Où placer votre argent en 2026 : ce mix actions, obligations et or que les investisseurs pros adoptent déjà pour éviter la prochaine secousse
Après une année 2025 record pour les actions, les taux et l’or rebattent les cartes pour les épargnants. Que prévoient vraiment les investisseurs professionnels pour orienter un portefeuille en 2026 ?

En cette fin 2025, les grands indices boursiers affichent des records mais les écrans restent étonnamment calmes. À Paris, le CAC 40 évolue depuis fin novembre dans un étroit couloir autour de 8 100 points, loin de l’euphorie que laisseraient imaginer des gains d’environ 10% sur l’année, pendant que le S&P 500 progresse d’environ 16% et le DAX de Francfort de plus de 20%.
Après douze mois marqués par l’essor de l’IA, la bonne tenue de la croissance américaine et l’assouplissement graduel des banques centrales, beaucoup de gérants ont choisi de sécuriser leurs gains plutôt que de forcer un nouveau « rally » de fin d’année. Même la publication mensuelle de l’emploi aux Etats-Unis ne secoue plus autant les marchés : « Je vais le dire franchement: le « Jobs Day » est probablement l’événement le plus surcoté sur les marchés financiers », commente Michael Brown, stratégiste chez Pepperstone, cité par Zonebourse. « Il y a quelques années, le rapport mensuel sur l’emploi aux Etats-Unis faisait encore bouger les marchés », poursuit-il, avant de rappeler : « Il y a une dizaine d’années, quand j’ai commencé dans le métier, on assistait encore à de vrais mouvements de marchés qui tenaient bon après la publication des chiffres ». « Mais aujourd’hui, sauf énorme surprise dans les chiffres, les réactions qu’on voit juste après la publication sont généralement effacées au bout d’une heure à peine, en fait sept minutes seulement avec le rapport publié hier », observe-t-il. Dans ce décor de marchés prudents, les investisseurs particuliers se demandent où investir en 2026, entre actions, obligations et or.
Actions en 2026 : IA, Etats-Unis ou Europe ?
La flambée des valeurs liées à l’intelligence artificielle a relancé les spéculations sur une nouvelle bulle technologique, mais plusieurs professionnels tempèrent. « On est encore loin des niveaux de valorisation atteints au plus fort de la bulle internet, avec des actions négociées 40 ou 50 fois plus chères que les bénéfices », souligne Alexandre Baradez, analyste marchés chez IG France, cité par Capital. « La situation est différente de celle des années 2000. Les entreprises de l’époque étaient bien plus endettées, avec peu de trésorerie, contrairement aux 7 Magnifiques. L’environnement macroéconomique n’était pas non plus le même, on ne voit pas pour l’heure de ralentissement de la croissance aux Etats-Unis. Enfin, les entreprises du secteur de l’IA ne déçoivent pas en termes de résultats. », analyse Claudia Panseri, directrice des investissements chez UBS Wealth Management France, citée par Capital. Dernier symbole de ce mouvement, Nvidia a annoncé fin novembre une hausse de 70% de ses profits sur un an au troisième trimestre, et « Le secteur de la tech américaine reste incontournable, avec des entreprises de grande qualité, profitables, et qui devraient profiter à plein des méga-tendances qui accompagnent l’émergence de l’IA. », estime Raphaël Thuin, directeur des stratégies de marchés de capitaux chez Tikehau Capital, cité par Capital. Du côté de la politique monétaire, Jean-Patrice Prudhomme, directeur produits et solutions chez Milleis Banque Privée, rappelle que « Selon le consensus des marchés, on peut s’attendre à trois nouvelles baisses de taux de 0,25% en 2026 », cité par Capital, alors que pour Claudia Panseri, « Le véritable risque sur les marchés américains se manifesterait plutôt en l’absence de ces baisses de taux ».
Les regards ne restent pas uniquement braqués sur Wall Street pour autant. « Historiquement, le S&P 500 sous-performe toujours lors de deuxième année de mandat d’un Président », rappelle Bertrand Merveille, directeur général de BDL Capital Management, cité par Capital, qui voit dans les marchés du Vieux Continent une alternative sérieuse : pour la société de gestion, « There is a good alternative ». Le sentiment des entreprises européennes s’améliore et, surtout, les valorisations apparaissent en retrait : « Jamais l’Euro Stoxx 600 n’a été aussi peu cher (14 fois les bénéfices) par rapport au S&P 500. Autrement dit, vous payez vos actions 35% moins chers en Europe, au regard des bénéfices », détaille Jean-Marc Melfieux, responsable de la gestion actions et flexibles chez Tikehau Capital, cité par Capital. Dans ce cadre, certains secteurs sortent du lot : « Celui des staples, c’est-à-dire des produits de consommation dits de « base » est par exemple peu cher », relève encore Bertrand Merveille. Raphaël Thuin rappelle qu' »Il est toujours judicieux d’investir dans le même sens que les Etats », une maxime qui se traduit par un intérêt marqué pour la défense, les utilities liées aux grands plans d’infrastructures comme le plan allemand de 500 milliards d’euros, mais aussi pour l’immobilier « qui peut bénéficier de la reprise de la demande, et des baisses des taux de la Banque centrale européenne (BCE), s’ils agissent à la baisse sur le coût des crédits », souligne Claudia Panseri.
