Guerre commerciale : Trump sanctionne le Brésil de 25% et veut maintenant taxer le Canada pour la fumée de ses incendies

Par La rédaction Bourse Inside - Publié le

À trois jours de l’entrée en vigueur d’un tarif de 25 % visant le Brésil, Washington menace déjà le Canada en liant ses feux de forêt aux douanes. Derrière ces dossiers, un même virage juridique et politique inquiète les partenaires des États-Unis.

Guerre commerciale : Trump sanctionne le Brésil de 25% et veut maintenant taxer le Canada pour la fumée de ses incendies

Un vieux texte de loi américain ressurgit, et avec lui une nouvelle salve de tensions commerciales. En quelques jours, Washington a décidé de frapper un grand partenaire, le Brésil, avec un droit de douane de 25 % sur une série d’importations, tout en brandissant la menace de surtaxes contre le Canada… à cause de la fumée de ses feux de forêt.

Derrière ces dossiers en apparence sans lien, un même mouvement se dessine : après avoir été recadrée par la Cour suprême des États-Unis sur l’usage de l’état d’urgence économique, l’administration de Donald Trump mise désormais sur la Section 301 du Trade Act de 1974 pour relancer l’outil tarifaire, quitte à élargir les prétextes, du commerce à l’environnement. Les partenaires de Washington commencent à y voir plus qu’une simple querelle technique.

Brésil : un tarif de 25 % au nom des « pratiques déloyales »

Les États-Unis imposent des droits de douane de 25 % sur des importations en provenance du Brésil après avoir constaté toute une série de pratiques commerciales jugées déloyales de la part de la dixième économie mondiale. Ces droits de douane, proposés pour la première fois le mois dernier, entreront en vigueur le 22 juillet. Selon le Bureau du représentant américain au commerce, l’enquête ouverte au titre de la Section 301 a mis en cause, entre autres, un laxisme dans l’application des mesures anticorruption et l’imposition de droits de douane qualifiés de déloyaux par Brasilia.

Le décret prévoit des exemptions pour certaines marchandises qui ne sont pas produites aux États-Unis ou dont les autorités craignent qu’elles ne perturbent les chaînes d’approvisionnement. Parmi les produits exemptés figurent le café, le bœuf, les oranges et le jus d’orange, certains produits énergétiques issus du pétrole et du gaz, ainsi que des pièces et composants aérospatiaux. Le représentant américain au commerce Jamieson Greer défend une mesure destinée, selon lui, à permettre aux entreprises américaines de rivaliser à armes égales : « Les négociations approfondies menées avec le Brésil au cours de l’année écoulée n’ont pas permis de résoudre ces problèmes, mais nous restons ouverts à la poursuite des négociations avec ce pays afin d’apporter les changements attendus depuis longtemps aux problèmes identifiés dans le cadre de cette enquête », a-t-il affirmé, cité par Les Affaires. Côté brésilien, le président Luiz Inácio Lula da Silva a réagi avec indignation et renvoyé la responsabilité politique sur son rival Flávio Bolsonaro, pendant que le sénateur Marco Rubio saluait au contraire la fermeté de Washington : « Qu’il n’y ait aucune ambiguïté quant à la raison: le président Lula et son gouvernement n’ont pas négocié de bonne foi avec les États-Unis. Ses politiques économiques sont néfastes tant pour les Américains que pour les Brésiliens. Au cours de l’année écoulée, Lula a fait passer son ego avant la conclusion d’un accord visant le bien-être du peuple brésilien, et ces droits de douane en sont le prix à payer. », a-t-il déclaré sur X, selon Les Affaires.

Canada et après : la fumée des feux de forêt comme nouveau prétexte

Quelques jours à peine après la décision visant le Brésil, Donald Trump a ouvert un second front vis-à-vis du Canada. Il a accusé Ottawa de « négligence volontaire » face aux incendies de forêt qui ravagent le nord-ouest de l’Ontario et dont la fumée a fait chuter la qualité de l’air dans plusieurs grandes villes américaines. L’ancien président menace désormais d’ajouter le coût de la pollution générée par la fumée aux tarifs douaniers déjà appliqués à Ottawa, expliquant que ces coûts « doivent nécessairement s’ajouter aux tarifs douaniers que le Canada paie déjà », et annonçant vouloir appeler le Premier ministre Mark Carney « pour savoir ce qu’ils comptent faire à ce sujet », a rapporté Donald Trump, selon des propos relayés par Journal du Coin. Mark Carney a de son côté reconnu que les incendies s’étaient « considérablement aggravés » ces dernières semaines, forçant l’évacuation de milliers de personnes dans le nord-ouest ontarien, dans un message publié sur X cité par Journal du Coin.

Un coup d’œil comparatif permet de mesurer à quel point les leviers et les justifications diffèrent d’un dossier à l’autre.

Dossier Statut des tarifs Justification avancée Base légale / levier Dates clés
Brésil Tarif de 25 % acté dès 22 juillet 2026 Pratiques jugées déloyales, anticorruption, droits de douane brésiliens Enquête sous Section 301 du Trade Act 1974 Enquête 2025, décision 15 juillet 2026, effet 22 juillet
Canada Menace d’ajouter un surcoût aux tarifs existants Négligence face aux feux, fumée polluant l’air américain Aucun mécanisme formel encore activé, menace politique Mi-juillet 2026, après pic de fumée transfrontalière
Cadre post-Cour suprême Anciennes surtaxes IEEPA partiellement invalidées par la Cour Décision jugeant un usage excessif des pouvoirs d’urgence IEEPA remplacée par Section 301 comme levier central Arrêt du 20 février 2026, risques de remboursements

Ce double bras de fer s’inscrit en effet dans un contexte juridique chargé. En février 2026, la Cour suprême s’est prononcée contre bon nombre des droits de douane imposés par Donald Trump en vertu de la loi de 1977 sur les pouvoirs économiques d’urgence internationaux (International Emergency Economic Powers Act), estimant qu’il avait outrepassé ses pouvoirs en imposant des droits de douane de grande envergure à ses partenaires commerciaux, dont le Brésil. Selon le Penn Wharton Budget Model, cité par Journal du Coin, l’administration pourrait devoir rembourser jusqu’à 175 milliards de dollars (environ 160 milliards d’euros). En vertu de cette même loi, Donald Trump avait imposé un droit de douane de 50 % au Brésil pour protester contre les poursuites engagées à l’encontre de Jair Bolsonaro, qui tentait de contester sa défaite aux élections de 2022, avant de faire savoir qu’il ne comptait rembourser personne dans l’immédiat et que les contentieux pourraient durer plusieurs années. Avec la Section 301 d’un côté et la menace de taxer la fumée de l’autre, le signal envoyé est clair : entre exemptions sur le bœuf brésilien, relations personnelles entre dirigeants et air irrespirable au-dessus des villes américaines, les partenaires des États-Unis observent apparement chaque nouveau motif tarifaire avec une attention grandissante.

En bref

  • À l’été 2026, l’administration Trump active un tarif de 25 % contre le Brésil et menace le Canada en liant la fumée de ses feux de forêt aux droits de douane.
  • Au nom de la Section 301 du Trade Act, Washington vise des pratiques jugées déloyales à Brasilia tout en utilisant la pollution transfrontalière comme nouveau prétexte commercial.
  • Ce virage post-décision de la Cour suprême interroge sur l’usage futur des tarifs américains comme instrument politique à géométrie variable.
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