Parier sur la clôture du S&P 500 : l'offensive de Charles Schwab qui veut transformer votre compte-titres en marché prédictif
Parier légalement sur la clôture du S&P 500 depuis un compte Charles Schwab pourrait bouleverser les habitudes de millions d’investisseurs. Derrière ce virage vers les marchés prédictifs, une stratégie prudente et 11 800 milliards de dollars d’actifs en jeu.

Parier sur la clôture du S et P 500 directement depuis son compte chez Charles Schwab pourrait bientôt devenir une réalité pour des millions d’épargnants américains. Le géant du courtage prépare une nouvelle offre qui s’inscrit dans l’essor des marchés de prédiction, souvent qualifiés de marchés prédictifs, où l’on mise sur la réalisation d’un scénario futur. Il s’agit cette fois de transposer ce mécanisme au cœur même de la Bourse américaine.
Selon les éléments déjà dévoilés, cette offensive passera par un produit simple à comprendre, adossé à l’indice phare de Wall Street et structuré dans un cadre boursier régulé. Elle intervient après le lancement, en mai 2026, du trading spot de Bitcoin et d’Ethereum pour les particuliers de Schwab, qui cherche à se réinventer sans rompre avec son ADN d’investisseur de long terme. Reste à voir comment ce pari assumé sur la prédiction sera accueilli.
Charles Schwab et Cboe misent sur des options binaires S et P 500
Le groupe travaille avec Cboe Global Markets pour lancer des contrats d’options binaires sur le S et P 500. Concrètement, les clients pourront répondre à une seule question : l’indice terminera-t-il au-dessus ou au-dessous d’un niveau prédéfini à la clôture de la séance ? Si la prédiction est correcte, le contrat verse un montant fixe ; si elle est fausse, le paiement est nul. Le lancement de ces contrats est annoncé pour les prochains mois, sans calendrier plus précis pour l’instant.
Ce format reprend le principe des marchés de prédiction, tout en restant arrimé à des événements financiers clairement mesurables, comme la valeur finale d’un indice. Schwab prévoit en outre une fonctionnalité dite Plus Zone, qui offrirait un paiement partiel lorsque le niveau final de l’indice se rapproche du seuil choisi, afin d’assouplir la logique du tout ou rien. Contrairement à des plateformes comme Kalshi ou Polymarket, où les contrats portent aussi sur la politique, le sport ou la culture populaire, le courtier reste focalisé sur la finance traditionel et des indicateurs vérifiables. À terme, l’offre pourrait être étendue à d’autres indices, mais le S et P 500 servira de terrain d’essai, dans un cadre régulé par Cboe. Un rapide comparatif avec ces plateformes permet de situer l’approche Schwab.
| Élément | Offre Schwab/Cboe | Plateformes Kalshi/Polymarket |
|---|---|---|
| Sous-jacent | Indice S et P 500 | Événements économiques, politiques ou sportifs |
| Question posée | Clôture au-dessus ou en dessous d’un seuil | Issue d’un événement futur (oui/non) |
| Paiement | Montant fixe, zéro ou partiel (Plus Zone) | Gain ou perte selon résultat final |
| Thèmes autorisés | Uniquement événements financiers vérifiables | Politique, élections, sport, actualité variée |
| Cadre | Contrats listés et régulés par Cboe | Plateformes spécialisées sous surveillance accrue |
| Public visé | Clients Charles Schwab, investisseurs particuliers | Parieurs et traders cherchant exposition événementielle |
Marchés de prédiction : la stratégie prudente de Charles Schwab et l’intérêt de Citadel
Cette incursion dans les marchés de prédiction s’inscrit dans une trajectoire déjà engagée par Schwab. En mai 2026, le courtier a ouvert à ses clients particuliers le trading spot de Bitcoin et d’Ethereum, tout en continuant à gérer environ 11 800 milliards de dollars d’actifs, soit un peu plus de 10 600 milliards d’euros. Sur le seul premier trimestre 2026, il a dégagé 2,5 milliards de dollars de bénéfice net, l’équivalent d’environ 2,3 milliards d’euros, pour quelque 39 millions de clients. Interrogé sur la montée en puissance de ces produits, le directeur général Rick Wurster déclarait récemment : « Je pense qu’à un moment donné, nous aurons probablement des marchés de prédiction. À ce stade, ils n’ont pas suscité un intérêt considérable auprès de nos clients, mais nous les examinerons attentivement, car ils restent simples à proposer », a déclaré Rick Wurster sur CNBC. Il précisait dans le même échange que Schwab ne souhaitait pas proposer de paris sur le sport, la politique ou la culture populaire, afin de rester aligné avec son positionnement d’accompagnateur de patrimoine à long terme.
Les autres grands acteurs de marché suivent ce segment avec la même prudence. Le président de Citadel Securities, Jim Esposito, a expliqué lors d’une conférence Semafor sur l’économie mondiale que « l’entreprise suivait de très près l’évolution des marchés de prédiction », tout en estimant que la liquidité actuelle restait insuffisante pour s’y engager davantage. Les plateformes spécialisées ont pourtant déjà pris de l’avance : en mars, Kalshi et Polymarket ont enregistré un volume mensuel combiné de 23,6 milliards de dollars, soit environ 21,2 milliards d’euros, alors que certains régulateurs américains les accusent de proposer des produits proches des paris sportifs sans licence et de ne pas assez lutter contre le délit d’initié. Les projections évoquent un volume annuel pouvant atteindre 1 000 milliards de dollars d’ici 2030, soit près de 900 milliards d’euros, ce qui explique pourquoi ces contrats, parfois utilisés aussi comme outils de couverture, attirent à la fois les courtiers traditionnels et les teneurs de marché. Les chiffres ci-dessous donnent un aperçu de ce changement d’échelle en cours.
| Indicateur | Valeur | Ce que cela illustre |
|---|---|---|
| Actifs des clients Schwab | 11 800 Md$ (~10 600 Md€) | Taille critique pour populariser ces contrats |
| Bénéfice net T1 2026 | 2,5 Md$ (~2,3 Md€) | Marge pour investir dans de nouveaux produits |
| Nombre de clients | 39 millions | Base potentielle d’utilisateurs des marchés prédictifs |
| Volumes Kalshi+Polymarket (mars) | 23,6 Md$ (~21,2 Md€) | Usage déjà massif sur les plateformes spécialisées |
| Volume annuel projeté en 2030 | 1 000 Md$ (~900 Md€) | Ambition d’un marché de prédiction de grande ampleur |
En bref
- En mai 2026, Charles Schwab, courtier gérant 11 800 Md$ pour 39 millions de clients, prépare avec Cboe des contrats d’options binaires indexés sur le S&P 500.
- Ces contrats posent une question simple — l’indice clôturera-t-il au-dessus ou en dessous d’un seuil — avec payout fixe, nul ou partiel via la fonctionnalité Plus Zone.
- Face à Kalshi, Polymarket et l’intérêt discret de Citadel, cette incursion prudente dans les marchés de prédiction pourrait accélérer la régulation comme l’adoption grand public.






