Polymarket : le scandale à 1,9M$ où des influenceurs faisaient croire à des gains faciles avec des paris truqués
De jeunes influenceurs exhibant des gains spectaculaires, 1,9 M$ de mises affichées… mais aucun pari réel, selon le Wall Street Journal. Au cœur du scandale Polymarket, une campagne virale qui questionne la frontière entre marketing crypto et manipulation des parieurs.

Lancée en juin 2020, Polymarket s’est imposé en quelques années comme l’une des plateformes de marchés prédictifs en cryptomonnaies les plus visibles, en permettant de miser sur la politique, l’économie, le sport ou même la météo. Derrière cette success story, une enquête du Wall Street Journal vient toutefois lever un voile gênant : le journal américain accuse Polymarket d’avoir payé des influenceurs pour mettre en scène de spectaculaires paris gagnants qui n’auraient jamais existé sur le vrai site. Pour des milliers d’utilisateurs exposés chaque jour à ces contenus viraux, la frontière entre démonstration marketing et manipulation pourrait s’être brouillée. Le coeur du scandale touche à la fois l’image de transparence revendiquée par la finance décentralisée et la confiance dans les plateformes de paris en ligne.
Entre fin 2025 et le printemps 2026, des vidéos montrant de jeunes traders empochant des dizaines de milliers de dollars en quelques clics se sont multipliées sur TikTok, Instagram et YouTube. L’enquête raconte que ces créateurs auraient, en réalité, tourné leurs clips sur des copies de Polymarket, avant de relayer leurs « gains » auprès d’une communauté toujours plus large. Au centre de l’affaire : la mécanique Polymarket influenceurs faux paris, qui aurait mêlé paris fictifs, sites miroir et armées de comptes automatisés. Les chiffres mis en avant par le Wall Street Journal donnent le vertige.
Enquête du Wall Street Journal : des paris fictifs sur des copies du site Polymarket
Selon les éléments rapportés par le quotidien, les journalistes ont examiné 1 105 vidéos publiées par 10 créateurs entre décembre 2025 et la mi‑mai 2026, dont environ 70 % montrent un pari présenté comme exécuté sur Polymarket, pour un total affiché d’environ 1,9 million de dollars (près de 1,75 million d’euros). Aucun de ces paris n’était réel : les créateurs tournaient leurs séquences sur des sites factices, décrits dans les documents remis aux influenceurs comme des « copies quasi parfaites » du site officiel. L’un de ces clones reprenait jusque dans son nom de domaine une simple faute de frappe, comme poiymarket.com, afin de reproduire au pixel près l’interface de la plateforme. Les vidéos étaient ensuite amplifiées par une « armée de comptes sur les réseaux sociaux » opérée par un prestataire marketing, avec pour objectif d’accroître la visibilité de ces performances présentées comme authentiques.
| Indicateur | Valeur | Période / périmètre | Lecture rapide |
|---|---|---|---|
| Vidéos analysées | 1 105 | Déc. 2025 à mi‑mai 2026 | Ampleur de la campagne étudiée |
| Créateurs impliqués | 10 | Même période | Noyau restreint d’influenceurs |
| Part de vidéos montrant un pari | Environ 70 % | Sur les 1 105 vidéos | La majorité met en scène des trades |
| Mises totales affichées | 1,9 M$ (≈1,75 M€) | Ensemble des vidéos | Volume présenté comme réel |
| Gains fictifs célébrés | ≈900 000 $ (≈830 000 €) | 118 vidéos isolées | Succès mis en avant |
| Résultat si paris réels | >166 000 $ (≈153 000 €) de pertes | Sur ces 118 vidéos | Les parieurs auraient perdu |
Les créateurs concernés auraient été rémunérés entre 2 000 et 3 000 dollars par mois (environ 1 840 à 2 760 euros), avec consigne de ne pas dévoiler l’arrangement à leur audience. Plusieurs n’ont ajouté la mention « Polymarket partner » ou « partenaire Polymarket » à leur biographie qu’après les premières questions des journalistes. Les contenus auraient généré plus de 140 millions de vues cumulées sur les grandes plateformes sociales, ce qui place cette campagne parmi les plus visibles de l’écosystème crypto. Au même moment, le montant des paris ouverts sur les marchés prédictifs atteignait 1,5 milliard de dollars (environ 1,38 milliard d’euros) sur la semaine du 8 juin 2026, ce qui montre l’importance du secteur visé par ces pratiques.
Gains imaginaires, pertes bien réelles : ce qui est reproché à Polymarket
Un exemple mis en avant par l’enquête illustre la mécanique. Dans une vidéo publiée en janvier, un étudiant nommé George Makihara affirme avoir gagné 100 000 dollars (près de 92 000 euros) en pariant que Donald Trump prononcerait le mot « McDonald’s » dans le mois. Le clip utilisé pour prouver ce gain provenait en réalité d’une intervention vieille de deux mois, alors même que plus de 50 comptes réels avaient misé sur ce marché en janvier et y ont laissé leur mise. Sur 118 vidéos étudiées en détail, les créateurs célèbrent environ 900 000 dollars de gains fictifs, alors que les positions correspondantes auraient, si elles avaient existé sur le vrai Polymarket, creusé une perte de plus de 166 000 dollars (environ 153 000 euros) pour les parieurs. Derrière l’écran, les « gains » restent virtuels, mais les pertes subies par les utilisateurs attirés par ces scénarios sont, elles, bien concrètes.
Interrogée sur ces pratiques, la plateforme assure rester « engagée à maintenir des marchés précis, équitables et transparents » et même « engagée à maintenir des marchés exacts, équitables et transparents », a déclaré Polymarket, citée par le Wall Street Journal. L’entreprise annonce le lancement d’un audit complet de ses contenus promotionnels, sans avoir, à ce stade, détaillé son calendier ni les éventuelles décisions qui en découleront. Polymarket sort déjà d’une séquence agitée, marquée par des résolutions de marchés contestées et par un exploit technique ayant fait s’envoler 600 000 dollars (environ 552 000 euros). Les observateurs rappellent que les marchés prédictifs fonctionnent sur un principe proche du pari et exposent les utilisateurs à un risque de perte en capital, ce qui invite à vérifier la date des vidéos, l’existence réelle des marchés présentés et l’origine des chiffres mis en avant avant de miser à son tour.
En bref
- Entre décembre 2025 et mi-mai 2026, le Wall Street Journal accuse Polymarket d’avoir orchestré via des influenceurs une vaste campagne de paris fictifs sur TikTok, Instagram et YouTube.
- Selon l’enquête, 1 105 vidéos montrant environ 1,9 M$ de mises et 900 000 $ de gains auraient été tournées sur des copies du site comme poiymarket.com, tandis que les créateurs étaient payés plusieurs milliers de dollars par mois.
- Face au scandale, Polymarket annonce un audit de ses contenus promotionnels, tandis que les utilisateurs sont appelés à redoubler de vigilance face aux “gains” viraux qui circulent sur les réseaux sociaux.








