Mon voisin gare sa voiture de 2,10 m sur sa place et bloque tout l'immeuble : ce que dit la loi en copropriété et comment agir sans tout faire exploser

Par Paul Graph - Publié le

Dans un parking en copropriété, une voiture trop large peut rendre l’accès aux places voisines quasi impossible. Quels recours activer quand votre voisin reste sur sa place mais bloque pourtant votre stationnement ?

Mon voisin gare sa voiture de 2,10 m sur sa place et bloque tout l’immeuble : ce que dit la loi en copropriété et comment agir sans tout faire exploser

Mercredi 12 novembre, il est près de 22 heures lorsqu’un coup de feu retentit au fond d’une impasse du quartier de la Barasse, dans le 11e arrondissement de Marseille. Une banale querelle de stationnement dégénère : après des insultes et des menaces, un sexagénaire sort un revolver, tire sur son voisin, puis fait feu à plusieurs reprises à travers la porte de l’appartement où la famille s’est réfugiée. Personne n’est touché, mais l’homme est finalement interpellé par la police avec sa fille de 21 ans, tandis que son fils reste introuvable.

Dans cet immeuble, les tensions liées aux voitures garées trop près des portails étaient déjà anciennes. Le décor est planté : un simple problème de place peut empoisonner tout un voisinage. Sans aller jusqu’à ce drame, beaucoup d’habitants d’immeubles se demandent : mon voisin gare sa voiture d’une largeur de 2,10 m sur son emplacement de parking et gêne ainsi le stationnement des autres véhicules, que faire ? La réponse tient moins à la taille de la voiture qu’aux règles de la copropriété.

Voisin gêne stationnement en copropriété : que prévoit le règlement ?

Dans un conflit de voisin gêne stationnement en copropriété, le premier réflexe consiste à ouvrir le règlement de copropriété. Ce document peut prévoir des limitations sur le type de véhicules admis au parking : certains interdisent par exemple les véhicules utilitaires ou de société, précisément ceux dont la largeur tourne souvent autour de 2,10 m. Si un tel véhicule est prohibé dans l’immeuble, il appartient alors au syndic de mettre en demeure le propriétaire ou le locataire concerné de retirer sa voiture du parking.

Quand aucune restriction n’est prévue, la situation devient plus subtile. Il peut exister dans l’immeuble des emplacements plus larges, mieux adaptés à un véhicule imposant : un échange de places, si toutes les parties sont d’accord, reste souvent la solution la plus simple. Sur le fond, le cadre juridique est donné par l’article 9 de la loi du 10 juillet 1965 : chaque copropriétaire use librement de ses parties privatives et des parties communes comprises dans son lot à condition de ne pas porter atteinte aux droits des autres copropriétaires et de respecter le règlement. Autrement dit, un stationnement qui rend anormalement difficile l’utilisation des places voisines peut être analysé comme un trouble de jouissance.

Voiture trop large sur sa place de parking : les solutions amiables

Avant de sortir les textes de loi, la voie la plus efficace reste souvent le dialogue. Expliquer calmement au voisin que sa voiture de 2,10 m empêche d’ouvrir une portière, oblige à des manœuvres risquées ou rend l’accès à la place quasiment impossible peut suffire à le convaincre de se garer différemment. Parfois, déplacer légèrement le véhicule dans son emplacement, avancer ou reculer de quelques dizaines de centimètres limite déjà fortement la gêne. Là encore, proposer un échange de places si l’immeuble s’y prête permet de désamorcer le conflit sans formalités.

Ce type de tensions n’a rien de théorique : selon Autonews, dans l’immeuble marseillais évoqué plus haut, les disputes autour du stationnement étaient « récurrentes », décrit Autonews. Pour éviter que la situation ne se crispe, vous pouvez aussi vous rapprocher du syndic si le dialogue n’a pas suffi, pour qu’il rappel les règles à l’ensemble des occupants, ou qu’il organise une médiation. Le syndic peut inscrire la question à l’ordre du jour de la prochaine assemblée générale et faire voter, si besoin, des précisions au règlement sur le gabarit des véhicules admis.

Stationnement gênant en copropriété : quand parler de trouble de jouissance ?

Si la gêne persiste malgré les discussions et les rappels à l’ordre du syndic, il devient nécessaire de constituer un dossier. L’idée est simple : montrer que l’usage de la place voisine est gravement entravé. Photos datées du véhicule débordant systématiquement sur les lignes, témoignages d’autres copropriétaires, courriers restés sans réponse servent alors de base pour invoquer un trouble de jouissance, voire un trouble anormal de voisinage devant le juge, sur le fondement de l’article 9 de la loi de 1965.

Concrètement, le schéma classique ressemble à ceci :

  • rassembler des preuves de la gêne (photos, vidéos, témoignages écrits) sur une période suffisante ;
  • adresser un courrier recommandé au voisin en détaillant le problème et en rappelant les textes applicables ;
  • prévenir le syndic, afin qu’il mette formellement en demeure le copropriétaire de modifier son stationnement ;
  • en cas d’échec, saisir le tribunal judiciaire, éventuellement en référé, pour faire constater le trouble de jouissance et obtenir que le juge ordonne des mesures (respect strict des marquages, changement de véhicule, voire dommages et intérêts).

À la différence de la voie publique, la police n’intervient pas spontanément pour faire enlever un véhicule qui reste sur sa propre place en sous-sol, sauf s’il s’agit d’un stationnement sans droit sur la place d’autrui ou les parties communes. Dans ces cas extrêmes, la mise en fourrière peut être demandée via un officier de police judiciaire, sur le fondement des articles du Code de la route encadrant l’enlèvement de véhicules sur terrain privé. En tout état de cause, il est fortement déconseillé de se faire justice soi-même en déplaçant la voiture ou en l’endommageant : à Marseille, un simple conflit de stationnement a suffi pour qu’un homme insulte son voisin, sorte un revolver, tire à travers une porte puis remonte chez lui comme si de rien n’était. Rester sur le terrain du droit permet précisément d’éviter que ce type de querelle ne tourne au drame.