Le dollar américain freine sa chute mais reste sous pression : ce chiffre de l’emploi américain que tout le marché redoute pourrait relancer la baisse

Par Paul Graph - Publié le

Affaibli par un ADP négatif, le dollar freine sa chute autour de 99 points alors que le marché des changes retient son souffle. Entre Fed prudente et emploi américain incertain, quelles surprises les prochaines statistiques peuvent-elles réserver aux devises et à l’or ?

Le dollar américain freine sa chute mais reste sous pression : ce chiffre de l’emploi américain que tout le marché redoute pourrait relancer la baisse

Après plusieurs séances de recul marqué, le dollar américain a enfin ralenti sa chute sur le marché des changes. Tombé mercredi à son plus bas depuis fin octobre, l’indice du billet vert se stabilise désormais autour de 99,00 points alors que les investisseurs voient une devise qui se stabilise avant les prochaines données sur l’emploi américain, plutôt qu’un véritable retournement de tendance.

Au cœur du mouvement, la contraction inattendue de l’emploi privé mesurée par ADP en novembre, avec 32 000 postes détruits là où le marché espérait 5 000 créations, a déclenché une vague de ventes sur le billet vert. Les opérateurs scrutent désormais les inscriptions hebdomadaires au chômage, attendues dans l’après-midi, qui pourraient raviver la volatilité sur le Dollar Index (DXY) et trancher entre simple pause technique ou vraie tendance baissière durable. La suite s’écrira avec l’emploi.

Dollar américain : un répit fragile avant les prochains chiffres de l’emploi

Après sa chute de mercredi, l’indice du billet vert, tombé jusqu’à 98,80, s’est ressaisi autour de 99,00 points, davantage signe d’accalmie technique que de vrai rebond. Sur la semaine, le dollar américain perd encore près de 0,93 % face au dollar australien, 0,72 % face à la livre sterling et 0,49 % face à l’euro. La paire AUD/USD reste au-dessus de 0,6600, tandis que l’USD/JPY demeure relativement stable sous 155,50, le gouverneur de la Banque du Japon Kazuo Ueda restant flou sur l’ampleur des futures hausses de taux alors que le gouvernement japonais s’inquiète des mouvements de change.

La paire EUR/USD a touché 1,1680 mercredi avant de refluer légèrement vers 1,1650 jeudi matin. La livre sterling s’est envolée, la paire GBP/USD bondissant de plus de 1 % au-dessus de 1,3300, portée par un PMI des services britannique en hausse en novembre ; cela « suggère que le sentiment dans le secteur des services n’est pas aussi mauvais que redouté, bien que l’activité reste à un niveau morose », souligne Kathleen Brooks, de XTB. « Le budget de la semaine dernière a été globalement bien accueilli par les marchés, réduisant ainsi la prime de risque sur la devise », ajoute Ricardo Evangelista, analyste chez ActivTrades, interrogé par l’AFP.

Emploi américain, Fed et or : un dollar encore sous pression

Au-delà du choc provoqué par ADP, les indicateurs d’activité livrent un tableau plus nuancé. L’indice ISM des services est remonté à 52,6 en novembre, après 52,4 en octobre et le seuil neutre de 50,0 en septembre, mais sa composante emploi reste en zone de contraction, à 48,9 contre 48,2 le mois précédent. Dans le même temps, l’indice des prix payés recule à 65,4 après 70, et les nouvelles commandes à 52,9 après 56,2, ce qui alimente l’idée d’un secteur tertiaire qui continue de croître, mais avec un momentum fragilisé. Les cambistes attandent donc les prochaines inscriptions hebdomadaires au chômage et le rapport sur l’emploi non-agricole, qui diront si ce ralentissement de l’emploi américain se confirme.

Pour les marchés, l’ensemble de ces chiffres renforce le scénario d’une Fed patiente, voire d’une nouvelle baisse des taux en 2025, la faiblesse d’ADP nourrissant déjà l’idée d’une troisième détente consécutive. Le billet vert est aussi lesté par la possible « nomination de Kevin Hassett à la tête de la Fed » alors que le président actuel de l’institution, Jerome Powell, arrive à la fin de son mandat, expliquent les analystes de Scotiabank, ce conseiller de Donald Trump étant partisan de taux bas. Dans ce contexte, le cours de l’or, mesuré par la paire XAU/USD, peine pourtant à profiter du repli du dollar : l’once a terminé la séance de mercredi sans véritable mouvement et reste ce jeudi matin sous la barre des 4 200 dollars, soit un peu moins de 3 900 € au cours actuel, sous légère pression baissière.