Pfizer s'empare de Metsera pour 10 milliards : enjeux stratégiques et bataille antitrust face à Novo Nordisk

Par Paul Graph - Publié le

Pfizer s'empare de Metsera dans une bataille acharnée face à Novo Nordisk. Quels sont les enjeux financiers et stratégiques derrière cette acquisition ?

Pfizer s’empare de Metsera pour 10 milliards : enjeux stratégiques et bataille antitrust face à Novo Nordisk

Duel au sommet sur le marché des traitements anti-obésité : en quelques semaines, la biotech américaine Metsera a cristallisé une bataille d’offres entre Pfizer et Novo Nordisk, sur fond d’alertes antitrust et de contentieux. Derrière l’étiquette, un enjeu clair pour les big pharma : sécuriser des actifs clés dans un secteur où la demande explose.

Entre arbitrages du conseil d’administration de Metsera et signaux de la FTC, le scénario a basculé en faveur de Pfizer. Mais aujourdhui, la vraie question est ailleurs : à quel prix cette victoire se joue. La facture s’envole.

Offre Pfizer sur Metsera : prix et calendrier

Le conseil d’administration de Metsera a soutenu une offre relevée de Pfizer, et Novo Nordisk a renoncé. La nouvelle proposition valorise Metsera à 86,25 dollars par action (environ 80 €), soit une valorisation proche de 10 milliards de dollars (environ 9,3 milliards d’euros). En face, l’ultime offre de Novo Nordisk atteignait 86,20 dollars. Le vote des actionnaires de Metsera est prévu le 13 novembre.

Novo Nordisk a indiqué, après « réflexion approfondie », qu’il ne « relèvera(it) pas son offre pour acquérir Metsera, conformément à son engagement sur la discipline financière et la valeur pour les actionnaires », selon Le Figaro/AFP. Le conseil de Metsera estime qu’une fusion avec le groupe danois « présente des risques juridiques et réglementaires inacceptables (…) par rapport à la fusion proposée avec Pfizer ». Dans le même communiqué, Metsera assure que l’opération avec Pfizer « apportera une valeur immédiate et substantielle aux actionnaires de Metsera, et les parties prévoient de conclure la transaction rapidement ». Les administrateurs disent avoir statué à la lumière de « des circonstances récentes, notamment la réception par Metsera d’un appel de la Commission fédérale du commerce des États-Unis (FTC) concernant les risques potentiels liés à la mise en oeuvre de la structure proposée par Novo Nordisk au regard des lois antitrust américaines ».

Quels enjeux stratégiques pour Pfizer face à Novo Nordisk

La voie libre pour Pfizer tient aussi à la certitude d’exécution : le groupe avait déjà reçu un accord préliminaire de la FTC. Novo Nordisk soutient de son côté que son offre était « conforme aux lois antitrust ». Dans ce marché des traitements anti-obésité, où plus d’un milliard de personnes sont concernées et plus de 800 millions étaient touchées par le diabète en 2022, verrouiller un pipeline crédible vaut cher. Fin octobre, une offre évoquée à 3,3 milliards de dollars (environ 3,1 milliards d’euros) a laissé place à une surenchère frôlant les 10 milliards de dollars, signe du coût d’accès à un segment devenu prioritaire.

Le volet judiciaire a pesé dans la balance : Pfizer a lancé des poursuites le 31 octobre contre Metsera et ses administrateurs, ainsi que contre Novo Nordisk, puis a saisi la FTC. En parallèle, le groupe américain affiche une stratégie d’investissement soutenue, y compris en Europe. Dans le cadre de Choose France, Pfizer a annoncé un plan en France dépassant un milliard d’euros, incluant 500 millions d’euros sur quatre ans (dont 520 millions d’euros annoncés en 2022) et l’évaluation d’un supplément d’un milliard d’euros potentiel entre 2025 et 2026, pour renforcer la R et D, les essais cliniques et les capacités industrielles. Un signal sur ses priorités, au moment où Metsera, spécialiste des traitements anti-obésité, doit encore transformer l’essai clinique et réglementaire.