Livret A : la bonne nouvelle pour votre épargne en août cache une facture colossale de 850 millions d'euros pour les banques
Le taux du Livret A doit grimper au 1er août, sur fond de retour de l’inflation et de débat politique autour de l’épargne réglementée. Derrière ce coup de pouce aux ménages, une facture de plusieurs centaines de millions menace les marges des banques.

Les épargnants qui ont un Livret A pourraient bientôt voir leur épargne mieux rémunérée. La prochaine revalorisation attendue en août promet quelques euros de plus sur les relevés, dans un contexte de retour de l’inflation et de remontée des taux d’intérêt. Pour les banques françaises, en revanche, cette hausse s’apparente à une note salée qui arrive au mauvais moment.
Sous l’effet de la formule officielle, le taux du Livret A, aujourd’hui fixé à 1,5 %, devrait être porté autour de 1,8 %, avec le même mouvement pour le Livret de développement durable et solidaire. Le Livret d’épargne populaire, destiné aux ménages modestes, passerait lui de 2,5 % à 2,8 %, selon les calculs du Cercle de l’Épargne cités par la presse économique. Pris isolément, ce coup de pouce peut sembler modeste, mais appliqué à près de 610 milliards d’euros d’encours, il se traduit par une facture estimée à près de 850 millions d’euros par an pour les banques.
Hausse du Livret A en août : des taux revus à la hausse
Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a déjà confirmé qu’une revalorisation interviendrait dès le mois d’août, même si le niveau précis du nouveau taux ne sera officiellement connu que le 15 juillet. En l’état des projections, le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) passeraient de 1,5 % à environ 1,8 %, tandis que le Livret d’épargne populaire (LEP) verrait sa rémunération progresser de 2,5 % à 2,8 %.
Cette remontée découle du rebond de l’inflation, en partie lié à la hausse des prix de l’énergie sur fond de guerre en Iran, et de la remontée concomitante des taux d’intérêt. En France, la formule de calcul indexée sur l’inflation et les taux de marché s’applique automatiquement à ces livrets réglementés. Ce cadre protège partiellement le pouvoir d’achat des épargnants, mais il crée aussi une charge récurrente pour les banques qui distribuent et cofinancent ces produits.
Comment la hausse du Livret A pèse pour 850 millions d’euros sur les banques
Les établissements de crédit prennent en charge 40 % de la rémunération versée sur le Livret A et le LDDS, et 50 % de celle du LEP. Sur la base de 609,5 milliards d’euros d’encours pour les deux principaux livrets, une hausse de 0,3 point de taux appliquée à la part payée par les banques représente déjà 731 millions d’euros par an. En appliquant le même raisonnement au LEP, le surcoût atteint environ 125 millions d’euros supplémentaires, soit un total proche de 850 millions d’euros par an, à encours constants.
| Produit | Taux actuel → projeté | Encours utilisé (Md€) | Part payée par les banques | Surcoût annualisé estimé (M€) |
|---|---|---|---|---|
| Livret A + LDDS | 1,5 % → ~1,8 % | 609,5 | 40 % | 731 |
| LEP | 2,5 % → ~2,8 % | n.c. | 50 % | 125 |
| Total | – | – | 40 à 50 % | ≈ 850 |
Cette facture n’affecte pas toutes les banques de la même manière. La Banque Postale et BPCE, distributeurs historiques des livrets réglementés, sont en première ligne, alors que, parmi les groupes cotés, Crédit Agricole et Société Générale apparaissent plus sensibles au sujet que BNP Paribas. Pour ces acteurs, la hausse des interets servis vient rogner une partie du gain tiré de la remontée des taux sur les crédits.
À l’inverse de la période post-Covid-19, où les revalorisations s’étaient succédé, la hausse annoncée pour août pourrait pourtant n’être qu’un épisode isolé. Le repli récent des cours du pétrole ouvre la voie à une désinflation, et le nouveau gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a jugé qu’il ne voyait pas d’inflation « de second tour » liée à la flambée des prix de l’énergie entre février et mai, rappelait L’Agefi. Si ce scénario se confirme, la pression exercée par le Livret A sur les marges bancaires pourrait se desserrer dès les prochains rendez-vous de fixation du taux.
En bref
- Mi-juillet, le gouvernement et la Banque de France doivent annoncer le nouveau taux du Livret A, du LDDS et du LEP, applicable dès le 1er août aux encours d’épargne réglementée.
- La hausse attendue d’environ 0,3 point, liée au rebond de l’inflation et des taux, augmenterait la rémunération des épargnants mais générerait un surcoût proche de 850 millions d’euros par an pour les banques.
- Avec La Banque Postale, BPCE et plusieurs grandes banques cotées en première ligne, l’enjeu porte sur l’impact durable de cette revalorisation et sur le scénario d’un éventuel reflux rapide du taux.