Obligations en 2026 : des rendements fixes à saisir
Face aux doutes qui apparaissent ponctuellement sur les indices actions, les investisseurs institutionnels rappellent l’intérêt de consolider un portefeuille avec des obligations dont les coupons ont rarement été aussi visibles depuis plus d’une décennie. En 2025, les emprunts d’Etat américains ont par exemple offert une performance d’environ 6,1%, pour un taux à dix ans proche de 4,1%. En zone euro, les dettes souveraines servaient récemment près de 3,5% à dix ans pour la France et 2,8% pour l’Allemagne, des niveaux au plus haut depuis deux ans. Dans cet environnement, certains regardent au-delà des marchés développés : « la dette des pays émergents sera également une bonne candidate pour trouver du rendement, avec un rendement proche de 7%. », explique Alexandre Caminade, directeur des gestions taux souverains, émergents et aggregate chez Ostrum AM, cité par Capital.
Le crédit d’entreprise revient aussi sur le devant de la scène, en particulier en Europe. Les segments dits « investment grade » ont généré une performance d’environ 3,5% en 2025, quand les obligations à haut rendement (high yield) ont atteint près de 4,7% sur la même période. Certains indices composés de signatures high yield européennes offrent même autour de 5,70% de rendement, pour un taux de défaut voisin de 3,8%, encore en dessous du seuil de 4% qui avait été franchi lors des grandes crises de 2008 ou de 2020. Ce couple rendement/risque interressant explique pourquoi beaucoup de gérants envisagent encore de « verrouiller » ces niveaux de taux avant une éventuelle poursuite de la détente monétaire en 2026.
Où investir en 2026 entre actions, obligations et or ?
Depuis trois ans, le métal jaune enchaîne les records, porté par les phases d’aversion au risque qui ont déjà fait grimper l’or pendant que les rendements obligataires se détendaient et que le baril de pétrole WTI repassait sous les 55 dollars, soit un peu plus de 50 euros. Pour autant, plusieurs gérants considèrent que la hausse n’est pas forcément terminée si la Réserve fédérale américaine engage bien de nouvelles baisses de taux en 2026, un scénario qui affaiblirait encore le dollar, déjà en baisse de 10% face à l’euro depuis le 1er janvier. Un billet vert plus faible renforce généralement l’attrait des valeurs refuges et du métal précieux. Les catalyseurs de long terme restent d’ailleurs au rendez-vous : « Les facteurs de soutien structurels demeurent : les capacités de production limitée de l’or, ses propriétés de couverture contre l’inflation et l’appétit constant des Banques centrales – en particulier des pays émergents – pour celui-ci, qu’elles voient comme la seule alternative au dollar américain. La Chine a par exemple autorisé récemment ses assureurs à détenir 5% de leurs réserves en or », relève Fabien Benchetrit, gérant d’actifs chez BNP Asset Management, cité par Capital.
Dans les scénarios dessinés par ces investisseurs professionnels, la réponse à la question « où investir en 2026 » ne passe ni par un tout-actions, ni par un repli complet vers la sécurité, mais par une combinaison de ces grandes classes d’actifs.
- Actions pour capter la croissance des bénéfices, de la tech américaine portée par l’IA aux secteurs européens comme les staples, la défense, les utilities ou l’immobilier.
- Obligations d’Etat et de crédit, y compris une dose mesurée de dette émergente ou de high yield, afin de verrouiller des rendements aujourd’hui élevés au regard des dernières années.
- Or en complément, valeur refuge privilégiée par les banques centrales et outil de couverture face à l’inflation ou à un dollar plus faible.
Le poids accordé à chaque bloc restera largement tributaire des prochaines décisions des banques centrales, de la trajectoire de l’inflation et de la résistance de la croissance mondiale. Les investisseurs professionnels observent déjà ces indicateurs pour ajuster leurs scénarios, conscients que l’année qui s’ouvre pourrait réserver d’autres surprises que celles qu’ont connues les marchés en 2025.
En bref
- Fin 2025, les grands indices mondiaux signent des gains à deux chiffres tandis que les banques centrales amorcent un assouplissement monétaire prudent.
- Actions portées par l’IA, obligations aux coupons redevenus attractifs et or en plein rally structurent les scénarios 2026 des gérants interrogés.
- Les professionnels privilégient une combinaison actions‑obligations‑or adaptée au risque de chacun, tout en guettant taux, inflation et tensions géopolitiques.









