Argent du couple : ce partage 50/50, du compte joint au crédit immo, qui appauvrit tant de femmes à la retraite sans qu’elles s’en doutent
Dans la plupart des couples, l’organisation de l’argent pénalise encore les femmes, souvent sans qu’elles s’en rendent compte. Entre compte joint, logement et crédit, quels choix chiffrés peuvent vraiment changer leur avenir ?

Dans beaucoup de foyers, l’argent du couple circule sans que tout le monde suive vraiment ce qui se passe. Monsieur gère le crédit immobilier, les placements, les impôts, madame règle les courses, les abonnements, les vêtements des enfants. « Quand on aime, on ne compte pas », répètent encore certains… jusqu’au jour où il faut justement compter.
Les chiffres, eux, racontent une autre histoire : dans environ 73 % des couples hétérosexuels, la femme gagne moins que son compagnon et, selon une étude Ifop/Crédit Mutuel de novembre 2025, 28 % des femmes en couple ne disposent même pas d’un compte bancaire personnel. Tant que tout va bien, ce déséquilibre reste invisible. Que se passe-t-il quand le couple se fissure ou que la retraite arrive ?
Couple et argent : des écarts qui pèsent lourd sur les femmes
Des études récentes montrent qu’en France, les femmes perçoivent en moyenne environ 22 % de salaire en moins que les hommes, tous temps de travail confondus, et qu’elles détiennent un patrimoine plus faible de plus de 16 %. À l’autre bout de la vie, près de 76 % des retraités pauvres sont des femmes. Autrement dit, ignorer la façon dont l’argent est organisé dans le couple aujourd’hui peut se traduire par une grande fragilité demain.
Dans ce contexte, le fameux partage « moitié-moitié » sur toutes les dépenses pose problème. Quand on gagne moins mais que l’on paie 50 % du loyer, des factures et des courses, il reste mécaniquement moins pour épargner ou construire un patrimoine à son nom. Le Code civil prévoit pourtant, pour les couples mariés ou pacsés, que chacun contribue aux charges du ménage en proportion de ses revenus, non pas forcément à parts égales. Dans la pratique, les femmes prennent souvent en charge les dépenses courantes et périssables, tandis que les hommes financent plus volontiers les biens durables (voiture, équipement high-tech…) qui restent dans leur patrimoine en cas de séparation.
Compte joint, logement, crédit : les principaux pièges pour les femmes
Dans un mariage ou un pacs, chacun doit contribuer aux dépenses du quotidien au prorata de ses revenus : loyer, électricité, gaz, eau, santé, éducation des enfants, vacances, voiture familiale. Comme le rappelle Me Stéphanie Gaillard-Serougne, notaire à Paris, « Une répartition équitable n’est donc pas forcément égalitaire. Concrètement, si un époux gagne deux fois plus que l’autre, il doit logiquement participer deux fois plus au budget du foyer », rappelle Me Stéphanie Gaillard-Serougne, notaire à Paris, interrogée par Notre Temps. En concubinage, rien n’est imposé : chacun reste responsable de ses propres dépenses, sauf accord différent. S’ajoute la question cruciale du compte bancaire. La loi Rixain du 24 décembre 2021 impose que salaires et prestations sociales soient versés sur un compte dont la personne est titulaire, personnel ou joint. Garder un compte à son nom, avec sa propre carte et son épargne, reste pourtant loin d’être systématique. Or un compte joint peut facilement devenir source de difficultés : en cas de découvert, la banque peut réclamer l’intégralité de la dette à l’un ou l’autre des titulaires, et une simple procuration donnée à un conjoint lui permet de faire virements, retraits ou paiements en votre nom.
Le logement est un autre terrain sensible. Quand une femme vit dans un bien appartenant exclusivement à son conjoint et finance des travaux importants (extension, rénovation lourde, piscine), elle accroît la valeur d’un patrimoine qui n’est pas à son nom. En cas de séparation, récupérer cette mise est très compliqué, voire impossible, en particulier si une maison est construite sur un terrain appartenant à l’autre : la « règle de l’accession » fait du propriétaire du terrain le propriétaire de la construction. En cas d’indivision (achat à deux avec quotes-parts précisées dans l’acte), conserver toutes les factures et relevés devient essentiel. « Mariés ou pacsés, ces justificatifs doivent impérativement être gardés bien au-delà de dix ans. Sans eux, il sera extrêmement compliqué d’obtenir le remboursement des apports personnels au moment du partage des biens du couple », prévient Me Jean-Michel Boisset, notaire à Bretteville-l’Orgueilleuse (Calvados). Même vigilance sur le crédit immobilier : coemprunter signifie être solidaire devant la banque, qui peut exiger la totalité du remboursement à un seul des deux. L’assurance emprunteur ne couvre que la part du prêt assurée (30 %, 50 %, 70 % ou 100 %) pour chaque emprunteur. Et, comme le rappelle Me Barbara Thomas-David, notaire à Paris, « Si vous êtes mariée en séparation de biens ou pacsée, le remboursement de l’emprunt pour la résidence principale ou secondaire par le conjoint ne le rend pas pour autant unique propriétaire du bien. Les juges y voient simplement une contribution aux charges du ménage ».
Reprendre la main sur l’argent du couple : par où commencer quand on est une femme ?
Sans remettre en cause le projet commun, s’intéresser de près à l’argent du couple permet de savoir où l’on en est et ce qui serait protégé en cas de coup dur. Un point interressant consiste d’abord à faire l’inventaire : quel est votre régime (mariage sans contrat, séparation de biens, pacs, union libre) ? Quels biens sont à votre nom, en indivision ou uniquement au nom de votre conjoint ? Avez-vous un compte bancaire personnel, actif, distinct du compte joint éventuel ? En cas de difficulté conjugale, la Banque de France peut d’ailleurs désigner un établissement obligé de vous ouvrir un compte individuel au titre du droit au compte.
Concrètement, quelques réflexes changent beaucoup de choses :
- répartir les dépenses communes en fonction des revenus, plutôt qu’en 50/50 systématique ;
- maintenir au moins un compte bancaire à votre nom, sur lequel vos revenus sont versés, même si vous alimentez aussi un compte joint ;
- éviter de financer des travaux lourds dans un bien qui n’est pas à votre nom sans sécurisation juridique (indivision, reconnaissance de créance, conseil de notaire) ;
- relire vos contrats de prêt immobilier pour vérifier votre statut de coemprunteuse et le niveau de couverture de votre assurance emprunteur.
En bref
- En France, la plupart des femmes gagnent moins que leur conjoint et, sans compte bancaire personnel ni règles claires, elles restent fragilisées dans la vie de couple.
- Répartition 50/50, compte joint mal géré, travaux payés dans un logement au seul nom de l’autre ou crédit immobilier à deux créent des pièges financiers souvent sous-estimés.
- En s’informant sur leur régime, leurs droits et quelques réflexes simples, les femmes peuvent reprendre la main sur l’argent du couple et sécuriser leur futur.





