Épargne record des Français : ce paradoxe inquiétant où votre Livret A vous fait perdre de l'argent chaque mois à cause de l'inflation

Par La rédaction Bourse Inside - Publié le

Portés par la peur de l’avenir, 80 % des Français mettent désormais de l’argent de côté chaque mois, selon le baromètre Odoxa-Groupama 2026. Mais cette épargne de précaution, massivement placée sur des livrets sûrs, s’érode silencieusement sous l’effet de l’inflation.

Épargne record des Français : ce paradoxe inquiétant où votre Livret A vous fait perdre de l’argent chaque mois à cause de l’inflation

Jamais les Français n’avaient autant mis d’argent de côté. D’après la quatorzième vague du baromètre de l’épargne et des placements Odoxa-Groupama, 80 % d’entre eux épargnent chaque mois, soit huit points de plus qu’en avril. Mettre de côté est devenu la norme, quel que soit le niveau de revenus ou l’âge.

Derrière ces chiffres record, le même baromètre montre une population largement méfiante face à l’économie, aux impôts et au crédit. Une majorité anticipe une dégradation de la situation du pays, doute de la stabilité de la fiscalité et s’interroge sur le coût futur des emprunts. Une épargne record, mais parfois presque stérile.

Baromètre épargne 2026 : quand la peur de l’avenir guide les choix des Français

La défiance domine très nettement. En moyenne, 85 % des Français se déclarent plus inquiets que confiants sur l’économie, la fiscalité ou leur capacité à emprunter, et 92 % jugent que la situation économique du pays va se dégrader. Dans ce climat, l’épargne devient un geste réflexe, davantage défensif que lié à un projet. « Quand on leur demande pourquoi ils épargnent, ils répondent que ça va mal, et que ça ira encore plus mal demain », rapporte Gaël Sliman, président d’Odoxa, pour Capital et BFM.

Les Français ont massivement choisit de privilégier les supports jugés les plus sûrs, même s’ils rapportent peu. Parmi les 34 % d’épargnants qui ont déjà modifié leurs placements à cause de la guerre au Moyen-Orient, 71 % l’ont fait pour sécuriser davantage leur épargne, contre seulement 26 % pour rechercher une meilleure performance. Dans le même temps, 78 % des épargnants doutent du rendement de leur propre épargne. « C’est justement parce qu’ils ont peur que les Français épargnent, et qu’ils épargnent une épargne particulièrement stérile. » Près de six épargnants sur dix disent souhaiter être mieux accompagnés, et si 12 % des Français recourent déjà à l’intelligence artificielle pour leurs placements, la confiance se porte d’abord sur les experts : « C’est vers les professionnels de l’épargne que les trois quarts des Français nous disent avoir le plus confiance », souligne encore Gaël Sliman.

Livret A, LEP, assurance-vie : des rendements souvent grignotés par l’inflation

Cette quête de sécurité se heurte à la réalité des taux. Depuis le 1er février 2026, le Livret A et le LDDS affichent un rendement de 1,5 % net, totalement défiscalisé. Avec une inflation à 2,4 % en mai 2026, l’écart atteint 0,9 point : chaque tranche de 10 000 € placée sur un Livret A perd ainsi 90 € de pouvoir d’achat par an. Un Livret A au plafond, soit 22 950 €, génère 344 € d’intérêts annuels, mais le pouvoir d’achat du capital recule de 207 € sur la même période. Selon le baromètre épargne de juin 2026, les rendements nets moyens se situent autour des niveaux suivants :

  • Livret bancaire classique (grandes banques) : 0,23 % net
  • PEL ouvert en 2026 : 1,40 % net
  • Livret A et LDDS : 1,50 % net
  • Fonds en euros d’assurance-vie (moyenne 2025) : 2,19 % net
  • LEP : 2,50 % net

Seul le Livret d’épargne populaire surnage pour l’instant : à 2,5 % net, totalement défiscalisé, il dépasse l’inflation de mai d’un faible 0,1 point. Un LEP au plafond de 10 000 € rapporte 250 € par an, mais ce produit reste réservé aux foyers dont le revenu fiscal de référence ne dépasse pas 22 419 € pour une personne seule, avec un contrôle annuel. Les autres placements sans risque peinent à suivre : un PEL ouvert en 2026 affiche 2 % brut, soit 1,40 % net, les comptes à terme tournent en moyenne entre 1,41 % et 1,83 % nets selon la durée, tandis que l’assurance-vie en fonds en euros offre un rendement moyen de 2,65 % brut en 2025 selon l’ACPR, soit environ 2,19 % net après prélèvements sociaux. Certains contrats se distinguent toutefois, avec des taux bruts supérieurs à 3 %, qui aboutissent à des rendements nets (jusqu’à 3,11 %) capables de dépasser l’inflation.

Face à ces niveaux, près de 60 % des Français ont déjà déserté le Livret A ou envisagent de le faire, et six sur dix estiment que la hausse attendue d’environ 0,3 point en août, vers 1,7 % ou 1,8 %, ne changerait rien à leur comportement. Le taux du Livret A, révisé deux fois par an selon une formule fondée sur la moyenne de l’inflation sur six mois glissants et du taux interbancaire €STR, pourrait alors remonter : un Livret A plein rapporterait 413 € par an à 1,8 %, soit 69 € de plus qu’aujourd’hui, tandis que le LEP est projeté entre 3 % et 3,2 %. La décision finale reviendra au gouverneur de la Banque de France, qui peut s’écarter de la formule. Le baromètre rappelle enfin que les intérêts du Livret A sont calculés par quinzaine : un versement avant le 16 juillet profite du nouveau taux dès le 1er août, alors qu’un retrait effectué entre le 16 et la fin du mois ne génère pas d’intérêt sur la période.

Dans ce contexte, l’assurance-vie en fonds en euros, qui a rapporté en moyenne 2,6 % en 2025 selon France Assureurs, reste citée comme première piste pour viser un peu plus de rendement sans prendre de risque important, en particulier par rapport au Livret A. Les épargnants prêts à accepter une part de risque sur le long terme diversifient aussi vers des unités de compte ou des fonds obligataires, plus exposés mais potentiellement plus rémunérateurs. Parallèlement, 20 % des Français alimentent un plan d’épargne retraite afin de préparer leur retraite tout en réduisant leur impôt. Pour les auteurs du baromètre, l’enjeu central n’est pas de moins épargner, mais d’éviter que toute cette épargne de précaution reste cantonnée à des supports qui protègent psychologiquement sans vraiment protéger le pouvoir d’achat.

Texte à vocation strictement informative, qui ne constitue pas un conseil en investissement. Les placements en unités de compte comportent un risque de perte en capital.

En bref

  • En 2026, le baromètre de l’épargne Odoxa-Groupama pour Capital et BFM montre que 80 % des Français mettent de l’argent de côté chaque mois, un record sur fond d’inquiétude économique et fiscale.
  • Cette épargne de précaution se concentre sur les placements sans risque comme le Livret A, le LDDS ou le LEP, dont les rendements réels restent pourtant laminés par une inflation à 2,4 %.
  • Entre assurance-vie en fonds en euros, diversification progressive et levier fiscal du PER, le baromètre esquisse des pistes pour éviter que cette épargne record ne continue à perdre du pouvoir d’achat.
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