Intelligence Artificielle : taxe, chèque ou dividende, le projet de Sanders, Trump et Musk qui pourrait bientôt remplir votre portefeuille
Aux États-Unis, l’IA attise désormais autant les ambitions politiques que les profits privés. Entre fonds souverain, actions publiques et chèques fédéraux, trois visions s’affrontent sur la façon de répartir cette nouvelle manne.

Aux États-Unis, la ruée vers l’intelligence artificielle ne produit pas seulement des valorisations boursières record. Elle ouvre une bataille beaucoup plus politique : qui va capter la richesse générée par ces modèles, et selon quelles règles de partage. Des emplois menacés aux bases fiscales fragilisées, la question n’est plus théorique pour Washington.
En quelques semaines, trois visions concurrentes se sont imposées. Le sénateur progressiste Bernie Sanders défend un fonds souverain IA américain financé par une taxe exceptionnelle en actions, Donald Trump veut que l’État prenne des participations directes dans les géants du secteur, tandis qu’Elon Musk plaide pour l’envoi de chèques fédéraux à tous les citoyens. Trois scénarios très différents pour une même révolution technologique.
Pourquoi un fonds souverain IA américain arrive au coeur du débat
Les projections sur l’emploi résument l’ampleur de l’enjeu. Selon le Forum économique mondial, environ 92 millions de postes pourraient être déplacés d’ici 2030 sous l’effet de l’automatisation par l’IA, même si d’autres emplois seront créés en parallèle. Pour des gouvernements déjà confrontés à des déficits élevés, voir des plateformes d’IA accumuler des profits colossaux alors que les recettes issues du travail humain se tassent pose un problème de légitimité sociale.
Dans ce contexte, Bernie Sanders a présenté en juin 2026 l’American AI Sovereign Wealth Fund Act, qui créerait un vaste fonds public alimenté par une taxe unique de 50 % prélevée en actions sur les grandes entreprises d’IA réalisant au moins 200 millions de dollars de ventes liées à l’IA par an, soit environ 185 millions d’euros. Ces titres seraient versés dans un fonds souverain fédéral estimé à quelque 7 000 milliards de dollars, près de 6 500 milliards d’euros, géré par une Independent Commission for Democratic AI de sept membres. L’objectif affiché est de reverser chaque année 5 % de la valeur du fonds sous forme de dividende citoyen, plus de 1 000 dollars par Américain et par an, soit un peu plus de 900 euros, tout en donnant à l’État une part importante des droits de vote dans les entreprises concernées.
Sanders, Trump, Musk : qui paie, qui contrôle, qui reçoit ?
Face à cette approche très interventionniste, l’entourage de Donald Trump met en avant une solution de « pré-distribution » plus proche d’un partenariat capitalistique avec le secteur privé. Le vice-président JD Vance a expliqué que la Maison-Blanche envisage des prises de participation publiques dans les principaux acteurs de l’IA, négociées au cas par cas, sur le modèle du CHIPS Act où l’État fédéral a déjà obtenu environ 10 % du capital d’Intel en échange de subventions. L’idée est que les Américains bénéficient indirectement des gains de productivité via les dividendes et la valorisation de ces participations, sans que Washington ne revendique pour autant 50 % des droits de vote ni une nationalisation partielle, ce qui soulève moins frontalement la question du conflit d’intérêts entre État régulateur et État actionnaire.
La troisième voie, défendue par Elon Musk, refuse tout actionnariat public dans l’IA et mise sur un transfert direct d’argent aux ménages. L’entrepreneur affirme qu' »il vaut mieux simplement envoyer l’argent directement aux gens depuis le Trésor », a déclaré Elon Musk, cité par Cointribune. Il évoque aussi un « Revenu Élevé Universel via des chèques émis par l’administration centrale ». Il anticipe un monde où l’IA et la robotique produiraient une telle abondance de biens que créer de la monnaie pour financer ces paiements n’entraînerait pas de flambée des prix, allant jusqu’à dire qu' »en fait, je prédis que nous allons lutter désespérément contre la déflation ». Pour un lecteur français, la nuance peut paraître interressante : la redistribution ne passerait plus par la propriété du capital ni par l’impôt, mais par une extension du rôle budgétaire du Trésor américain. Pour y voir plus clair, le tableau ci-dessous met en regard les trois approches.
| Acteur | Outil principal | Qui paie ? | Retour vers le public | Contrôle de l’État |
|---|---|---|---|---|
| Bernie Sanders | Fonds souverain IA public (50 % en actions) | Grands groupes IA soumis à la taxe | Dividendes annuels et dépenses publiques | Très élevé : droits de vote importants |
| Donald Trump / JD Vance | Participations fédérales négociées dans l’IA | État fédéral via subventions et accords | Dividendes éventuels, soutien au budget | Modéré : État actionnaire minoritaire |
| Elon Musk | Revenu élevé universel par chèques fédéraux | Budget, dette ou recettes futures | Chèques directs à tous les citoyens | Faible : capital laissé au privé |
En bref
- Aux États-Unis, la montée de l’IA relance un débat sur un éventuel fonds souverain IA américain et sur les moyens de compenser les emplois menacés et les recettes fiscales fragilisées.
- Bernie Sanders propose un fonds souverain financé par une taxe en actions, Donald Trump défend des participations publiques négociées et Elon Musk mise sur des chèques directs versés par le Trésor.
- Au-delà des chiffres et des promesses de dividendes, ces trois modèles posent des questions explosives sur qui paie, qui contrôle l’IA et qui encaisse vraiment la rente de cette révolution.






