Affaire FTX : la grâce de Sam Bankman-Fried par Trump ? Cette offensive au Sénat qui met Washington en état d'alerte
En pleine campagne américaine, deux sénateurs, républicain et démocrate, s’unissent pour freiner une éventuelle grâce de Trump à Sam Bankman-Fried. Au cœur de l’affrontement : l’avenir de la régulation crypto et le message envoyé aux victimes de FTX.

Condamné à 25 ans de prison pour l’effondrement de la plateforme FTX, l’ancien magnat des cryptomonnaies Sam Bankman-Fried n’a pas renoncé à son ambition. Depuis sa cellule, celui que la presse américaine présentait comme un prodige de la finance a déposé une demande de grâce présidentielle auprès de Donald Trump et se projette déjà dans un retour en grande pompe dans la crypto. Au centre des conversations, une question dérangeante : le fondateur de FTX peut‑il vraiment espérer voir sa condamnation allégée, alors que des millions d’épargnants ont perdu leurs fonds ? La bataille se joue désormais aussi sur le terrain politique, à Washington.
Mi‑juin, deux sénateurs américains, l’une républicaine, l’autre démocrate, ont pris une initiative rare pour tenter d’encadrer toute velléité de clémence envers le financier déchu. Ils redoutent qu’un geste présidentiel en faveur de Bankman-Fried ne soit interprété comme un blanc‑seing pour les fraudes massives dans la finance numérique et ne ternisse un peu plus l’image déjà abîmée du secteur des crypto‑actifs. Leur riposte se veut aussi un signal adressé aux victimes de FTX, encore en attente de réparation, ainsi qu’aux régulateurs. Le bras de fer symbolique autour de la potentielle grâce Trump ne fait que commencer.
Une résolution bipartisane contre une grâce de Trump pour Sam Bankman-Fried
Le 17 juin 2026, la sénatrice républicaine Cynthia Lummis et le sénateur démocrate Rubén Gallego, tous deux membres du Comité bancaire du Sénat, ont déposé une résolution commune visant explicitement Sam Bankman-Fried. Le texte demande qu’aucune mesure de « clémence exécutive » ne lui soit accordée, qu’il s’agisse d’une grâce qui effacerait sa condamnation ou d’une simple commutation de peine. Pour les deux élus, les 25 ans de prison prononcés et la confiscation de plus de 11 milliards de dollars (près de 10,2 milliards d’euros) reflètent l’ampleur des fraudes reprochées à l’ex‑PDG de FTX, accusé d’avoir fait perdre plus de 8 milliards de dollars (environ 7,4 milliards d’euros) à des clients particuliers. « Il n’a montré aucun remords. Qu’il reste en prison », a lancé Rubén Gallego, selon Cointribune.
Cette résolution n’a pas de portée contraignante : elle n’empêchera pas juridiquement Donald Trump de signer, s’il le souhaite, un décret de grâce ou de réduction de peine. Elle inscrit en revanche noir sur blanc la position d’une partie du Sénat, soucieux de ne pas laisser croire que les crimes financiers à grande échelle pourraient être effacés d’un simple geste politique. Proche du milieu crypto, Cynthia Lummis veut aussi montrer que défendre l’innovation n’implique pas de fermer les yeux sur les abus ; son équipe a fait savoir que Bankman-Fried se trouve, selon elle, exactement là où il doit être. Le message s’adresse autant à la Maison-Blanche qu’aux acteurs de la finance numérique, à un moment où la confiance reste fragile.
Demande de pardon, retour de Sam Bankman-Fried et image de la crypto
En coulisses, le calendrier s’est accéléré début juin. Le 8 juin, Sam Bankman-Fried a officiellement déposé auprès du Bureau des grâces présidentielles du département de la Justice une requête de pardon, portant non pas sur une libération immédiate mais sur un « pardon après accomplissement de peine », comme le rappelle Cointribune. Quelques jours plus tard, le 12 juin, sa demande d’appel de condamnation a été rejetée, détaille Cryptoast, alors que sa sortie de prison n’est pour l’instant envisagée qu’en 2044, lorsqu’il aura 52 ans. Le pari de l’ancien patron de FTX s’appuie aussi sur un historique favorable : lors de son précédent mandat, Donald Trump a déjà gracié des figures liées à la crypto comme Changpeng Zhao, ex‑patron de Binance, ou Ross Ulbricht, créateur du site Silk Road, ce qui entretient l’idée qu’une issue similaire resterait possible.
Cette détermination surprend jusque dans son entourage carcéral. « Peut-être qu’il plaisantait, et il est probable que personne ne se précipitera vers lui. Mais qui sait », a réagi son co-détenu David Bunevacz, cité par BeInCrypto, en évoquant la perspective de nouveaux projets crypto portés par Bankman-Fried. Sur les réseaux sociaux, beaucoup d’investisseurs assurent qu’ils ne lui feront plus jamais confiance : « Oui mon pote, j’y croirai quand je le verrai, mais honnêtement, qui voudrait s’inscrire pour un deuxième round de ce cirque », commente un utilisateur sur X, quand un autre ironise : « Après avoir fait faillite, SBF a besoin de votre argent pour vous rug-pull et démarrer une vie luxueuse », toujours cité par BeInCrypto. Ces interogations sur la capacité de la communauté à tourner la page expliquent en partie pourquoi des élus, y compris favorables aux cryptos, tiennent à tracer une ligne rouge autour d’une éventuelle grâce présidentielle.
En bref
- En juin 2026, les sénateurs américains Cynthia Lummis et Rubén Gallego déposent à Washington une résolution visant la grâce Trump de Sam Bankman-Fried après le scandale FTX.
- Le texte, non contraignant, met formellement en garde contre toute clémence présidentielle pour l’ex-PDG de FTX, condamné à 25 ans de prison et accusé d’avoir fait perdre plus de 8 milliards de dollars à ses clients.
- Au-delà du cas SBF, cette offensive bipartisane interroge la crédibilité de la régulation crypto, la protection des victimes et les signaux politiques envoyés aux futurs fraudeurs.






