La question, pour beaucoup, est aussi celle du bon timing pour verser. Sur son portail, la BRED rappelle : « Les intérêts sur votre livret sont calculés deux fois par mois. Les sommes versées portent intérêts à partir du premier jour de la quinzaine qui suit le versement », précise la BRED. Concrètement, tout versement définitivement crédité au plus tard le 30 avril commence à produire des interets dès le 1er mai, tandis qu’un dépôt arrivé le 2 mai n’est pris en compte qu’à partir du 16 mai, soit deux semaines perdues. Dans le même esprit, le média spécialisé Presse-Citron conseille de garder entre 570 € et 1 140 € sur son compte courant pour « couvrir les dépenses courantes et éviter les agios ». Le reste peut être orienté vers le LEP, puis vers le Livret A et le LDDS, afin de profiter le plus longtemps possible des taux en vigueur puis, le cas échéant, de la hausse du 1er août.

Rien n’oblige pourtant le gouvernement à appliquer à la lettre la formule de calcul. Il a déjà dérogé par le passé, en gelant le taux du Livret A en 2020 malgré une baisse théorique, ou en accordant un coup de pouce au LEP en février 2026. L’économiste Philippe Crevel estime ainsi que l’exécutif pourrait « ne pas relever le taux du Livret A, considérant que la hausse des prix ne serait que temporaire, le prix du pétrole et du gaz revenant à leur niveau d’avant le conflit assez rapidement après la cessation des hostilités », selon des propos rapportés par MoneyVox. À l’inverse, avec « une inflation qui a tendance à remonter », la Caisse des dépôts et consignations, qui gère près de 60 % de l’encours de l’épargne réglementée, « s’attend quand même plutôt à ce que le taux du Livret A remonte » d’ici la fin de l’année, a expliqué début avril Antoine Saintoyant, son directeur adjoint.

Entre la remontée surprise de l’inflation d’avril 2026, les choix à venir de la BCE et la marge de manœuvre de Bercy, le scénario exact pour le 1er août reste donc ouvert. Les épargnants, eux, peuvent déjà ajuster leurs versements en respectant la règle des quinzaines et en arbitrant entre Livret A et LEP, en attendant la décision qui tombera à l’approche de l’été.

Sources

En bref

  • En France, l’inflation a atteint 2,2 % en avril 2026 alors que le Livret A et le LDDS restent à 1,5 % net et le LEP à 2,5 %, en attendant la révision du 1er août.
  • La formule réglementaire, dopée par la hausse des prix et un €STR proche de 2 %, pointe vers 1,7–1,8 % pour le Livret A et 2,7–2,8 % pour le LEP, sous réserve d’un éventuel arbitrage de Bercy.
  • Entre scénario de gel, hausse partielle ou application « plein pot », les épargnants doivent surtout optimiser leurs versements dès le printemps grâce à la règle des quinzaines.