Saumon : l'État autorise la première mégaferme de France malgré les risques, voici l'impact attendu sur les prix et votre alimentation

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Saumon : l'État autorise la première mégaferme de France malgré les risques, voici l'impact attendu sur les prix et votre alimentation

En Gironde, l’État vient d’autoriser au Verdon-sur-Mer la première mégaferme terrestre de saumons Pure Salmon, capable de produire 10 000 tonnes par an. Entre promesse de centaines d’emplois et craintes pour l’estuaire, la bataille autour de ce site ne fait que commencer.

Une usine géante de saumons au bout de l’estuaire de la Gironde n’est plus un simple projet sur le papier. Sur la commune du Verdon-sur-Mer, à la pointe du Médoc, la société internationale Pure Salmon porte l’idée d’une mégaferme terrestre en circuit fermé, installée sur une ancienne friche industrialo-portuaire.

La préfecture de la Gironde vient d’autoriser cet élevage de 10 000 tonnes de saumon par an, pour un investissement de 280 millions d’euros et la promesse de 250 emplois directs, malgré les critiques de nombreuses ONG et l’opposition affichée de la ministre de la Transition écologique. Une décision qui cristallise déjà les tensions entre impératifs économiques, protection de l’estuaire de la Gironde et avenir de la filière saumon en France.

Mégaferme à saumons Pure Salmon : ce que l’État vient d’autoriser

Le projet prévoit la construction d’une usine terrestre de 75 000 m² environ, sur un site de 14 hectares au terminal portuaire du Verdon-sur-Mer, pour produire chaque année 10 000 tonnes de saumon atlantique, soit environ 2 millions de poissons selon les calculs de Reporterre. Dans son communiqué, la préfecture explique que ce projet « répond à plusieurs enjeux d’intérêt général: la reconversion d’une friche industrialo-portuaire à la pointe du Médoc, la création de 250 emplois directs et la production sur le territoire national du poisson le plus consommé par les Français, et actuellement importé à 99% », indique la préfecture de Gironde, selon BFMTV. Pure Salmon met en avant une technologie d’élevage terrestre en circuit fermé, censée limiter les rejets directs en mer.

Élément Chiffre clé Source / précision
Production annuelle visée 10 000 tonnes de saumon Projet Pure Salmon
Surface du site 14 hectares Friche industrialo-portuaire
Investissement annoncé 280 millions d’euros Préfecture de Gironde
Emplois directs prévus 250 postes Communiqué préfectoral
Technologie Élevage terrestre en circuit fermé Projet d’élevage RAS
Part du saumon importé 99% du saumon consommé Préfecture de Gironde

Pour les promoteurs du projet, le saumon est un produit stratégique. « Une ferme de 10 000 tonnes va générer 100 millions de dollars [85 millions d’euros] de revenus par an », projette Christophe Lalo, dirigeant de 8F Asset Management et responsable Moyen-Orient de Pure Salmon, dans des propos rapportés par Reporterre. La société promet de relocaliser une partie de la production alors que la France importe aujourd’hui la quasi-totalité du saumon qu’elle consomme, un niveau déjà très élevé à la fin des années 1970 selon une étude de l’INRA et du CNEXO. L’autorisation préfectorale est présentée comme un feu vert sous conditions : « L’autorisation délivrée est assortie de prescriptions environnementales particulièrement exigeantes qui encadreront aussi bien la phase de travaux que l’exploitation de l’installation », ajoute la préfecture de Gironde.

Opposition des ONG, avis scientifiques critiques et divisions politiques

Dès l’enquête publique, la contestation a pris de l’ampleur : 23 000 contributions ont été déposées, très majoritairement défavorables, au point que le rapport d’enquête parle d’un « un niveau de mobilisation sans équivalent ». Bien-être animal, émissions de CO2, origine de l’alimentation des poissons, risque de submersion du site ou pompage massif dans la nappe phréatique, avec des volumes comparables à plusieurs piscines olympiques par jour, ont mis en alerte le Bureau de recherches géologiques et minières et le conseil scientifique de l’estuaire de la Gironde. Dans un « Appel pour l’océan », 27 ONG dénoncent un projet jugé « complètement démesuré » qui menacerait l’écosystème du plus grand et plus sauvage estuaire d’Europe, avec des rejets de boues susceptibles d’impacter la pêche et la conchyliculture. Une proposition de loi, déposée en mars 2025 et soutenue par une centaine de députés, réclame un moratoire de dix ans sur ce type de fermes-usines à saumons, signe que les oposants se préparent aussi sur le terrain parlementaire.

Le dossier divise jusque dans l’exécutif. La ministre de la Transition écologique Monique Barbut a fait part de son opposition « à titre personnel » lors d’une audition au Sénat en avril, quand le ministre délégué à l’Industrie Sébastien Martin déclarait : « Dès lors que le projet respecte notre cadre, et je crois que c’est plutôt le cas, il n’y a aucune raison qu’il ne se fasse pas ». En réponse aux critiques, la société Pure Salmon assure que sa « technologie éprouvée » garantit « un impact maîtrisé sur la biodiversité », que « le bien-être animal est au coeur du projet » et que son approvisionnement obéit à des « normes strictes », assurant aux saumons une alimentation « responsable et traçable ». Entre promesse d’emplois et craintes pour l’estuaire, la première mégaferme à saumons de France s’ouvre donc sous haute surveillance, tant sur le terrain que devant les juridictions qui pourraient être saisies dans les prochains mois.

En bref

  • Au Verdon-sur-Mer, à l’embouchure de l’estuaire de la Gironde, la préfecture a validé le projet Pure Salmon, une usine terrestre de 10 000 tonnes de saumon par an sur une friche portuaire.
  • Malgré 23 000 contributions d’enquête publique majoritairement défavorables, les alertes d’experts et la réserve de la ministre Monique Barbut, l’autorisation environnementale encadre désormais le chantier et l’exploitation.
  • Entre promesse d’environ 250 emplois, tensions politiques et menaces dénoncées pour l’eau, l’énergie et la biodiversité de l’estuaire, le projet ouvre une séquence de recours et de surveillance serrée.
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