Carrière longue : la mauvaise surprise de ces trimestres (chômage, maladie) qui ne comptent pas pour votre départ anticipé

Vous comptez partir en carrière longue car votre relevé affiche déjà tous vos trimestres ? Entre périodes cotisées, réputées cotisées et nouvelles règles au 1er septembre 2026, certains manquent pourtant à l’appel.
Beaucoup d’actifs qui ont commencé à travailler très jeunes comptent leurs trimestres et se voient déjà partir plusieurs années avant l’âge légal grâce au dispositif de carrière longue. Leur relevé de carrière affiche parfois plus de 170 trimestres validés, tout semble cocher les bonnes cases, jusqu’au jour où la caisse leur annonce que tous ces trimestres ne sont pas pris en compte pour un départ anticipé.
Le dispositif permet pourtant, sur le papier, de cesser son activité jusqu’à six ans plus tôt, à condition d’avoir validé quatre ou cinq trimestres avant 16, 18, 20 ou 21 ans et d’atteindre la durée d’assurance exigée pour le taux plein. Avec la Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 et le décret du 7 mai 2026, les règles de calcul sont adaptées pour les personnes nées entre 1964 et 1970 dont la retraite prendra effet à compter du 1er septembre 2026. La différence entre trimestres validés et trimestres réellement retenus peut tout changer.
Carrière longue : validé ne veut pas dire retenu
Pour un départ anticipé au titre de la carrière longue, ce n’est pas seulement le nombre total de trimestres validés qui compte, mais la durée d’assurance « cotisée ». « Vous devez justifier d’un nombre de trimestres cotisés équivalent à celui nécessaire pour le taux plein, qui varie selon votre année de naissance », rappelle Antoine Sireyjol, expert retraite pour le cabinet Athena SR, dans les colonnes du magazine Notre Temps. Par exemple, une personne née en 1968 doit totaliser 172 trimestres cotisés pour partir au titre de la carrière longue, ce qui correspond à la durée requise pour le taux plein pour cette génération.
Un trimestre « cotisé » correspond à une période durant laquelle vous avez travaillé, salarié ou indépendant, et versé des cotisations. Pour tenir compte des aléas de la vie, certaines périodes non travaillées sont assimilées à des trimestres réputés cotisés. « Cependant, pour prendre en compte les aléas de la vie, une tolérance est prévue pour entrer dans les trimestres cotisés même si ce n’est pas le cas: quatre trimestres au titre du chômage indemnisé, quatre au titre des périodes de maladie, accident du travail ou maternité, quatre pour le service militaire et deux pour l’invalidité », détaille l’expert. Autrement dit, si vous avez été indemnisé par l’Assurance chômage pendant deux ans, seuls quatre des huit trimestres validés seront retenus pour votre départ anticipé.
Quels trimestres comptent vraiment pour un départ anticipé ?
En pratique, vos trimestres se répartissent entre ceux qui sont pleinement cotisés, ceux qui sont réputés cotisés mais plafonnés, et ceux qui ne sont pas retenus pour un départ anticipé en carrière longue. Les situations les plus piégeuses concernent le chômage de longue durée, les arrêts maladie, les périodes au foyer, les trimestres liés aux enfants et certains rachats. Depuis la suspension de la réforme des retraites de 2023, appliquée par la Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, les règles évoluent au 1er septembre 2026 : sont désormais intégrés dans la limite de quatre trimestres les rachats au titre de l’apprentissage et les périodes d’Assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF). Les détenteurs d’un Compte professionnel de prévention (C2P) peuvent aussi convertir leurs points en trimestres réputés cotisés pour la carrière longue, et jusqu’à deux trimestres de majoration pour enfant (naissance, éducation ou adoption) peuvent être retenus, quel que soit le nombre d’enfants.
À l’inverse, les trimestres de majoration pour enfants au-delà de ces deux, tout comme la plupart des rachats de trimestres « classiques », restent exclus du décompte pour un départ anticipé, même s’ils améliorent votre durée d’assurance globale. Pour y voir clair, il faut regarder non seulement combien de trimestres ont été validés, mais combien seront effectivement retenus comme trimestres cotisés ou réputés cotisés pour ce dispositif. Le tableau ci-dessous résume les principaux cas où les écarts sont fréquents.
| Type de période | Statut carrière longue | Plafond retenu | Exemple rapide | Référence |
|---|---|---|---|---|
| Activité salariée ou indépendante | Trimestres cotisés | Aucun plafond | Tous comptent pour carrière longue | Assurance retraite |
| Chômage indemnisé | Réputé cotisé | 4 trimestres max | 8 validés, 4 seulement retenus | Service-Public.fr |
| Maladie, accident du travail, service national | Réputés cotisés | 4 trimestres max | Au-delà, non retenus pour l’anticipé | Service-Public.fr |
| Invalidité | Réputé cotisé | 2 trimestres max | Les autres restent seulement validés | Service-Public.fr |
| AVPF, C2P, majorations enfants (≤ 2) | Réputés cotisés | 4 trimestres (AVPF) + 2 enfants | Nouveautés à compter du 01/09/2026 | Service-Public.fr |
| Rachats de trimestres hors apprentissage | Non retenus | Aucun | N’améliorent pas la carrière longue | Assurance retraite |
« Un simple coup d’œil sur le nombre global de trimestres est insuffisant pour savoir si vous êtes bien éligible au dispositif de carrière longue », prévient Antoine Sireyjol. D’où l’importance de vérifier dès que possible votre relevé de carrière, puis de demander une attestation de retraite anticipée pour carrière longue. En cas de doute sur votre décompte, il conseille d’ »anticipez vos démarches et sollicitez la caisse en leur envoyant une demande d’attestation de retraite anticipée pour carrière longue au moins 1 an avant vos 58 ans ». Cette anticipation est d’autant plus cruciale que les nouvelles règles issues de la suspension de la réforme ne concernent que les assurés dont la retraite prend effet à compter du 1er septembre 2026, par exemple une personne née en 1968 qui a travaillé avant 20 ans et peut désormais partir à 61 ans et 3 mois au lieu de 61 ans et 6 mois si vous avez commencer à travailler suffisamment tôt et que tous vos trimestres requis sont bien retenus.
En bref
- Le dispositif de carrière longue permet, sous conditions d’âge de début d’activité et de durée d’assurance, un départ anticipé dont les règles évoluent avec la Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 et le décret du 7 mai 2026.
- L’article détaille la différence entre trimestres validés, cotisés et réputés cotisés, les plafonds appliqués au chômage, à la maladie, à l’AVPF ou aux majorations pour enfants, ainsi que l’exclusion de nombreux rachats dans le calcul.
- En s’appuyant sur les nouvelles règles applicables aux retraites prenant effet à compter du 1er septembre 2026, le guide propose des conseils pratiques pour lire son relevé, éviter les pièges et sécuriser son projet de départ anticipé.









