Lamborghini, villa de luxe et TikTok : officiellement au revenu de citoyenneté (l'équivalent du RSA), ce Sicilien cachait un réseau de contrefaçon à 2 M€

Par Paul Graph - Publié le

En Sicile, un bénéficiaire du revenu de citoyenneté roulait en Lamborghini Urus et habitait une villa avec piscine. Comment cette vie de luxe a-t-elle fini par trahir un réseau de contrefaçon à 2 millions d’euros ?

Lamborghini, villa de luxe et TikTok : officiellement au revenu de citoyenneté (l’équivalent du RSA), ce Sicilien cachait un réseau de contrefaçon à 2 M€

Une villa avec piscine près de Syracuse, une Lamborghini Urus estimée à quelque 270 000 euros, des vêtements et accessoires de luxe à la pelle : sur les réseaux sociaux, le quotidien de ce Sicilien ressemblait à celui d’un millionnaire. Sur TikTok comme sur Instagram, l’homme se montrait au volant de son SUV de prestige ou en train de profiter de sa maison de rêve, alignant les signes extérieurs de richesse comme s’il s’agissait d’une vitrine permanente.

Derrière cette image léchée, la réalité administrative était tout autre : l’intéressé était officiellement bénéficiaire du revenu de citoyenneté, l’équivalent italien du RSA. Un statut d’allocataire difficile à concilier avec un tel train de vie, ce qui a fini par alerter la Guardia di Finanza, la brigade financière italienne. Leur enquête va rapidement montrer que l’aide sociale ne représentait qu’une infime partie de ses revenus réels.

Lamborghini, villa de luxe et revenu de citoyenneté en Sicile

L’homme résidait près de Syracuse, en Sicile, dans une villa confortable dotée d’une piscine. Dans le quartier comme en ligne, il ne passait pas inaperçu avec sa Lamborghini de couleur voyante, un modèle Urus, un SUV de luxe difficile à associer à une situation de précarité. Officiellement, il percevait pourtant le revenu de citoyenneté, une prestation versée en Italie aux foyers aux ressources limitées, présentée comme l’équivalent du RSA français.

Les forces de l’ordre ont été frappées par le décalage entre ce statut d’allocataire et ce train de vie très confortable. Vêtements griffés, sacs à main haut de gamme, montres coûteuses, séjours affichés sur les réseaux sociaux : l’ensemble dessinait le portrait d’un homme prospère, bien loin de la figure habituelle d’un bénéficiaire d’aide sociale. Les enquêteurs se sont déja penchés sur ses activités, persuadés que quelque chose clochait derrière ces images de carte postale.

Une villa-showroom et un réseau de contrefaçon à 2 millions d’euros

En creusant, la Guardia di Finanza a découvert que la villa n’était pas qu’un lieu de résidence. Elle avait été transformée en véritable showroom où les clients triés sur le volet venaient faire leurs achats. « On y exposait et vendait des vêtements, sacs à main, portefeuilles, montres et accessoires de marques de haute couture parmi les plus prestigieuses, tous contrefaits », ont relaté nos confrères du média italien Fanpage, cités par Capital. Des milliers de pièces imitant les plus grandes maisons de luxe y étaient stockées, prêtes à être écoulées.

Le business ne se limitait pas à ces ventes discrètes sur place. Sur TikTok, Instagram et d’autres canaux en ligne, des vidéos mettaient en avant les articles sans jamais montrer le visage des vendeurs, histoire de préserver leur anonymat. Le travail des faussaires était jugé particulièrement « soigné« , ont relevé les enquêteurs cités par Marie France, avec des produits présentés comme quasi indiscernables des originaux. Aidée par un prestataire américain, l’équipe avait aussi mis en place un site internet où chaque référence était détaillée, assortie de la mention rassurante « Importation parallèle – Qualité AA+ identique à l’original ».

Selon les premiers éléments de l’enquête, ce réseau de contrefaçon aurait permis d’écouler environ 12 000 articles pour un chiffre d’affaires avoisinant les 2 millions d’euros. Les produits étaient expédiés dans plusieurs pays européens, parfois en paiement contre-remboursement, via des comptes bancaires ouverts en cascade. Lors des perquisitions, la Guardia di Finanza a saisi la marchandise, la maison, la Lamborghini Urus et les avoirs financiers, pour une valeur estimée à près de 300 000 euros. Le principal suspect et deux complices identifiés ont été interpellés et placés en garde à vue, mettant un terme provisoire à cette double vie financée à la fois par les aides sociales et par un trafic très lucratif de faux articles de luxe.

En bref

  • Près de Syracuse, en Sicile, un bénéficiaire du revenu de citoyenneté menait un train de vie fait de Lamborghini Urus, villa avec piscine et luxe ostentatoire.
  • L’enquête de la Guardia di Finanza a mis au jour une villa-showroom et un réseau de contrefaçon de faux articles de luxe écoulant environ 12 000 pièces.
  • Entre lives TikTok, site d’“importation parallèle” et comptes bancaires disséminés, les enquêteurs estiment le business à près de 2 millions d’euros et détaillent les saisies.