Expulsés de leur château du Vau, ce couple de retraités vit « comme des SDF » en caravane, pendant qu'à Piriac Sylviane meurt à la rue
À Chavagnes-les-Eaux, un couple de retraités propriétaire d’un château vit dans une caravane après une expulsion qui divise le village. Que raconte ce bras de fer, croisé au drame de Sylviane morte après la rue, de la précarité des seniors ?

Ils rêvaient de pierres anciennes, de calme et de temps retrouvé. À Chavagnes-les-Eaux, dans le Maine-et-Loire, Daniel Charassier et Catherine Antona-Bajolet ont mis leurs économies de retraités dans le Château du Vau, une vaste demeure néogothique achetée lors d’une vente judiciaire. Sur les actes, ils en sont les seuls propriétaires. Dans la réalité, ils ont longtemps dû se contenter de regarder les grilles fermées depuis l’autre côté du chemin.
Car cette retraite au château s’est transformée en bras de fer inédit avec les anciens occupants, au point que le couple a passé des semaines à dormir dans une caravane posée près du domaine. Cette histoire de couple retraités château expulsion raconte une France où l’on peut être propriétaire et se sentir à la rue. Et un autre drame, sur la côte atlantique, montre que cette bascule ne touche pas qu’eux.
Château du Vau : un rêve de retraite bloqué par l’expulsion des anciens propriétaires
En février 2025, Daniel Charassier et Catherine Antona-Bajolet remportent aux enchères, pour 250 000 €, le Château du Vau, à Chavagnes-les-Eaux. La vente fait suite à une liquidation, la procédure est longue mais, à l’arrivée, tout semble carré : sur le papier, tout paraissait en règle et l’acquisition avait été validée. Leur projet est simple, presque classique : s’installer dans ce monument pour y vivre une retraite paisible, en prenant le temps de restaurer les bâtiments. Sauf que les anciens propriétaires, Annie Chaudet, 86 ans, et son fils Thibaud, refusent de quitter les lieux.
Le duo mère-fils conteste la légitimité de la vente, évoque un « complot politico-médiatico-financier » visant leur société, la SCI Le Vau, et rejette les titres de propriété présentés par les nouveaux châtelains. Les procédures d’expulsion se succèdent à partir de septembre, les gendarmes interviennent à plusieurs reprises, mais à peine sortis, les Chaudet reviennent s’installer dans le château. Le 28 octobre, une quatrième intervention aboutit enfin à leur départ, juste avant la trêve hivernale qui suspend toute nouvelle expulsion. Entre-temps, le village se divise, les soutiens des uns et des autres s’invectivent, et le maire, pris en étau, active sa protection fonctionnelle face aux pressions.
« Comme des SDF » dans une caravane, puis le drame de Sylviane, expulsée et morte dans la rue
Pendant que ce feuilleton judiciaire s’étire, la vie quotidienne de Daniel Charassier et Catherine Antona-Bajolet ressemble peu à la retraite espérée. Faute de pouvoir investir le château, ils dorment dans une petite caravane prêtée par un vigneron voisin, à quelques mètres seulement de la demeure qu’ils viennent d’acheter. « On se retrouvait un peu comme des SDF », résume Daniel Charassier, tandis qu’Annie Chaudet répète de son côté : « j’ai toute ma vie ici », selon des propos rapportés par la presse régionale. Épuisé par cette vie précaire, le couple finit par louer une maison voisine pour passer l’hiver, tout en déboursant 15 000 € pour faire barricader les accès du château et éviter tout retour des anciens occupants, une somme considérable pour des retraités.
À plusieurs centaines de kilomètres, en Loire-Atlantique, l’histoire de Sylviane Police illustre une autre facette de cette même fragilité. Cette retraitée de 66 ans et son mari, ancien militaire, ont été expulsés en juillet 2025 de leur logement privé de Piriac-sur-Mer, incapables d’assumer un loyer et des charges alourdis par la hausse de l’énergie et de l’eau, malgré une pension de 300 € pour elle et environ 1 600 € pour lui. Leur fils raconte qu’après l’expulsion, ses parents ont vécu « un peu de camping, un peu d’hôtels et beaucoup de voiture. Ils venaient régulièrement à la maison pour tout ce qui est douche et pour qu’on fasse leur lessive ». Il résume la situation en une formule : « Il n’est pas normal que des gens avec des revenus se retrouvent à la rue ». Le couple avait déposé une demande de logement social dès 2020, sans solution, puis Sylviane Police s’est effondrée sur le marché de Quimiac, le 23 novembre 2025. « Le décès de ma mère, survenu dimanche matin à Quimiac (commune de Mesquer en Loire-Atlantique -NDLR-), n’est pas seulement une tragédie familiale : il est la conséquence directe d’une série de négligences et d’inactions des autorités locales, notamment de la mairie de Piriac-sur-Mer », dénonce leur fils Maximilian Police, avant d’ajouter : « Ma mère méritait dignité et respect. Elle n’a trouvé que silence et indifférence ». Au fil des procédures administatives et des dossiers de logement social, ces deux parcours montrent comment des retraités peuvent, en quelques mois, passer du toit au château à la voiture ou à la caravane.









