Retards de loyer répétés : propriétaires, cette pratique tentante est interdite et peut vous coûter très cher
Votre locataire paie son loyer à chaque fois, mais rarement à la date prévue, et votre trésorerie vacille. Quels leviers la loi offre-t-elle au propriétaire pour réagir sans commettre d'illégalité ni fragiliser le bail ?

Votre locataire finit toujours par payer son loyer, mais jamais à la date prévue au bail. Un mois avec une semaine de retard, le suivant avec quinze jours, puis à nouveau tout juste à temps… Pour un propriétaire bailleur, ces montagnes russes de trésorerie deviennent vite anxiogènes, surtout quand le crédit, les charges de copropriété et les impôts tombent, eux, sans retard.
En droit, ces retards de loyer répétés restent des manquements au contrat, même si le loyer finit par arriver. La clé consiste alors à utiliser les bons leviers prévus par la loi sans franchir la ligne rouge des pratiques interdites, tout en préparant éventuellement la sortie du locataire. Tout se joue dans la façon de réagir.
Retards de loyer répétés : ce que dit la loi au propriétaire
La date de paiement du loyer est celle prévue au bail : le 1er, le 5 ou le 10 du mois, peu importe, dès lors que c’est écrit et signé. À partir du moment où le locataire paie après cette date, il est en retard, même de quelques jours. La Loi n° 89-462 du 6 juillet 1989, qui encadre les locations d’habitation, permet au bailleur de réagir, mais uniquement en respectant une procédure précise.
Cette loi interdit par exemple d’insérer dans le bail des pénalités chiffrées pour retard de paiement, des « amendes » ou frais fixes ajoutés au loyer. De telles clauses sont considérées comme abusives et réputées non écrites. Le propriétaire ne peut pas non plus imposer un mode de paiement unique qui le favoriserait trop, comme une saisie directe sur salaire, et doit rester dans le cadre des moyens habituels (virement, chèque, espèce dans certaines limites).
Retards de loyer répétés : démarches légales avant de rompre le bail
En pratique, la première étape reste le dialogue. Il s’agit de comprendre l’origine des retards : difficulté passagère, changement d’emploi, problème d’organisation, simple oubli. Le propriétaire peut rappeler calmement les obligations de paiement, par téléphone ou par mail, et proposer des solutions très concrètes, comme ajuster la date de paiement pour la faire coïncider avec le versement du salaire ou mettre en place un virement automatique à date fixe.
Si les retards continuent, il devient nécessaire de formaliser. L’envoi d’une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR) marque un tournant : le bailleur y précise le montant dû, rappelle les dates de paiement prévues et fixe une date limite de régularisation. Il peut également y indiquer qu’en cas de retards persistants, il envisagera de donner congé pour motif légitime et sérieux à l’échéance du bail, tout en informant la caution si un garant est engagé. Pour préparer ce congé, il est crucial de conserver des preuves, notament les dates exactes de paiement effectif.
- Copie du bail mentionnant la date de paiement du loyer
- Relevés bancaires du propriétaire montrant les dates d’encaissement
- Historique des relances (mails, courriers, SMS) avec leurs dates
- Copie de la LRAR de mise en demeure et de son accusé de réception
Si les retards finissent par se transformer en impayé total d’un ou plusieurs mois, le bailleur peut alors saisir un commissaire de justice pour faire délivrer un commandement de payer. En présence d’une clause résolutoire dans le bail, ce commandement ouvre un délai de 6 semaines pour régler les sommes dues, avant de pouvoir aller plus loin devant le juge. Là encore, tout repose sur la chronologie précise des paiements et des démarches.
Retards de loyer répétés : ce que le propriétaire ne peut pas faire ?
Même face à un locataire qui paie toujours en retard, certains réflexes sont clairement prohibés. Le propriétaire ne peut pas facturer de frais de retard arbitraires, ni ajouter des intérêts contractuels qui n’auraient pas été encadrés par la loi. Les clauses prévoyant des « pénalités de retard » forfaitaires sont contraires au régime des baux d’habitation et n’ont aucune valeur, même si le locataire les a signées.
Le bailleur n’a pas le droit non plus de se faire justice lui-même : changer la serrure, couper l’eau, le chauffage ou l’électricité, menacer ou harceler le locataire pour le faire partir sont autant de comportements susceptibles d’être sanctionnés pénalement. En cas de blocage persistant, la seule voie sécurisée reste la procédure amiable ou judiciaire, en s’appuyant sur les textes et les preuves accumulées, plutôt que sur des initiatives personnelles risquées.
En bref
- En France, les retards de loyer répétés restent des manquements au bail, même si le locataire finit par payer chaque mois.
- La loi n° 89-462 de 1989 encadre une réponse progressive du propriétaire, de la mise en demeure LRAR au commandement de payer via commissaire de justice en cas d'impayé.
- Entre solutions amiables, congé pour motif légitime et sérieux et interdictions strictes, ce guide aide le bailleur à agir sans faux pas juridiques.








