Retraite carrière longue : le piège des "trimestres validés" qui peut vous empêcher de partir à 58 ou 60 ans

À partir du 1er septembre 2026, la retraite anticipée pour carrière longue permet à certains actifs nés après 1963 de partir jusqu’à 6 ans avant l’âge légal. Encore faut-il comprendre quels trimestres comptent vraiment pour franchir la barre.
Pouvoir partir à la retraite à 58 ou 60 ans tout en évitant la décote fait rêver beaucoup de Français qui ont enchaîné les années de travail dès l’adolescence. Le dispositif de retraite anticipée pour carrière longue leur ouvre exactement cette porte, parfois jusqu’à 6 ans avant l’âge légal, mais avec des règles très précises et loin d’être intuitives.
Depuis la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (loi n° 2025-1403) et la circulaire Cnav n° 2026-17, les paramètres de la carrière longue ont été revus pour les retraites prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Deux conditions cumulatives, des âges de départ qui changent selon l’année de naissance et des trimestres qui ne comptent pas tous de la même façon : encore faut-il savoir comment s’y retrouver.
Retraite carrière longue : un départ anticipé mais très encadré
La carrière longue s’adresse aux assurés du régime général et des régimes alignés (salariés agricoles, indépendants) qui ont commencé à travailler jeunes. Lorsqu’elle est accordée, la pension de base est liquidée au taux plein de 50 %, sans décote, même si l’assuré part avant l’âge légal de sa génération. Un début d’activité avant 16 ans peut permettre un départ dès 58 ans, ce qui représente plusieurs années gagnées sur une retraite classique.
Pour y avoir droit, il faut remplir deux conditions en même temps. Première condition : justifier de 5 trimestres d’assurance validés avant la fin de l’année civile de ses 16, 18, 20 ou 21 ans, selon le palier visé, ou 4 trimestres si l’on est né au quatrième trimestre. Tous les trimestres validés comptent pour cette vérification, qu’ils soient cotisés ou assimilés (chômage, maladie, service national, AVPF, AVA), y compris ceux accomplis dans un régime étranger lié à la France par accord de sécurité sociale.
Âges de départ et trimestres requis selon votre génération
Deuxième condition : atteindre une durée d’assurance cotisée égale à celle exigée pour le taux plein de sa génération, soit entre 170 à 172 trimestres selon l’année de naissance. Ici, seuls les trimestres cotisés et les trimestres réputés cotisés sont retenus, pas l’ensemble des trimestres assimilés. Depuis la circulaire Cnav n° 2026-07, la durée requise est fixée à 170 trimestres pour les assurés nés en 1963 et 1964, à 170 ou 171 trimestres pour la génération 1965 selon le trimestre de naissance, puis à 172 trimestres à partir de 1966.
L’âge de départ possible dépend ensuite de l’âge de début d’activité. Si les 5 trimestres sont validés avant la fin de l’année des 16 ans, le départ est possible à 58 ans. Avant 18 ans, l’âge d’ouverture des droits passe à 60 ans. Avant 21 ans, il est fixé à 63 ans. Le palier le plus délicat est celui d’un début avant 20 ans, où l’âge de départ varie de 60 à 62 ans selon la génération, avec des ajustements à la baisse pour les années 1965 à 1970 à compter du 1er septembre 2026. Une salariée née en 1966, entrée dans la vie active à 18 ans avec un CAP et totalisant 172 trimestres à 59 ans, peut ainsi partir dès 60 ans, alors que son âge légal est de 63 ans et 3 mois.
| Naissance (début avant 20 ans) | Âge mini de départ | Trimestres requis | Remarque |
|---|---|---|---|
| 1964 | 60 ans et 6 mois | 170 | Durée cotisée abaissée par la LFSS 2026 |
| 01/01 au 31/03/1965 | 60 ans et 9 mois | 170 | Gain de 2 trimestres requis |
| 01/04 au 30/11/1965 | 60 ans et 9 mois | 171 | Sous-période spécifique de 1965 |
| 01/12 au 31/12/1965 | 60 ans et 8 mois | 171 | Âge légèrement plus favorable |
| 1968 | 61 ans et 3 mois | 172 | Âge avancé de 3 mois en 2026 |
| À partir de 1971 | 62 ans | 172 | Barème stabilisé pour les plus jeunes |
Quels trimestres sont pris en compte pour une carrière longue ?
Pour la condition de début d’activité, tous les trimestres validés comptent, y compris ceux issus du service national, des périodes de chômage, de maladie ou d’AVPF. En revanche, pour atteindre la durée d’assurance cotisée, seules les périodes de travail ayant donné lieu à cotisations et certaines périodes assimilées limitées sont considérées comme trimestres réputés cotisés. La circulaire Cnav n° 2026-17 liste ces périodes : service national, maladie ou accident du travail (jusqu’à 4 trimestres chacun), chômage indemnisé et activité partielle (4 trimestres au total), invalidité (2 trimestres), AVPF ou AVA (4 trimestres), compte pénibilité (C2P, sans plafond) et tous les trimestres de maternité ou d’adoption sans limite.
La nouveauté au 1er septembre 2026 vient de la MDA éducation : l’article 104 de la loi n° 2025-1403 et le décret n° 2026-700 prévoient que jusqu’à 2 trimestres de majoration pour éducation deviennent eux aussi réputés cotisés, ce qui aide surtout les mères de famille à franchir le seuil de durée exigé. Au total, une année civile ne peut jamais valider plus de 4 trimestres, tous régimes confondus, et certains comptes peuvent être trompeurs. Le tableau des trimestres cotisés pour le minimum contributif n’obéit pas aux mêmes règles, le chômage non indemnisé ne compte pas, et des périodes de TUC ou de stages des années 80 peuvent suffire à prouver un début d’activité jeune sans pour autant alimenter la durée cotisée. Avant de demander l’attestation carrière longue, mieux vaut donc vérifier en détail son relevé sur lassuranceretraite.fr et faire corriger les trimestres manquants, quitte à être un peu tatillon, presque profesionnel, sur chaque année de sa carrière.
Sources
En bref
- Depuis la loi n° 2025-1403 et les circulaires Cnav de 2026, le dispositif de retraite anticipée pour carrière longue est recalibré pour les pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026.
- Pour partir avant l’âge légal sans décote, il faut à la fois justifier d’un début d’activité jeune (5 trimestres avant 16, 18, 20 ou 21 ans) et atteindre une durée d’assurance de 170 à 172 trimestres cotisés ou réputés cotisés selon sa génération.
- Trimestres réputés cotisés, MDA éducation, périodes de chômage ou de maladie : l’enjeu est de bien lire son relevé et d’éviter les pièges qui font perdre l’éligibilité à la carrière longue.









