Cashback : ce service méconnu chez vos commerçants qui va permettre de retirer jusqu’à 150 € d'espèces en caisse alors que les distributeurs disparaissent
Entre recul des distributeurs et paiements par carte en plein essor, le cashback permet déjà de retirer des espèces en magasin. Qui y a droit, combien peut-on prendre en caisse aujourd’hui et que pourraient changer les futures règles européennes ?

Les Français paient de moins en moins en billets et en pièces : le liquide représente aujourd’hui seulement 19% des dépenses, largement dépassé par la carte bancaire. Dans le même temps, le nombre de distributeurs automatiques de billets (DAB) a reculé d’environ 15% entre 2018 et 2024, ce qui complique le retrait d’espèces dans de nombreuses communes. En ville comme en campagne, certains habitants font désormais plusieurs kilomètres pour trouver un distributeur encore en service.
Pour éviter que l’accès aux billets ne devienne un parcours du combattant, un service encore peu connu a été autorisé en France en 2018 : chez certains commerçants, il est possible de repartir avec du liquide en même temps que ses courses. Cette pratique, appelée cashback, reste aujourd’hui marginale alors qu’une proposition de loi et une nouvelle directive européenne prévoient de la renforcer et de relever les plafonds de retrait. De quoi transformer les caisses des magasins en nouveau point d’accès au cash, ou presque.
Cashback chez les commerçants : définition et principe du retrait d’espèces
Concrètement, le cashback en magasin consiste à payer par carte bancaire un montant supérieur au prix de ses achats, puis à récupérer la différence en billets à la caisse. Rien à voir avec les sites ou cartes qui proposent un remboursement d’une partie de vos dépenses en ligne : ici, il s’agit bien d’un simple retrait d’espèces, réalisé chez un commerçant plutôt qu’à un DAB. Le ticket de caisse mentionne alors le total réglé, la part correspondant aux achats et la somme rendue en liquide.
Depuis 2018, ce service est encadré par le Code monétaire et financier pour les clients particuliers. Pour utiliser le cashback retrait d’espèces, il faut faire un achat, demander le service avant le paiement et régler par carte bancaire. Le commerçant reste libre de proposer ou non cette possibilité et peut, s’il le souhaite, facturer des frais affichés en magasin. Dans la pratique, le cadre actuel reste assez strict.
- montant des achats au minimum de 1 euro ;
- retrait en caisse limité à 60 euros par opération ;
- service réservé aux particuliers et lié à un paiement par carte bancaire.
À l’échelle de la zone euro, une étude de la Banque centrale européenne montrait déjà en 2017 que les retraits d’espèces auprès des commerçants représentaient guère plus de 7% du total des retraits, loin derrière les opérations réalisées aux distributeurs automatiques, ce qui confirme qu’il s’agit d’une solution de dépannage plus que d’un remplacement des DAB.
Retrait d’espèces en magasin : comment fonctionne le cashback au quotidien
C’est le groupe de distribution Casino qui a été l’un des premiers à tester ce dispositif en France, en expliquant être le « premier distributeur à proposer ce service en France », selon le quotidien Sud Ouest. Dans ses supermarchés équipés de caisses automatiques, « Les clients ayant besoin de retirer des petites sommes d’argent liquide (en billets de 10 et 50 euros) peuvent désormais le faire depuis les caisses automatiques lors de leur passage en caisse », détaille l’enseigne basée à Saint-Etienne. L’objectif étant de « leur faciliter le quotidien » et surtout de les « dépanner » en cas de besoin d’argent liquide « immédiat » en faisant du passage en caisse une solution d’appoint.
Pour l’usager, l’intérêt apparaît surtout lorsque le DAB le plus proche se trouve loin. Dans les zones rurales, ce type de service peut représenter un « gain de temps pour le consommateur », qui évite de multiplier les arrêts en voiture, à fortiori pour ceux qui jugent un retrait au distributeur « risqué ». Le « cash back » attire aussi des personnes « moins alertes avec les nouvelles technologies », souligne Matthias Berahya-Lazarus, dirigeant du groupe Bonial, mais aussi des clients aux revenus modestes qui préfèrent « contrôler leurs dépenses » en retirant de petites sommes en liquide et en suivant leurs enveloppes de budget au jour le jour.
Cashback et accès aux espèces demain : quels changements à venir ?
Pour les pouvoirs publics, le cashback retrait d’espèces s’inscrit dans une stratégie plus large de maintien de l’accès au cash, alors que les retraits au distributeur sont « plutôt en train de stagner, voire baisser » et que l’usage des billets décroît dans les paiements du quotidien. Une source bancaire y voit avant tout une « volonté d’aménagement du territoire qu’une volonté de revoir la filière des paiements en France ». Comme le résume le consultant Marin Delattre, « Ce sont les pouvoirs publics, plus que les banques, qui poussent pour la mise en oeuvre de ce service », autant pour rassurer les habitants que pour éviter de créer des déserts bancaires innutiles.
Sur le plan juridique, une proposition de loi examinée à l’Assemblée nationale en 2026 prévoit de relever le plafond de retrait par cashback de 60 à 150 euros et d’instaurer une incitation fiscale pour les commerçants qui acceptent de jouer ce rôle de relais de billets. De son côté, une directive européenne sur les services de paiement veut porter de 100 à 150 euros le plafond de retrait possible chez un commerçant et autoriser ces retraits même sans achat, mais pas avant la fin de l’année 2026. Dans ce contexte, le consultant Marin Delattre estime que le « cash back » peut devenir « une source de revenus supplémentaires pour les commerçants si ceux-ci réussissent à prendre une commission » dessus, tandis que Matthias Berahya-Lazarus rappelle que la gestion du « cash » est toujours « un problème » pour les enseignes et que « plus il y a de ‘cash’ dans les caisses, plus il y a de risque d’erreurs » en fin de journée. En parallèle, le réseau de paiement par carte CB prévoit d’installer dans les prochains mois 27 000 distributeurs automatiques directement chez les commerçants, ouverts à tous les porteurs de cartes, ce qui pourrait rendre le passage en magasin encore plus central pour accéder à des espèces.
En bref
- En France, le retrait d'espèces se complique avec la baisse des DAB, tandis que le cashback en magasin, autorisé depuis 2018, reste encore méconnu.
- Ce service permet de retirer jusqu’à 60 € en billets lors d’un paiement par carte chez certains commerçants, dans un cadre légal strict pensé comme solution de dépannage.
- Entre projet de relèvement du plafond à 150 €, futurs retraits possibles sans achat et enjeux d’accès au cash en zones rurales, le cashback pourrait bientôt prendre une tout autre ampleur.








