2% des touristes pour 20% des émissions : le pari économique de la France qui risque de vous priver de vacances

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2% des touristes pour 20% des émissions : le pari économique de la France qui risque de vous priver de vacances

En France, quelques touristes extra-européens concentrent une part massive des émissions liées aux vacances, tandis que l’État vise 100 milliards d’euros de recettes d’ici 2030. Entre climat, économie et accès aux vacances pour les Français, la stratégie actuelle peut-elle tenir ?

À peine 2 % des visiteurs, mais environ 20 % des émissions de CO2 du secteur touristique : les touristes extra-européens concentrent une part disproportionnée de l’empreinte carbone des vacances en France. Dans le même temps, l’État met en avant 77,5 milliards d’euros de recettes générées par les visiteurs internationaux l’an passé et vise 100 milliards d’euros à l’horizon 2030, en misant sur des clientèles lointaines et aisées.

Derrière ce pari assumé sur le tourisme lointain se jouent pourtant plusieurs équilibres – climatiques, économiques et sociaux. Le rapport de Réseau Action Climat estime que le tourisme représente 11 % des émissions de gaz à effet de serre de la France pour seulement 3,8 % du PIB, un secteur donc bien plus carboné que la moyenne de l’économie. Reste une interrogation simple, mais sensible : la France a-t-elle vraiment intérêt à privilégier ces visiteurs lointains très émetteurs, au risque de voir décrocher les touristes français et européens de proximité ?

Touristes extra-européens, petite minorité mais poids lourd du CO2

Dans son rapport intitulé « Une stratégie touristique climatiquement insoutenable », Réseau Action Climat dresse un constat tranché : « Le tourisme représente 11% des émissions de gaz à effet de serre de la France, alors qu’il ne contribue qu’à 3,8% du PIB. Cette disproportion s’explique en grande partie par l’empreinte carbone du transport aérien: les touristes extra-européens représentent 2% des touristes en France, mais pèsent 20% des émissions de gaz à effet de serre ». « L’essor du tourisme international booste le trafic aérien et alimente directement le réchauffement climatique (41% des émissions du secteur touristique sont liés à l’aérien) », commente Alexis Chailloux, responsable transports pour Réseau Action Climat France, cité par BFMTV.

Segment de touristes Part dans le volume Dépenses annuelles Poids dans les émissions
Résidents français n.c. sur le nombre de séjours 135 Md€ (2023) 65,8% des émissions touristiques (Insee)
Touristes européens n.c. 54 Md€ (2025) part des émissions n.c.
Touristes extra-européens 2% des touristes 24 Md€ (2025) 20% des émissions du secteur

Les chiffres de l’Insee éclairent le rôle central du transport dans cette équation. En 2023, l’empreinte carbone de la consommation touristique intérieure atteint 74,5 millions de tonnes équivalent CO2, dont 48,4 millions liées aux transports, soit 64,9 % du total. À lui seul, le transport aérien représente 18,8 millions de tonnes, environ un quart de cette empreinte, alors qu’il ne pèse que 9 % des consommations touristiques. « Un euro dépensé dans ce secteur induit les émissions de 1 kg CO2 éq, en raison de la combustion de carburant mais également de la construction et du fonctionnement des aéronefs et des aéroports », souligne l’Insee. L’institut chiffre par ailleurs à 0,35 kg CO2 éq par euro dépensé l’empreinte moyenne du tourisme, contre 0,20 kg pour l’ensemble de la demande finale française, confirmant que voyager génère une empreinte carbone beaucoup plus élevée que la moyenne de la consommation.

Qui fait vraiment vivre l’économie touristique française ?

Sur le plan économique, le rapport de Réseau Action Climat insiste sur le poids du tourisme de proximité. « Ce sont les touristes français (135 milliards d’euros) puis européens (54 milliards) qui font vivre l’économie touristique. Les extra-européens ne pèsent que 24 milliards d’euros, pourtant la France ne semble avoir d’yeux que pour eux », complète Alexis Chailloux. Le même document précise : « Une fois déduits les 57,5 milliards d’euros de dépenses des résidents français à l’étranger, le solde net du tourisme international, c’est-à-dire ce que l’économie française gagne réellement grâce aux visiteurs étrangers, s’élève à 20 milliards d’euros, dont 90% grâce aux Européens et 10% au reste du monde », soulignant ainsi que l’essentiel du gain net vient des voisins européens plutôt que des clientèles lointaines.

Pour Jean Pinard, consultant influent du secteur touristique, cette réalité est souvent occultée. « La clientèle domestique compte beaucoup plus en France. Or nous nous intéressons surtout aux arrivées étrangères, ce qui me paraît surréaliste… Les deux-tiers des 222 milliards d’euros des recettes touristiques, soit 140 milliards – proviennent pourtant des Français en France », déclarait-il à L’Echo touristique. Les gouvernements successifs ont clairement favoriser la montée en gamme de l’offre, ce que rappelle encore Réseau Action Climat : « Les gouvernements successifs ont favorisé une montée en gamme de l’offre touristique, notamment hôtelière. Entre 2019 et 2025, le nombre de chambres d’hôtels bas de gamme (1 et 2 étoiles) a baissé de 15%, tandis que le haut de gamme (4 et 5 étoiles) a augmenté de 22% (Atout France, 2026). Cette montée en gamme est allée de pair avec une internationalisation de la clientèle hôtelière au détriment d’une clientèle résidente ». « L’accueil de touristes internationaux, notamment les clientèles premium lointaines, est associé à une montée en gamme de l’offre, qui conduit les Français à moins partir en France (-13% de nuitées depuis 2019), au profit notamment de l’Europe du Sud qui devient moins chère en comparaison », souligne encore Alexis Chailloux. Le gouvernement met pour sa part en avant une dépense moyenne de 760 euros par touriste international en 2025 et des recettes en hausse en Île-de-France, où les étrangers ont dépensé 4,8 milliards d’euros contre 2,2 milliards pour les touristes domestiques, tout en rappelant, par la voix du ministre Serge Papin, que « Ils viennent voir Notre-Dame, la tour Eiffel, Disneyland, mais ils sont aussi sur le tourisme d’intérieur, donc ils font du tourisme de patrimoine et de randonnée », soulignait-il en août dernier sur TF1.

En bref

  • En 2023, en France, Insee, Réseau Action Climat et le gouvernement se répondent autour d’un tourisme qui pèse 11 % des émissions pour moins de 4 % du PIB.
  • Les touristes extra-européens, minoritaires en nombre mais très dépendants des vols long-courriers, concentrent une large part du CO2 tandis que les Français et Européens assurent l’essentiel des dépenses.
  • Entre objectif de 100 milliards d’euros, montée en gamme hôtelière et baisse des nuitées des résidents, le pays doit arbitrer entre rentabilité immédiate, justice sociale et contrainte climatique.
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